C'est au cinéma Critiques

Antebellum : horreur du racisme saveur pétard mouillé

Certaines sorties au cinéma résonnent fortement avec l’actualité. Antebellum, nouvelle production de Lionsgate n’y échappe pas et s’inscrit au cœur de fractures raciales et du mouvement Black Lives Matter. Alors qu’il aurait pu jouer un rôle de porte-voix explosif et médiateur d’une Amérique divisée et meurtrie, l’objet se révèle aussi creux qu’attendu.

Il faudrait penser à coordonner les outils de promotions, quand l’intérêt du film réside dans le retournement de son intrigue. D’un côté l’affiche française d’Antebellum est accompagnée d’un beau message « Surtout, ne spoilez pas la fin », et de l’autre le pitch et la bande annonce en révèlent beaucoup trop. Pire, cela vient même entacher le plot twist qui s’enclenche à mi-parcours et dont le but était au moins de jouer l’effet de surprise sur le spectateur. Il faudrait alors conseiller aux gens qui ont envie de voir Antebellum d’y aller à l’aveugle, pour voir s’ils sont surpris par l’histoire. Quiconque a été confronté à la promo sait déjà au bout de quelques minutes où tout ça va vouloir en venir, et les enchaînements de l’intrigue sur deux temporalités différentes. L’actrice principale jouant deux rôles, il faut maintenant savoir comment ils se superposent. Malgré le coup foireux et le marketing comme événement horrifique de la rentrée, il pourrait rester ce qu’il y a autour, d’un point de vue formel, de réalisation et d’objet cinématographique. Dommage, car le goût est bien fade et sans style.

Un condensé d’influences…

Le titre latin Antebellum fait référence à la période pré Guerre de Sécession et avant même la scène d’ouverture, les pieds sont mis dans le plat. Une petite citation du romancier William Faulkner « Le passé n’est jamais mort, il n’est même jamais passé », histoire de se référer à un immense auteur. S’en suit un plan séquence longuet sur fond de musique à corde dans lequel des esclaves afro-américains sont sauvagement traités par des suprémacistes blancs.

L’idée est de faire resurgir le passé de l’Amérique raciste des Etats confédérés et des champs de cotons, qui fait écho au présent et aux mentalités qui n’ont guère changé. Un sujet fort et important, à la charge émotionnelle et politique potentiellement ravageuse. Mais n’est pas Steve McQueen qui veut. Si Antebellum lorgne au préalable grossièrement du côté d’un 12 Years a Slave, ou de l’écrivain Colson Whitehead avec Undergroud Railroad, l’horreur de l’esclavage n’est pas ressentie et éprouvée. La mise en scène est plate et l’écriture n’est jamais brutale ou tranchante. Au lieu de confronter l’humain face à sa nature, le duo Gerard Bush et Christopher Renz se contente d’enchaîner les séquences, en ne misant que sur l’intrigue et son retournement. À vouloir trop se diriger vers du Shyamalan et son Village et dupliquer la nouvelle idole qu’est Jordan Peele, le spectateur s’ennuie fermement.

… et de mauvais choix

Film d’horreur ? Thriller social ? Antebellum ne sait pas trop où se positionner. On sent bien qu’il a la volonté de marcher derrière les succès de Get Out et Us – l’affiche le souligne et le martèle avec le producteur Sean McKittrick -, mais le long-métrage ne fait jamais peur pour être un film d’horreur, et n’a pas non plus la capacité d’être marquant sur son discours et sa peinture de la société. Tout jouer sur le nom de Jordan Peele n’est pas forcément un gage de qualité. Au contraire, il est témoin d’un manque d’ambition pour vendre le film comme une œuvre propre et unique. L’héroïne interprétée par la charismatique Janelle Monáe, fait directement penser à Lupita Nyong’o. Un personnage féminin qui va chercher au fond du cauchemar et dans son intérieur la force de vaincre. Sauf que le cauchemar de Us fait d’autant plus froid dans le dos qu’il administre une tension. Là où Antebellum ne fait pas lever un poil sur le bras d’un imberbe.

Certes c’est le premier film sur l’esclavage avec une femme en tête d’affiche mais qui n’apporte rien de plus, si ce n’est contrarier mincement et non éradiquer les bas-fonds du patriarcat. Jordan Peele traite dans ses productions de la dualité entre le bien et le mal avec subtilité et suggère son propos ; Bush et Renz font part d’un manichéisme total et explicitent le tout au maximum. Il n’y a aucun doute sur tel ou tel camp, puisque dès le départ, les personnages blancs sont traités avec le raffinement d’une saucisse allemande dans une assiette de dégustation à la truffe. Ils sont vulgaires, font tâche. Cantonnés à être simplement de vilains tortionnaires et des représentants conservateurs ridiculement idiots. Exit la nuance et place aux gros sabots. Comme si l’Amérique était tellement fracturée que le dialogue entre les individus n’était plus possible.

Alors qu’il y avait moyen de jouer les médiateurs, faire figure de piste de réflexion et tenter d’apaiser les tensions par le cinéma, Antebellum se révèle en sorte de pamphlet manqué et particulièrement vain. Se contentant encore une fois et comme d’autres films qui l’ont mieux fait auparavant, de prendre le pouls et de dénoncer la ségrégation raciale. Il est maintenant temps de passer à autre chose, et afficher d’autres ambitions. Ou tout simplement de proposer du cinéma, car pendant près d’1h40 on n’en voit pas beaucoup projeté à l’écran.

Antebellum n’est pas un film indigent mais tristement loupé. Il pâtit de ses influences qu’il n’arrive pas à égaler au lieu de les utiliser à bon escient. L’idée plutôt amusante résidant dans les derniers instants, esquissée en un coup droit de tennisman. Alors qu’il y avait peut-être là une bonne idée à développer pour attraper son sujet, et faire d’Antebellum un bâton de dynamite malin qui suscite l’intérêt.

Antebellum, de Gerard Bush et Christopher Renz. Avec Janelle Monae, Jena Malone, Gabourey Sibide… 1h45. Sortie le 9 septembre 2020

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