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Les Apparences : du rififi chez les bourgeois

Avec Les Apparences, Marc Fitoussi signe la réalisation (et l’écriture) de son sixième long-métrage librement adapté du roman Trahie de l’écrivaine suédoise Karin Alvtegen… Si le casting est impeccable, la comparaison « chabrolienne » (que nous avons lue à peu près partout) nous a quelque peu laissés sur notre faim.

Une valse bien lente

Bon, le pitch, vous le connaissez : Henri (Benjamin Biolay) et Eve (Karin Viard) forment un merveilleux petit couple de quadras. Henri est un grand chef d’orchestre, Eve travaille à la bibliothèque de l’institut français de Vienne. Tous deux font partie du cercle bourgeois de l’élite française installée à Vienne. Le hic ? C’est qu’Henri s’ennuie terriblement avec Eve ! Alors, bien sûr, il voit une maîtresse en cachette, qui n’est autre que la maîtresse de son fils (bonjour la double lecture !!) …scandale ! Sa femme finit par le découvrir (en cachette).

Vous pensez sûrement : « mais c’est le pitch du siècle ! » (rires). En réalité, tous les ingrédients sont appétissants mais assez mal mélangés. Si le film démarre en trombe, à l’écoute du débit haletant de Karin Viard, le tempo va decrescendo pour notre plus grande déception. On retient bien sûr quelques séquences de ces insupportables dîners mondains et la performance impeccablement brushée de Karin Viard et de son double antipathique interprété par Pascale Arbillot, mais les ficelles sont trop énormes pour que l’on se régale vraiment.

L’intervention du personnage de l’amant aurait pu nous divertir mais il n’en est rien : Eve, désabusée, rencontre un jeune Viennois dans un bar, désabusé lui aussi… Elle boit, beaucoup. Ils vont à l’hôtel et… rien. Dans le regard vide de l’héroïne, c’est toute la bêtise des apparences sociales qui défile : comment en est-elle donc arrivée là ? Cette scène, innocente, aurait donc pu soutenir une soudaine envie de prendre un virage très serré… mais la route reste finalement dégagée. Jonas, donc, ce jeune viennois amouraché, ne sert que de prétexte à la destruction du couple désharmonieux.

Je te trompe, retrouve-moi

Personne ne dit rien. Bah, oui ! Il faut garder sa fierté et tenir le rôle parfait… C’est agaçant et sûrement inspiré d’une horripilante réalité. On comprend donc rapidement (et grossièrement) qu’Eve est une parvenue prête à tout pour sortir définitivement de sa classe sociale inférieure à celle qu’elle fréquente. Aime-t-elle son mari ou l’homme influent qu’il est ? Personne n’en sait trop rien. Eve(lyne) se contente simplement de jouer ses rôles de bonne petite bourgeoise, femme d’un génie et mère (adoptive) idéale ; tandis qu’Henri, taiseux, se complaint dans son orgueil et sa lâcheté pour mieux digérer la jalousie de sa femme et son envie de la quitter.

Bref, après quelques vengeances par correspondance et des gros plans réussis, il faut bien que quelqu’un meure et que d’autres, au bout du compte, s’en aillent ailleurs.

Nous finirons alors par cette interrogation bien sentie : maintenant que deviennent, que deviennent les valses de Vienne ?

Les Apparences de Marc Fitoussi. Avec Karin Viard, Benjamin Biolay, Laetitia Dosch, Pascale Arbillot, Lucas Englander… 1h50.

Sorti le 23 septembre 2020

À propos Mathilde

"HUM, HUM" (raclement délicat de la gorge). Bonjour à toutes et à tous ! Je ne sais absolument pas comment me présenter donc débrouillez-vous avec les infos persos que je vais vous balancer (je viens de me débarrasser de mon agent et de mon attachée de presse donc je suis complètement en roue libre !) Comment se présente-t-on d'abord ? Et puis après tout, êtes-vous vraiment intéressés par la bio de la personne qui vient d'asperger à l'eau de rose le petit dernier des frères Dardenne ? (...) Vous continuez de me lire ? Bon, je crois que je vais vous perdre alors je vais faire très, très court, promis ! Je suis une inconditionnelle du cinéma de Rohmer (2 mémoires à mon actif). J'ai un faible pour Brad Pitt, les Kinder Bueno et Michel Berger. Je crois que j'ai l'oreille absolue. J'ai fait de la figuration non-rémunérée et on m'a coupée au montage. J'écris beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup ... Alors merci de m'avoir lue et à la prochaine critique !

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