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Rétrospective Kim Jee-Woon #1 : Les débuts prometteurs

Dans notre onzième numéro de Désolé J’ai Ciné, on s’était intéressé à Park Chan-Wook et Na Hong-Jin, fiers représentants aux côtés de Bong Joon-Ho de cette nouvelle vague de réalisateurs coréens. Mais notre appétit pour le cinéma de la péninsule n’a clairement aucune limite, aussi aujourd’hui, penchons-nous sur Kim Jee-Woon, l’un des instigateurs du même mouvement. Connu dans nos terres pour sa comédie Le Bon, La Brute, Le Cinglé mais aussi son film extrêmement noir J’ai Rencontré Le Diable, l’homme à la casquette a plus d’une facette et fascine par sa maîtrise et sa variété de sujets. Plongée dans l’esprit étriqué d’un metteur en scène hors normes à travers une rétrospective complète, que nous divisons en cinq arcs quotidiens.

The Quiet Family (1998)

Quand on dit qu’un premier long est souvent l’occasion pour le réalisateur de se lâcher complètement quitte à faire quelque chose de complètement foutraque, The Quiet Family s’érige en parfait exemple. Le film est un bordel sans nom, un amas de quiproquos et de situations improbables qui s’enfonce toujours dans une narration plus lourde encore. Mais avec le charme de ses comédiens et d’une écriture qui, à vouloir aller jusqu’au bout de chacun de ses arcs, ne laisse rien au hasard, il représente également un bijou d’humour noir dont on ne sort pas indemne.

Lorsque la famille Kang rachète cette bicoque de campagne et la transforme en maison d’hôtes, perdue en forêt montagneuse au bord d’un chemin de randonneurs, l’opportunité leur semble audacieuse. Mais rapidement, ils réalisent que l’affaire est empoisonnée, l’auberge n’ayant aucun client, et la famille commence à crouler sous les dettes. Ils tentent tant bien que mal d’attirer tous les randonneurs qu’ils croisent et comptent sur le maire, leur ayant garanti qu’une route devrait prochainement être construite, pour accélérer les travaux. Mais alors que la famille est en émoi face à un premier client qui arrive là par hasard, et qu’ils mettent le paquet pour le satisfaire, leur surprise est une fois encore accompagnée de malchance lorsque l’homme a en réalité choisi leur demeure… pour se suicider. S’en suit un amas de situations rocambolesques, la famille choisissant de planquer le cadavre pour conserver leur commerce qui, comme par magie, commence à fleurir.

Il est impossible de ne pas se marrer de bout en bout face à cette famille totalement atypique, chaque membre bénéficiant d’une écriture précise et de comédiens mis à bout. On reconnaît Song Kang-ho, alors tout minot, ainsi que Choi Min-sik (qui nous décollera la rétine dans Old Boy quelques années plus tard) mais toute la famille jouit d’une personnalité particulière, entre l’oncle alcoolique et violent, le fils pervers, ou encore la fille en quête identitaire et sexuelle. Archétypes totalement exagérés par un auteur qui joue avec pour accentuer le ridicule de ces situations toujours aussi improbables et dont les protagonistes ne peuvent plus sortir. La maison devient un engrenage où chaque rouage cache un nouveau rebondissement, et où chaque personne impliquée s’expose à sa propre folie.

Folie meurtrière, folie paranoïaque, tout le monde en prend pour son grade et Kim Jee-woon en profite pour décortiquer les liens familiaux et les relations sociales entre les individus. Rapports de domination, pressions de mœurs, beaucoup de thématiques y passent dans cette explosion sentimentale où chacun se met à nu. On en retient donc un foutoir, mais un foutoir jouissif, qui joue de son lieu (la maison tout à coup nous apparaît gigantesque, et chaque pièce montrée par un nouvel angle nous apparaît différente) et de ses personnages, auxquels on s’attache instantanément. S’il est peut-être un peu trop fou et manque de retenue, Kim Jee-Woon démontre dès son premier film de sa capacité d’écriture, et la suite donne irrémédiablement envie.

The Foul King (2000)

Une comédie satirique avec pour thème central Song Kang-ho masqué qui fait du catch, quoi de mieux pour allécher un spectateur déjà conquis ? Pourtant, malgré toutes ses bonnes intentions, The Foul King déçoit, et peine à emporter.

Im Dae-ho est un rêveur inconditionnel, perdu dans ses fantasmes d’enfance où il se voyait rejoindre les ligues professionnelles de catch. Pas étonnant qu’il soit un employé de banque médiocre, constamment en retard et n’apportant aucun résultat. Raison suffisant à son patron pour le martyriser ? Pas vraiment, mais dans un pays où le boss est roi, Im Dae-ho a régulièrement le droit à une belle rossée par son supérieur, qui prend un malin plaisir à l’humilier et lui faire des clés de bras. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’il ne craque, d’autant qu’il tombe par hasard sur une salle d’entraînement, et parvient à convaincre le coach de ladite salle de lui apprendre à au moins contrer les prises de son tyran. Reprenant peu à peu goût pour le ring et la comédie combative, il va se lancer corps et âme dans sa passion.

En choisissant un angle de comédie pure, Kim Jee-Woon peine à trouver son ton. La dimension sociale, qu’il apporte par les relations de travail et une idylle quelque peu forcée, a du mal à fonctionner quand le ridicule prédomine au point de gâcher toute tentative d’effet dramatique. En contrepoint, la narration ne rend jamais les situations hilarantes. On est donc plongé dans une comédie qui a quelques fulgurances, et des séquences où on ne boude pas son plaisir, mais qui restent dans cet entre-deux qui fait que l’on ne s’implique jamais réellement. Song Kang-ho, charmant à souhait et impliqué comme jamais, ne suffit malheureusement pas tant son talent représente l’atout principal sur lequel tous les dés sont jetés.

Avec The Foul King, Kim Jee-Woon se cherche, et s’il aborde une certaine quantité de thématiques, notamment sociales, il peine à rendre le tout homogène. Arrêt de la comédie pour sa première plongée dans l’horreur psychologique avec Deux Sœurs, sur lequel nous reviendrons demain !

The Quiet Family, de Kim Jee-Woon. Avec Choi Min-Sik, Go Ho-Kyung, Song Kang-Ho… 1h38. Film de 1998, aucune date de sortie française.

The Foul King, de Kim Jee Woon. Avec Song Kang-Ho, Goo Shin, Kim Su-Ro… 1h56. Film de 2000, aucune date de sortie française.

À propos thierrydepinsun

Aficionado du cinéma de genre mais aussi en tous genres, je grignote de la pellicule et j'use de ma plume depuis un petit moment. Correcteur au même titre que rédacteur, on veut parfois ma peau comme celle de Roger Rabbit mais ma carrure à la Vin Diesel (ma calvitie surtout) me permet de survivre tant aux mauvais films qu'aux menaces de mes partenaires d'écriture. En fait, je suis surtout là pour parler 7ème art sans langue de bois mais toujours avec le sourire, en espérant transmettre mon insatiable soif de découverte ! Merci à Elie Bartin pour la bio !

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