C'est au cinéma Critiques Deauville 2020

Lupin III : The First – franchise essoufflée ou renouvelée ?

Il n’est jamais simple de continuer à faire vivre une franchise, surtout quand elle affiche une cinquantaine d’années au compteur. Le temps passe, les films et/ou séries s’enchaînent, alors qu’avec eux les technologies comme les attentes évoluent. Passant notamment après Seijun Suzuki – qui a délaissé ses œuvres sulfureuses le temps d’un opus de la saga animée – et surtout Hayao Miyazaki et son fameux Château de Cagliostro, Takashi Yamazaki a donc une lourde tâche pour le dixième film impliquant le gentleman-cambrioleur. Une tâche d’autant plus ardue, du fait qu’il s’agit de la première tentative d’animation en 3D pour une aventure de ce personnage.

Parlant d’aventure, celle offerte ici est des plus simples. Après une brève introduction dans le passé nous faisant connaître un mystérieux vieillard du nom de Bresson qui ne tarde pas à se faire assassiner, on est plongé dans le présent à la quête du journal de celui-ci, objet prisé depuis des années, aux côtés de Lupin et de l’intrigante Laetitia. Commence alors une série de péripéties improbables aux quatre coins du monde, avec comme objectif d’empêcher une catastrophe mondiale, réalisable grâce au secret contenu dans le fameux journal.

S’il est un constat faisable d’emblée, c’est l’envie du studio de proposer un spectacle fort et impactant grâce à la 3D. Le projet a d’ailleurs mis longtemps à voir le jour par cette volonté, qui a impliqué de nombreux travaux pour un résultat qui ne manque pas d’allure dans l’ensemble. L’animation de ce type renforce l’immersion par sa dimension réaliste, qui donne aux moments de folie un cachet intéressant. Pour autant, ce qui frappe tout aussi vite, c’est la pauvreté de l’écriture. Le récit semble conçu comme un gros épisode de série, et emploie alors des ficelles narratives éculées et prévisibles.

On se retrouve devant un mix d’Indiana Jones Et La Dernière Croisade – bien plus que cité ici – et des Aventuriers De L’Arche Perdue, avec un soupçon de Mission : Impossible. Et si ce mélange de références est plaisant en un sens, il est ici trop criard, en plus des grosses facilités qui parsèment l’intrigue, pour faire sourire. Ajoutons à cela les séquences de combat à main nue durant lesquelles l’animation peine à suivre, par un semblant de mollesse qui déçoit, et l’on se demande à quoi on a affaire.

Toutefois, Lupin III : The First n’est pas raté. Malgré ses défauts évidents, il constitue un divertissement de très honnête facture, doté d’un humour parfois gras mais bienvenu et de moments de bravoure qui laissent coi. La qualité visuelle va crescendo, ainsi que la finesse d’écriture qui amène à un twist inattendu et bougrement efficace, rappelant pour le coup les meilleures heures des films d’aventure sauce 80s. Les personnages de Lupin et Laetitia sont attachants et l’évolution de leur relation donne à cette poursuite de McGuffin une dimension supplémentaire, entre quête de soi et réflexion sur la famille et l’héritage. On regrette l’absence des autres camarades du héros, relégués pour la plupart à un fait d’arme unique, mais la dynamique présentée par le couple de passionnés crée l’émotion nécessaire pour nous faire accrocher à cet univers où tout va à deux mille à l’heure.

Les petits seront donc pris par cette odyssée à travers le monde, de Paris à Teotihuacan, et cette bande de lascars qui volent en s’amusant et s’amusent en volant. Le fan aussi en aura pour son compte, par l’ambiance retranscrite, ici toujours plus belle grâce à la 3D et ses possibilités visuelles fortes, quoique sous exploitées, et l’attachement initial pour les personnages. Le quidam restera peut-être plus en dehors, faute à un recul qui mettra plus facilement les défauts en avant, lesquels peuvent paralyser le plaisir pris. Quoiqu’il en soit, l’heure et demie passe vite, et ce Lupin III : The First aussi imparfait soit-il – il illustre bien les limites de ce genre de produits de franchise – satisfait par son envie de régaler le spectateur et ses quelques sursauts créatifs qui cambriolent gentiment nos rétines.

Lupin III : The First de Takashi Yamazaki. Avec Kan’ichi Kurita, Suzu Hirose, Tatsuya Fujiwara, … 1h33

Sortie le 7 octobre 2020.

À propos Elie Bartin

L'as du patrimoine, perdu dans un autre temps, qui à seulement 22 ans fait frémir André Bazin à chaque écrit. Ce que tu appelles "journée de 24h", j'appelle ça "deux films de Jacques Rivette". Mon relecteur a beau avoir raison en disant que la Corée est le pays ultime du cinéma, je joute contre vents et marées pour déclamer mon amour pour la belle France, qui ravit mes séances depuis toujours, avec une verve et rage que l'on pourrait penser snob. Alors je me soigne en écrivant ici, et en variant les sujets, parce que j'aime de tout, et que tout est cinéma. Et en vrai je suis juste un petit con sans arrogance qui prend tout avec cynisme et sans sérieux. Allez viens, on se marre bien. (Merci à Thierry de Pinsun pour la bio)

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