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Relic : Mortifère, sens propre du terme

L’épouvante, notamment lorsqu’il s’agit d’une thématique centrée autour de la maison hantée, a souvent été une histoire de famille. Des univers froids et cadavériques, symbolisant les épreuves du temps que subissent les liens familiaux. On pense facilement à l’adaptation de Mike Flanagan de The Haunting Of Hill House, où la maison agissait alors comme le réceptacle de toutes les frayeurs et les non-dits unissant cette famille pourtant désunie. Marchant dans les pas de ses prédécesseurs, dont elle va sublimer les codes, Natalie Erika James va, avec Relic, proposer une relecture moderne, actant sa connaissance du film de genre tout en le poussant vers de nouvelles valeurs.

Lorsque Kay (Emily Mortimer) et Sam (Bella Heatcote) arrivent à la demeure d’Edna (Robyn Nevin), mère de l’une, grand-mère de l’autre, la désillusion est immédiate. Cette maison, qu’elles ont connue pleine de vie, est en désuétude, vouée à un destin funeste imminent. En voyant l’état des lieux, ainsi que les divers post-it laissés là par Edna, dont la disparition soudaine justifie la venue des deux femmes, ces dernières réalisent le temps qui les a séparé de leur dernière visite, un temps où les choses se sont taries dans une indifférence involontaire. Retrouvant alors rapidement Edna, c’est la conscience, et l’inconscience, d’une fin proche qui va les rapprocher, leur faire vivre des derniers instants éprouvants mais où les liens familiaux deviennent plus forts que tout.

Les éléments horrifiques viennent parfaitement illustrer l’état de santé d’Edna, mais aussi l’état mental de Kay, décontenancée à l’idée de perdre cette mère avec qui elle a tant de choses à rattraper. Ils vont se couvrir d’illusions, créer un univers parallèle dans lequel ce n’est pas une âme qui s’approche de son trépas mais bien une entité fantomatique qui en veut après la chère grand-mère. Et si cette lecture semble évidente au premier abord, et se clarifie à mesure que les éléments du récit avancent, Natalie Erika James s’amuse, notamment par son utilisation des codes horrifiques qu’elle maîtrise avec brio, à brouiller les pistes. Les mêmes éléments deviennent alors sujets à interprétations lorsque ce lieu en perdition semble vouloir emporter les deux jeunes femmes avec lui, et laissent supposer qu’une possession invisible sévit ici. Permettant alors à la réalisatrice de tenir en ses mains un éventail d’effets qu’elle distille sans trop de précipitation, et toujours avec une certaine classe, tout est sujet à la métaphore, à jouer sur les consciences d’un lieu qui se sent lui aussi abandonné, en proie à la destruction si sa propriétaire venait à périr. Enfermer ces deux nouvelles générations devient alors une manière pour l’habitation de survivre à Edna, de s’accrocher à ce sentiment profond d’amour et de vie qui renaît par les retrouvailles entre ces trois femmes.

Que faire lorsque nos aînés ne peuvent plus se débrouiller seuls ? Trouver des solutions administratives, qui ne sont qu’un aveuglement de plus sur le court terme, ou choisir d’accompagner l’être aimé dans cet ultime chemin, voilà les questions que pose la réalisatrice, en nous offrant avant tout un récit d’acceptation. Une acceptation pour Kay et Sam, qui ne peuvent plus nier l’état d’Edna à mesure que les évidences se font frontales, mais aussi une acceptation pour Edna, qui doit embrasser la vieillesse, la sénilité, la fin. Des thématiques de fond profondes, qui balaient l’horreur de la mort pour accueillir le bonheur de l’amour en toutes circonstances. Ces retrouvailles sont aussi une preuve, que la paix d’esprit se trouve dans l’accompagnement à chaque moment fort, par ses êtres aimés. À travers des scènes très graphiques – âmes sensibles s’abstenir ! – mais ô combien signifiantes, Natalie Erika James utilise l’horreur pour parler de la réalité de la vie, et dresse un parallèle en affirmant que la réelle horreur, c’est le non-dit, et l’oubli.

Relic est donc une sacrée surprise, qui parvient tant à maîtriser sa dimension horrifique que nous proposer une double lecture passionnante, et assez inédite. Un métrage porté avec grâce par son trio d’actrices qui ne cesse de surprendre par sa justesse et son implication. L’horreur a souvent – si ce n’est toujours – eu pour mot d’ordre de conjuguer les maux sociaux à la peur viscérale, et rien de tel qu’un constat bien réel, qui nous concerne tous, pour nous impliquer. Le genre n’a plus de beaux jours devant lui, mais un horizon de lumière. Foncez !

Relic, de Natalie Erika James. Avec Emily Mortimer, Bella Heathcote, Robyn Nevin… 1h30.
Sortie le 7 octobre 2020

À propos thierrydepinsun

Aficionado du cinéma de genre mais aussi en tous genres, je grignote de la pellicule et j'use de ma plume depuis un petit moment. Correcteur au même titre que rédacteur, on veut parfois ma peau comme celle de Roger Rabbit mais ma carrure à la Vin Diesel (ma calvitie surtout) me permet de survivre tant aux mauvais films qu'aux menaces de mes partenaires d'écriture. En fait, je suis surtout là pour parler 7ème art sans langue de bois mais toujours avec le sourire, en espérant transmettre mon insatiable soif de découverte ! Merci à Elie Bartin pour la bio !

1 comment on “Relic : Mortifère, sens propre du terme

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