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[HALLOWEEN] The Mist : un confinement brumeux

Si vous pensiez que le couvre-feu vécu sur le canapé clic-clac d’un appart de 9m2 au loyer d’un salaire de cadre de l’agro-alimentaire parisien était douloureux, il faudrait revoir votre copie devant The Mist. Coincé dans un supermarché entre un paquet de cheetos crunchy au curry et du liquide débouche canalisation, avec une brume aux inquiétantes créatures au dehors et des humains terrorisés à l’intérieur, le monstrueux cauchemar est peut-être là. C’est le programme de l’adaptation de la nouvelle Brume de Stephen King par Franck Darabont. Ou comment revisiter le confinement dans ce qu’il a de plus extrême.

Franck Darabont n’est pas le cinéaste le plus prolifique actuellement. Pour preuve, The Mist est son dernier métrage sorti en 2007 avant qu’il ne s’attaque avec son compère Greg Nicotero au développement de la fameuse série The Walking Dead. Habitué des adaptations de King, deux de ses longs-métrages, Les Evadés et la Ligne Verte – ne brillant pas par un geste absolu de cinéma mais par un académisme et une fidélité littéraire -, sont restés dans les mémoires. Idéaux pour un public plus large amateur de mélo, qui ne rechignerait pas à les inclure dans une liste de « top des meilleurs films à voir au moins une fois dans sa vie ».

Savoir dompter le King

Il n’est pourtant pas étonnant de voir Darabont s’aventurer du côté de l’épouvante-horreur et du fantastique avec The Mist, alors qu’il avait fait ses armes en tant que scénariste de Freddy 3 : Les Griffes du Cauchemar, pour deux épisodes de la série Les Contes de la Crypte, ou encore Frankenstein de Kenneth Branagh. The Mist ne fait en aucun cas une infidélité au King, qui est fier d’adouber le travail bien fait quand il s’agit de respecter ses écrits (exit Shining). Darabont réussit là où beaucoup se sont cassés les dents devant les textes du maître de l’horreur. Tout le monde n’est pas Kubrick ou De Palma lorsqu’il s’agit d’imprimer une patte et une vision d’auteur.

Brume, dans son écrit, laisse le flou sur la représentation même des créatures. Darabont, même s’il en suit la trame sur sa ligne principale, va alors créer un bestiaire en partant de zéro et laisse libre court à son imagination pour surprendre. Si le budget modeste pour un film fantastique de ce calibre n’offre pas aux effets spéciaux leur plus beau costume, Darabont fait preuve d’une précision totale pour distiller ses pions. Chaque apparition du fantasmagorique ne s’accompagne pas de fioritures, mais se tient à des moments opportuns pour rebattre les cartes du récit, dynamiter l’histoire, et s’attaquer au sort des personnages. Un huis-clos se déroulant dans un supermarché favorise la sensation d’oppression, si ce n’est qu’il ne sera pas envahi par des affreux requins comme dans Bait, ou des zombies de Romero. D’autant plus lorsque le lieu est entouré d’une brume épaisse qui convoque un héritage Carpenterien (Fog), et qui obscurcie l’horizon. Évidemment, le suspense est entretenu de toutes les façons, et le spectateur va vouloir à coup sûr savoir ce qui se cache au-delà des vitres du magasin. Quand les portes finissent par s’ouvrir, l’horreur peut alors prendre le pas sur l’humain.

La chute de l’homme

Comme souvent chez Stephen King, le fantastique n’est qu’une façade et un moyen utilisé pour faire chuter l’espèce humaine et la pousser dans ses retranchements. Franck Darabont l’a bien compris et met en scène ce qui semble être l’effondrement d’une civilisation à l’échelle d’une minuscule ville du Maine. Prise au piège dans sa propre création du supermarché, symbole d’une richesse factice de l’occident, qui finira par l’étouffer et lui faire perdre la raison. Confiné et obligé de vivre en communauté face à un danger rudimentaire, l’état psychologique de l’homme évolue pour finir en déraillement. Lorsque l’échappatoire se fait de plus en plus mince, les vices refont surfaces. D’un côté les rationnels, de l’autre les fondamentalistes religieux obligés de se rattacher à la figure divine pour tenter de trouver une explication au phénomène. Quand bien même le trouble s’installe au fil du métrage, d’une pure création de l’esprit, d’une expérience scientifique, d’une fatalité venue s’abattre ou d’une ouverture vers une dimension Lovrecraftienne, celui qui ne suivra la pensée unique de Dieu se verra contraint aux enfers. À la manière d’un The Witch de Robert Eggers, la véritable horreur n’est peut-être pas celle qu’on croit. L’homme face à son dérèglement et son attachement infini pour plus grand que soi, vient précipiter à lui seul sa perte. Le cauchemar se referme alors au centre de la brume, lors d’une ultime séquence d’une violence inouïe qui vient glacer le sang et vous faire trembler des heures.

Avec The Mist, Franck Darabont réalise à coup sûr son meilleur film. Ambitieux, précis et non-avare en prises de risques. Se détachant d’un pesant académisme hollywoodien, ce petit cauchemar est d’autant plus grand, qu’il offre au film de monstres une bien belle matière qu’on refuse souvent à lui donner. Il serait tort de s’en priver, car quand des grosses bébêtes viennent nous hanter, elles ne font pas dans la dentelle.

The Mist, de Franck Darabont. Avec, Thomas Jane, Laurie Holden, Marcia Gay Harden,… 2h00.

Sortie le 27 février 2008.

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