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Dark Water : réparez-moi ce dégât des eaux…

Le Japon est largement associé aujourd’hui, pour le large public, à une pop culture issue des jeux vidéo, du manga et de l’anime, tantôt colorée et outrancière tantôt liée au calme onirique de la nature préservée.

Pourtant, une immense tradition horrifique habite le même pays depuis les yokai du shintoïsme jusqu’aux légendes frissonnantes contemporaines qu’entourent certains lieux – il suffit de penser à la forêt d’Aokigahara, connue pour son nombre important de personnes retrouvées mortes par suicide. Dark Water, de Nakata Hideo, est un parfait représentant de cette tradition… Oppression garantie.

Dark Water raconte l’histoire de Matsubara Yoshimi en pleine instance de divorce et devant se battre pour conserver la garde de sa fille Ikuko contre un ex-mari insistant. Elle trouve un nouveau travail et s’installe dans un nouvel appartement décent pour créer un semblant de quotidien stable, propice à l’éducation de sa fille. C’est alors que tout bascule…

Yoshimi et Ikuko, sous la pluie torrentielle. Le film est l’occasion de traiter la question de la maternité

C’est sur la mise en place d’une atmosphère pesante, voire carrément suffocante, que Dark Water repose, et le film peut être vu comme une tentative – réussie – d’illustration du genre littéraire fantastique, et notamment du mode narratif caractéristique du Horla de Maupassant. Cela repose, principalement, sur une situation initiale d’un quotidien banal mais relativement morose, qui vient être perturbé par des manifestations étranges, irrationnelles, incompréhensibles ; on en trouve alors des explications, parfois bancales, permettant un retour au réel. L’œuvre fantastique est donc fondée sur un mouvement de va-et-vient entre le réel et l’irréel, le naturel et le surnaturel.

Dark Water fait exactement ce genre de choses, et c’est précisément ce doute instauré qui permet de créer l’horreur psychologique. Qu’y a-t-il de plus inquiétant, angoissant, que ce qu’on ne comprend pas mais qu’on cherche tout de même à expliquer constamment ? Cela passe par une série de procédés cinématographiques spécifiques : la photographie est terne, le montage précis, les mouvements de caméra lents. Cela installe ce quotidien simple d’une mère en difficulté, et d’une enfant en construction, se cherchant toutes les deux une place dans un monde difficile, un Japon en prise, depuis les années 1990, à une série de crises financières provoquant de nombreux bouleversements sociaux. Ce quotidien sera bouleversé par une série d’incidents aquatiques… L’eau agit en catalyse de l’atmosphère horrifique, du questionnement permanent sur la nature des manifestations étranges subies par Yoshimi et Ikuko. Elles subissent à la fois l’étouffement de leur réel difficile, et la suffocation due aux manifestations surnaturelles de l’eau croupie coulant sans fin des murs, tout ceci porté par une mise en scène froide et brute.

Dark Water est un thriller horrifique et psychologique passionnant sur la question de la maternité, et fait vibrer par la constante inquiétude qu’il met en place. Il vous pousse dans un océan glacial de tristesse, vous fait parfois boire la tasse… mais surtout, vous maintient suffisamment à la surface pour éviter la noyade. Et surtout… réparez-moi ce dégât des eaux !

Dark Water de Nakata Hideo. Avec Kuroki Hitomi, Kanno Rio, Oguchi Mirei… 1h41
Sorti le 26 février 2003

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