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His House : Fantômes de notre présent

La maison hantée est le symbole même du film d’horreur. D’Amityville en passant par Conjuring ou encore The Haunting of Hill House, les esprits aiment nous jouer des tours pour nous rendre fou. Remi Weekes utilise cet élément pour y mêler propos engagé et drame social dans son premier long-métrage, His House.

Un couple ayant fui la guerre dans le sud du Soudan trouve refuge en Grande-Bretagne alors qu’il a perdu sa fille lors de la traversée. Accueillis comme des malpropres et enfermés dans des camps, Rial et Bol ont enfin l’occasion de prouver qu’ils peuvent être de bons citoyens. On leur donne une période d’essai avec une maison, une poignée de livres par semaine pour (sur)vivre et comme mission de s’intégrer au voisinage. Tandis que Bol s’intègre, sa femme a du mal à trouver sa place. La maison devient le lieu de toutes les hantises tandis que de mystérieux esprits se cachent dans les murs. Est-ce que la maison est hantée ? Est-ce le couple qui s’imagine tout ça ou est-ce le reflet de traumatismes bien plus profonds ?

En découvrant les deux protagonistes noirs, on ne peut s’empêcher de faire un lien avec Get Out mais l’idée est rapidement balayée par le réalisateur qui impose sa patte en quelques scènes. Oscillant entre passé et présent, on découvre un couple qui a fui un enfer pour finalement arriver dans un autre, celui de la société. Inscrivant le film dans notre époque au cœur d’une petite banlieue britannique, His House prend rapidement l’allure d’un film social : deux noirs qui débarquent dans une petite bourgade qui voit d’un mauvais œil leur arrivée entre la voisine qui les observe de loin et les jeunes du quartier qui n’hésitent pas à se moquer d’eux. La maison délabrée dans laquelle ils vivent (si on peut appeler ça une maison tant elle ressemble plus à un tas de ruines qu’autre chose) n’est guère plus accueillante que le reste mais qu’à cela ne tienne, le couple veut prendre un nouveau départ. Mais comment prendre un nouveau départ lorsque les affres du passé ne cessent de vous hanter ?

His House : Photo Sope Dirisu, Wunmi Mosaku

Alors que la première partie s’affaire à installer une ambiance horrifique entre ombres menaçantes et voix dans les murs, la seconde s’inscrit beaucoup plus dans le film social. Que se passe-t-il lorsque des migrants tentent de s’intégrer à une nouvelle société ? Le problème migratoire est loin d’être nouveau et le traiter sous un aspect horrifique est un parti pris aussi intéressant que réussi. Qu’y a-t-il de pire entre une maison ou une société qui ne veut pas de vous ? Impossible de trouver refuge ou écoute. Bol veut quitter la maison ? Il lui faut un motif valable. Que vont penser les autorités ? Que lui et sa femme refusent de s’intégrer. Or le sacrifice a été trop grand pour abandonner. Alors ils décident d’affronter ces monstres. Des monstres qui représentent les esprits de tous les migrants qui ont perdu la vie lors d’une traversée. On comprend toute la souffrance du couple. Outre les obstacles traversés pour arriver en vie jusqu’en Grande-Bretagne, ils portent le fardeau de tout un peuple. Combien d’enfants ont péri lors de ces traversées ? Quels sacrifices ont été nécessaire pour aspirer à une meilleure vie ?

Loin d’être une simple démonstration de propos, Remi Weekes démontre une vraie patte artistique. Le film oscille constamment entre le réalisme de la société et de cette maison avec des phases de cauchemars éveillés qui ne misent jamais sur la surprise. L’ambiance suffit pour nous suggérer ce qui se cache derrière ces murs entre deux scènes qui replongent nos protagonistes dans leur traversée de l’enfer. Un grand soin est apporté aux décors et à la photographie qui rend cet objet cinématographique aussi intéressant à décortiquer que beau à regarder. Et c’est sans compter sur un final épatant de justesse et de sobriété, comme un rappel que la véritable horreur est celle qui se déroule dans ce monde. Deux choix s’offrent alors à eux : abandonner ou se résigner à se battre et survivre pour tous ceux qui ont péri avant eux. Une percée assez impressionnante pour le réalisateur mais aussi pour ses acteurs principaux Wunmi Mosaku et Sope Dirisu qui, on l’espère, compteront prochainement dans le paysage cinématographique engagé.

Film à double lecture aussi intelligent qu’il est engagé, His House nous rappelle douloureusement la réalité des choses. Un genre bien trop rare pour ne pas le souligner et vous inciter fortement à le regarder.

His House de Remi Weekes. Avec Wunmi Mosaku, Sope Dirisu… 1h33
Sortie sur Netflix le 30 octobre

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