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Bronx: crise de roubignoles phocéennes

Associer subtilité et Olivier Marchal serait faire une offense au petit Larousse. Un univers fait de flics dont la dentelle se résume par un côté bien râpeux, et le sourire par un visage d’un noir ténébreux, prêt à se passer la ceinture à grosse boucle de métal autour du cou.  L’ancien inspecteur de police devenu réalisateur, acteur ou encore scénariste de télévision, déclare faire des films violents car la société l’est tout autant. Encore faudrait-il que sa conception du monde et du corps policier soit traduite par sa réussite passée, allant de Gangsters, 36 quai des Orfèvres et Braquo pour ses plus gros succès. Force est de constater qu’on comprend pourquoi sa nouvelle marchandise Bronx est sortie directement sur Netflix. Violent non pas dans sa tenue et son propos, mais par son côté affligeant.

Le titre Bronx n’est pas mal choisi, tant la cacophonie règne en maitre dans le métrage. Après deux heures de souffrance, on ne termine même pas en ayant la satisfaction d’avoir capté quelque chose, car on nage entre l’indifférence et le script écrit par des tongs à la place des mains.

Sors les kalash comme à Marseille

Une histoire de rivalités entre subdivisions de la police judicaire, aux prises avec un gang de méchants corses, de caïds des quartiers nord, sur fond de trafic de drogues et de flics plus ripoux que tous les ripoux. Ou l’impression de voir une mise à l’écran de pages Faits Divers du journal la Provence, au lieu d’un vrai scénario qui tient la route. Oui dans Bronx, il faut côtoyer le mal pour s’en sortir. Quitte à voguer à contre-courant de tout principe d’engagement dans la fonction policière, et faire un bras d’honneur au Ministère de l’Intérieur. Quand on n’a pas le choix, il est nécessaire d’être de l’autre côté de la barrière. Ou bien quand on ne le fait pas exprès. Sans doute que les personnages ont été aveuglés pas l’indigente mise en scène d’une fusillade nocturne à l’image hideuse. D’une nuit grisâtre sur une plage, les coups de fusils d’assauts s’envolent de droite à gauche avec illisibilité, sans savoir qui tire sur qui, pourquoi l’un a déclenché avant l’autre. Une balle perdue, l’erreur est commise et entraîne un rebondissement. Mais le spectateur a déjà décroché au bout d’un quart d’heure, alors la réaction se fait absente.

Pourtant la promesse de l’affiche, et la promotion faisaient rêver un polar d’action décomplexé, musclé, bourrin, qui allait casser deux ou trois mâchoires et prémolaires entre des shots de Jack Daniels. Au final les exécutions sont sommaires, tendues comme un bout d’un demi-string troué, et plombées par une avalanche de dialogues à la vacuité philosophique tétanisante. Jacques Prévert peut se rouler dans sa tombe, la poésie Marchalesque joue la partition d’épicerie fine dans un vestiaire miteux, entre mâles aux pecs saillants et aux testicules gonflées. Avec un blouson en cuir de loubard, soucieux non pas de combattre le crime, mais de tirer quelques coups, fumer des clopes, suinter la bière sous le débardeur, se parfumer à l’huile de moteur et théoriser sur la difficulté d’être un homme.

En Bande désorganisée

Dans cette terre masculiniste, la femme n’a évidemment que peu de chances d’exister par elle-même et se révéler percutante. Son rôle cantonné à ouvrir les jambes comme sur un bouton de télécommande « à la demande », ou jouer la fliquette aux cheveux courts dans le champ de la caméra, qui ne décroche pas un mot. Notons quand même le culot de ramener Claudia Cardinale, icône italienne des années 60 pour simplement quelques répliques foireuses. Elle n’est qu’une poussière dans un casting qui n’a pas envie de s’impliquer et vise à peu près tout le temps à côté. Des apparitions de Jean Reno et Gérard Lanvin, venus faire un coucou amical au cinéma français avant de rejoindre leur carrière en résidences secondaires, et profiter du soleil dans le sud en Thalasso thérapie. Lannick Gautry, produit made in feuilletons de TF1, David Belle qui donne des nouvelles après Banlieue 13 et recycle une cascade aux trousses d’un homme nu qui tombe sur une benne à ordures. Et puis Kaaris, au physique imposant quand il faudrait jouer sur sa carrure bestiale, se révèle en petit chat de gouttière filmé pendant la répétition de son texte.

Dans toute cette bouillabaisse, il faut louer le choix judicieux qu’à fait Gaumont en cédant son long-métrage aux mains d’un service de streaming. La crise sanitaire aura au moins eu un bon point. Car voir Bronx sur grand-écran aurait directement creusé le trou de la sécurité sociale sur l’ophtalmologie. Quand vient le climax au rythme d’Immortels d’Alain Bashung, on se demande comment avoir réussi à survivre. Décidemment au fond du trou, on se met à repenser à l’autre Immortel, celui avec Jean Reno. Ou quand Richard Berry se prenait pour Olivier Marchal, avant qu’Olivier Marchal ne se prenne désormais pour Richard Berry.

Bronx n’a aucune autre utilité que montrer ce qu’il ne faut pas faire dans le genre policier. Vide de sens, vide d’acting, vide de propos, vide de réalisation. On l’oublie aussi vite qu’on l’a regardé, et le souvenir d’une scène n’a même pas la chance de se faire une place dans le cerveau. Olivier Marchal s’est perdu totalement, et rien ne nous est définitivement épargné.

Bronx, d’Olivier Marchal. Avec Lannick Gautry, Stanislas Merhar, David Belle… 1h56.

Sortie le 30 octobre 2020 sur Netflix

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