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[FESTIVAL KINOTAYO] They Say Nothing Stays The Same : une modernité japonaise désenchantée

Le Japon. Entre tradition et modern…Urusai !

Cette petite formule est devenu le lieu commun de tout discours porté sur le Japon contemporain, ayant connu une industrialisation à marche forcée à la fin du XIXe siècle. Et pourtant, They Say Nothing Stays the Same (aru sendō no hanashi, qu’on peut traduire par « Le récit du batelier ») semble s’inscrire dans cette réflexion de longue date sur la transformation du quotidien traditionnel par la modernité occidentale importée et réadaptée au contexte japonais. Le film est la seconde avant-première, après le très apprécié Forgiven Children, du Kinotayo Matsuri sur FilmoTV.

They Say Nothing Stays the Same suit la vie de Toichi, vieux batelier, dans un contexte passé et géographique indéterminé. Toichi vit dans une petite cahute, seul, et passe ses journées à faire traverser la rivière aux habitants du village alentour, ainsi qu’aux voyageurs d’ailleurs.

Seulement voilà… Un pont est en cours de construction, et Toichi sait bien que plus personne n’aura intérêt à traverser la rivière en bateau. Rien ne sera plus jamais comme avant. Et pourtant, quand il recueille une jeune fille qui dérivait sur la rivière, blessée, ses perspectives semblent changer.

Le film adopte une posture critique sur la question de la modernité engloutissant dans son passage la pureté de la Nature, mais aussi la sociabilité villageoise, une stabilité et un équilibre des relations sociales. La modernité accélère le temps, et réduit nos moments d’ennuis et de contemplations, et nous force en permanence à l’action. Paradoxalement, c’est en gagnant du temps -par la technique- que l’on finit pressés. Cependant, cette posture est si explicite, dans les dialogues même, mais aussi dans ses métaphores un peu faciles (La rivière assimilée au Styx par exemple) que le film frôle parfois avec le gros sabot, par peur de ne pas être compris.

Très beau sur la forme – la photographie de Christopher Doyle, collaborateur d’un certain Wong Kar-Wai, est absolument somptueuse offrant des plans cartes postales à peu près toutes les 24 images par seconde – le film pèche dans sa narration, on l’a dit, très voire trop explicite, et dans sa mise en scène, dont les ressorts ne semblent pas complètement aboutis, ni trouver de cohérence, se limitant parfois à une série de rencontres-discussions-réactions peinant à faire évoluer ses personnages et son histoire.

Une très belle photographie alliée à un vif sens du cadre, cela donne de beaux moments de contemplation.

Ni foncièrement raté, ni franche réussite, on trouve dans They Say Nothing Stays The Same quelques moments de grâce qui valent le détour, et sont autant d’invitations à la contemplation du monde qui nous entoure en se séparant de l’injonction à la sur-activité de la modernité. Encore et surtout, il n’est pas déconseillé de se rincer les yeux avec de si belles images d’un Japon lointain, séparé des éternels lieux de tourisme et donc, de modernité désenchantée.

They Say Nothing Stays the Same, d’Odagiri Joe. Avec Emoto Akira, Murakami Nijiroo, Kawashima Ririka… 2h12

En avant-première sur FilmoTV lors du Kinotayo Matsuri

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