Critiques Festivals Gérardmer 2021

[Gérardmer 2021] The Stylist : T’as un beau front, chérie

Récurrence que l’on constate souvent dans les festivals mettant en avant des auteur·ice·s venu·e·s présenter leur premier long : le court-métrage développé en long, et le ressentiment qui va avec. On se retrouve souvent face à un objet au postulat passionnant, mais qui peine à étirer son propos sur la longueur et ennuie par son remplissage assez poussif. Une fois n’est pas coutume, The Stylist est de ceux-là, mais propose malgré tout une immersion attrayante pour qui choisit de se laisser porter.

Posez-vous dans ce siège confortable, il est temps pour Claire de s’atteler à votre coupe de cheveux. Dans ce grand salon, le verre de vin détend, les envies de discussion avec votre coiffeuse s’avancent, on sympathise face à cette orfèvre aux doigts de fée qui vous comble par son talent, son professionnalisme. Discrète, elle vous écoute durant son labeur raconter votre vie, ces détails intimes que vous n’avez cure de dévoiler à cette charmante inconnue que vous ne reverrez probablement jamais. Une fois la coupe achevée, et les confidences établies, il ne reste qu’un dernier détail à régler. Cette personnalité est désormais un acquis pour Claire, pourquoi s’en séparerait-elle ? La tête vacille, quelques chose dans ce jus de raisin alcoolisé n’allait pas. Un petit coup de ciseaux bien placé et vous voilà scalpée, prête à rejoindre la collection de Claire qui peut s’approprier votre vie et vos désirs dès qu’elle le souhaite.

Pour accompagner ce premier meurtre qui surgit de manière inattendue, l’ambiance de The Stylist flirte dangereusement avec le Giallo. Musique kitsch, fondus enchaînés lors du générique qui font penser aux Feux De L’Amour, cette première séquence est un délice, dotée d’une sur-esthétisation et d’une manière de montrer ses aspects gores faisant clairement honneur à ses références. L’antre de Claire, faisant l’aspect d’une douce maison de poupée où les scalps encore sanguinolents font penser à de simples accessoires pour cette jeune femme timide, nous semble même sympathique – on pense notamment à The Love Witch, qui nous avait ravi sur Outbuster –. Une introduction efficace, qui nous plonge dans une ambiance particulière et promet beaucoup. Malheureusement, malgré ces atouts qui refont régulièrement surface, nous rappelant pourquoi nous restons accrochés au métrage, The Stylist est à la peine dans le développement de son intrigue, n’y perdant pas ses idées mais ayant du mal à les rendre attrayantes, le tout dans un ton morne et détonant bien trop de ses scènes phares.

L’une des clientes de Claire se rapproche dangereusement d’elle, flirte avec la bête humaine, étant elle-même dans l’euphorie de son mariage à venir, ce qui l’empêche d’avoir le recul nécessaire. Elle qui voit en sa coiffeuse une figure réconfortante, l’invite jusqu’à son enterrement de vie de jeune fille, et l’immisce dans son intimité de manière totalement intrusive. Si l’on a du mal à comprendre pourquoi, tant Claire, malgré sa prestance et son élégance, rejette une image glaciale, la coiffeuse y voit l’amie qu’elle n’a jamais eue, et s’attache à ce nouveau modèle telle une sangsue. Cette nouvelle condition sociale, inattendue, lui dévoile de nouvelles opportunités, mais la réfrène aussi dans ses pulsions meurtrières. Ce qui n’empêche pas son caractère obsessionnel de rester dominant, elle qui veut désormais gérer tout ce qui concerne sa nouvelle amie.

L’intrusion dans l’intimité reste vivace, et passe de l’appropriation physique, par le scalp, par l’appropriation sociale qu’effectue Claire. Son amie devient une nouvelle victime, montrée à travers un processus plus complexe, par étapes. Interactions sociales, questions intimes sur les troubles avec le futur mari, séance d’essais d’habits bien malsaine, Claire pose ses balises, apprend à devenir celle dont elle va usurper l’identité. Sa perte de contrôle face à l’acceptation de cette nouvelle amitié se compense par la violence des quelques nouveaux meurtres, symbole de la déroute dans laquelle elle se trouve. Cette seconde partie trouve nombre de problèmes de rythme, qui lui font perdre peu à peu son charme. Entre des dialogues qui n’ont que peu de saveur, l’allongement de situations voulues gênantes mais qui sont juste pénibles, la suite narrative est rapidement comprise et se retrouve à lutter pour exister, et continuer à faire sens dans l’esprit d’un spectateur qui se détache peu à peu. Comme on l’a cité précédemment, l’impression d’un court-métrage étiré prend toute sa définition, et apporte des bémols qui gâchent des séquences pourtant savoureuses. On comprend pourtant la volonté de Jill Gevargizian de ne pas s’enfermer dans cette ambiance onirique à coups de Giallo, et de traiter sa sociopathe avec un filtre plus ancré dans une certaine réalité pour justement ajouter de la profondeur à ses personnages. Une profondeur bien présente, que l’on ressent notamment grâce aux interprétations habitées des actrices – notamment Najarra Townsend, exceptionnelle –, mais qui oublie d’aller à l’essentiel, dans ce qui semble être une volonté de s’accorder envers une durée d’exploitation.

Malgré ses défauts, The Stylist est un premier long sacrément prometteur. Le rapport à l’exclusion sociale de celle qui finit, à sa manière, par tenter d’entrer dans les « normes » pour constater qu’elles sont biaisées, est un sujet passionnant, très bien traité sur le papier. Le fond a un certain mérite, que l’on espère développé avec plus de panache sur les futurs essais. Une réalisatrice à suivre, qui à défaut d’avoir trouvé un rythme cohérent, en a sous le coude, notamment lorsqu’elle s’essaie au trip esthétique, où elle n’a rien à envier à personne.

The Stylist, de Jill Gevargizian. Avec Najazza Townsend, Brea Grant, Millie Milan… 1h45

À propos thierrydepinsun

Aficionado du cinéma de genre mais aussi en tous genres, je grignote de la pellicule et j'use de ma plume depuis un petit moment. Correcteur au même titre que rédacteur, on veut parfois ma peau comme celle de Roger Rabbit mais ma carrure à la Vin Diesel (ma calvitie surtout) me permet de survivre tant aux mauvais films qu'aux menaces de mes partenaires d'écriture. En fait, je suis surtout là pour parler 7ème art sans langue de bois mais toujours avec le sourire, en espérant transmettre mon insatiable soif de découverte ! Merci à Elie Bartin pour la bio !

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