Festivals IFFR 2021 Interview

[IFFR 2021] David Verbeek, réalisateur de Dead & Beautiful : « Je voulais que chaque personne dans ce groupe d’ami·e·s représente une forme extrême de capitalisme »

On arrive à la fin de ce festival de Rotterdam 100% digital et parmi les derniers films présentés dans la sélection Big Screen on a pu découvrir Dead & beautiful, une histoire de vampire atypique qui nous a séduit et qui nous a donné envie de discuter avec son réalisateur.

La naissance de Dead & Beautiful a été un véritable parcours du combattant pour vous. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?

Au début le film devait se faire en Chine mais la première tentative a échoué parce que les investisseurs chinois de l’époque ne voulaient faire le film qu’avec des acteur·ice·s chinois très connus soit trop chers soit indisponibles à ce moment-là. Des années plus tard on a ré-essayé de faire le film en Chine sachant qu’entre temps on a tenté notre chance à Dubaï. Cette fois on a travaillé avec d’autres investisseurs et ils nous ont dit que l’industrie cinématographique chinoise avait évolué et qu’ils avaient des attentes plus réalistes en terme de casting. Donc toutes les planètes étaient alignées pour pouvoir faire ce film avant que la censure s’en mêle et que le script ne soit pas validé. C’était infernal en 2011 on avait pas les bons investisseurs mais notre scénario était validé puis c’était l’inverse des années après. J’ai eu beau changer le scénario plusieurs fois nous n’avons jamais eu les autorisations de tourner en Chine. C’est en faisant ce film qu’on s’est vraiment rendu compte de la difficulté de faire un film là-bas. Finalement on a décidé de faire le film à Taïwan. Toute cette histoire a duré neuf ans entre le moment où on a voulu tourner ce film et le moment où on a enfin pu le tourner.

Neuf ans c’est très long, vous n’avez jamais eu envie d’abandonner ce projet à un moment donné vu tous les obstacles que vous rencontriez ?

Oh oui il y a des moments où j’avais envie de me dire « Fuck it !« . Ce qui nous a permis de tenir c’était le fait qu’on croyait en notre projet, à cette histoire et au fait qu’elle collait parfaitement à la société dans laquelle nous vivons. Et puis quand on passe autant de temps et d’énergie sur un projet qui n’aboutit pas on est prêt à le faire, peu importe les conditions qui nous sont imposées. Entre deux j’ai également réalisé d’autres films donc ce n’est pas comme si j’étais seulement obnubilé par celui-ci.

Un film de vampires chinois est quelque chose d’assez inhabituel. Comment cette idée vous est venue ?

Cette idée m’est venue lorsque j’habitais en Chine. Il y a là-bas une génération de jeunes riches qui est visible de plus en plus dans les rues. On voit des voitures de luxe, dans les boîtes de nuit il y a ces petits groupes de jeunes très riches assis dans un coin avec des montagnes de bouteilles de champagne… C’est quelque chose d’assez curieux à observer et qui a poussé ma curiosité à me demander qui peuvent-iels bien être, d’où viennent-iels et quelles sont leurs histoires. Il y a aussi de plus en plus d’accidents impliquant ces jeunes qui prennent la fuite et qui ne sont jamais inquiété·e·s comme ils proviennent de familles aisées. Je voulais explorer toute cette psychologie derrière tout ça et ne pas juste les représenter comme une génération de connard·sse·s.

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Dead & Beautiful

Dead & Beautiful est un film de vampires mais c’est aussi une question de choix. Maintenant qu’iels sont tous transformé·e·s, chacun·e va vouloir explorer sa nouvelle condition mais iels ne vont pas tou·te·s réagir de la même manière. Comment avez-vous travaillé la psychologie de chacun des personnages ?

Il y a eu différentes versions du script mais c’est clairement ce qui m’a pris le plus de temps à écrire pour être juste. Dès le début j’ai voulu présenter les différences qu’il y avait selon les personnages malgré le fait qu’iels fassent partie d’un groupe d’ami·e·s solide. C’est aussi un long travail de casting et trouver l’acteur·ice qui saura correspondre et apporter quelque chose d’unique au personnage. On a réuni tous les acteur·ice·s avant le tournage pour qu’iels deviennent un véritable groupe d’ami·e·s. On a passé beaucoup de nuits ensemble et à certains moments on a même vécu ensemble dans la même maison.

Le casting est absolument charismatique mais c’est aussi surprenant de voir un casting éclectique qui ne contient pas que des acteur·ice·s asiatiques. Pourquoi ce choix ?

Mon expérience en Chine m’a fait découvrir que ces groupes d’ami·e·s très riches et influent·e·s n’ont pas tous les mêmes origines. C’est un mélange international. Je voulais que chaque personne dans ce groupe d’ami·e·s représente une forme extrême de capitalisme. On a cette princesse russe, cette richesse de Hong Kong… Je voulais aussi avoir un film où plusieurs langues étaient parlées. Je trouve ça intéressant de voir qu’il n’y a pas qu’un seul langage même si la Chine et le chinois deviennent de plus en plus importants, dans les hautes sphères on retrouve toujours ce mélange entre anglais et chinois.

Sans spoiler personne, nous avons aux ¾ du film un plot twist qui est assez culotté et qui, finalement, s’inscrit assez bien dans le film et la psychologie des personnages avec ce côté très égocentrique. Est-ce que c’était une idée qui était présente dès le départ ?

Dans ce cas-là c’est vraiment quelque chose qui est venu petit à petit, par couches. D’abord je m’étais dit que ce groupe d’ami·e·s riches allait littéralement se transformer en vampire et partir sur cet aspect presque parodique de la chose. Ensuite j’ai du changer à cause de la censure chinoise qui interdit les vampires ou toute forme de fantômes donc iels ne pouvaient pas être de véritables vampires et je ne voulais pas non plus faire quelque chose facile comme s’iels se réveillaient juste d’un mauvais rêve. Ensuite j’ai pensé à cette idée de jeunes qui expérimentent des choses un peu folles parce qu’iels s’ennuient dans leur quotidien donc je trouvais intéressante cette idée que tout ceci soit totalement faux. Puis j’ai repensé aux personnages avant de penser au twist final et je voulais que Lulu soit un personnage puissant. Au début elle est une simple victime mais au fur et à mesure elle s’affirme et prend les rênes.

La photographie est magnifique, très colorée et à la fois avec un côté très noir qui capte à merveille la frénésie des rues taïwanaises. Vous avez travaillé avec Jasper Wolf mais vous êtes vous-même photographe. Vous avez préféré délaisser ce travail ?

C’est un excellent directeur de la photographie. On a longuement discuté de la tonalité du film et il savait exactement quelles références me donner et quelles idées visuelles à apporter. J’ai trouvé ça très inspirant. De mon côté j’ai habité Taïwan pendant 12 ans donc je savais aussi ce qu’on devait représenter et comment le représenter d’ailleurs j’ai moi-même apporté certaines de mes photos pour compléter nos idées. Il a aussi apporté une autre dimension que je n’avais pas forcément comme moi je suis quelqu’un de très atmosphérique dans mes représentations et dans mes photos alors qu’avec Jasper j’ai appris à aussi étudier les lieux et les bâtiments. La ville est presque le personnage principal du film. Il a cependant réussit à trouver un équilibre entre capturer l’atmosphère des lieux et se concentrer sur les visages et les réactions des personnages.

Pour en revenir un peu à votre carrière, vous êtes un réalisateur néerlandais qui a étudié aux États-Unis et qui vit désormais à Taïwan. Qu’est-ce qui a poussé ce besoin de sortir de votre pays ?

J’ai vécu dans un environnement un peu international comme mon père était diplomate donc j’ai beaucoup voyagé dans ma jeunesse et je ne suis jamais resté bien longtemps dans un pays ce qui était vraiment cool ! Quand j’ai eu la vingtaine je suis allé à l’université aux Pays-Bas pour quatre ans et j’ai commencé à m’intéresser à ce qui se passait dans le monde et comment ça affectait les gens. C’était quelque chose que je voulais faire et représenter dans mon cinéma. Ce qui m’a fait déménager en Chine est un article que j’avais lu sur les changements économiques et sociologiques très rapides qui s’effectuaient dans la société chinoise et j’ai eu envie de vérifier ça par moi-même. J’y ai fait deux films puis j’ai découvert Taïwan et j’ai été fasciné par ce pays donc je me suis vraiment ancré petit à petit dans cette société asiatique. J’aime énormément la culture orientale mais j’adore observer les changements sociologiques qui s’opèrent entre les générations et comment ils essaient aujourd’hui de se trouver une identité dans un monde en mouvement constant.

Et enfin une dernière question, avez-vous de nouveaux projets en cours ?

J’ai plusieurs projets mais en ce moment je me concentre sur un en particulier. C’est à propos de quelqu’un qui a été élevé par les loups. Ça va être un film très philosophique qui questionne sur ce qu’est un être humain sans l’éducation et le cadre social qui va normalement avec.

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