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[IFFR 2021] Beginning : Renaissance poétique

Si nous n’étions pas en pleine pandémie mondiale il est certain que le premier film de Dea Kulumbegashvili aurait fait des ravages. Sélectionné en compétition officielle à Cannes l’année dernière, le film a raflé en septembre dernier les plus gros prix au festival de San Sebastian (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure actrice et meilleur scénario) et à juste titre. C’est avec un immense plaisir qu’on a pu découvrir Beginning dans la section Limelight.

Un office religieux dans une église des Témoins de Jéhovah qui tourne au drame lorsqu’ils se font attaquer à coup de cocktails molotof qui réduisent en cendres leur lieu de culte. David, chef de la congrégation, doit se rendre pendant une semaine au Congrès des anciens pour réunir de l’argent afin de reconstruire l’église. De son côté, sa femme Yana ne supporte plus cette situation. Ce n’est pas la première fois que leur église est incendiée – ce qui a poussé la famille à déménager plus d’une fois -, les coupables gambadent en liberté sous leurs yeux et la police n’a aucune considération pour eux. Lorsque son mari est parti, elle reçoit la visite d’un de ces policiers qui lui fait comprendre rapidement qu’il n’en a que faire de cette affaire et compte bien profiter de la jeune femme seule et sans défense. C’est la goutte de trop pour Yana qui va se métamorphoser pour se libérer et naître hors de ces diktats patriarcaux qui l’oppressent depuis tant d’années.

La réalisatrice pose ses bases en nous montrant un groupe de personnes ostracisé par le reste de la population. Iels ne sont pas les bienvenu·e·s et cette situation commence à peser lourd sur Yana. Elle a peur pour son fils qu’elle refuse de laisser jouer seul de peur qu’il se fasse agresser par quelqu’un. En plus d’être une mère inquiète, c’est également une femme rabaissée face à son mari David. Tout commence lorsqu’elle refuse de l’accompagner au Congrès et essaie de lui expliquer qu’elle ne se sent plus elle-même depuis quelques temps. Ni une, ni deux, David prend ça pour un excès d’égoïsme. Comment oses-t-elle se plaindre alors que c’est lui qui l’a sorti de sa galère d’actrice ? Il lui conseille rapidement de se taire, ce qu’elle fait sans piper mot de plus. Le cadre est posé et il est étouffant. Cet homme prend toute la place et Yana ne peut que se plier à ses exigences autant par peur que par fatigue. Restes à ta place et sois sage.

Yana continue alors sa vie de son côté en donnant cours aux plus jeunes sans grande conviction dans ce qu’elle déblate. L’arrivée de ce policier bouleverse sa vie jusqu’à tout remettre en question. C’est l’acte de trop, l’humiliation de trop. Et même lorsqu’elle se retrouve bafouée, son mari trouve encore le moyen de la blâmer avant de lui dire nonchalamment qu’il est prêt à la pardonner. Yana n’a pas besoin d’avoir l’approbation de son mari pour vivre mais c’est un long chemin qui s’ouvre devant elle avant d’arriver à (re)naître.

Dea Kulumbegashvili sait exactement ce qu’elle veut montrer et comment le montrer. Sa précision chirurgicale fait mouche. Elle alterne à merveille séquences coup de poing jusqu’à provoquer en nous un certain malaise de par la perspective qu’elle nous impose, celle de voyeur­·e, impuissant·e face à la violence qu’elle subit constamment. Quand on est à bout de souffle, elle nous offre des plans magnifiques, longs, interminables mais tellement apaisants, comme une lueur d’espoir dans cette vie obscure. Des images où la nature reprend le dessus jusqu’à un final ô combien poétique mais lourd de sens. Et alors que dire d’Ia Sukhitashvili ? Une prestation habitée, hantée et tellement à fleur de peau. Avec très peu de dialogues mais tellement de regards et de lignes du visage brisé·e·s par les évènements. C’est une tornade qui nous emporte allègrement dans son chemin de croix.

Beginning de Dea Kulumbegashvili. Avec Ia Sukhitashvili, Rati Oneli, Kakha Kintsurashvili… 2h06

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