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[IFFR 2021] Carro Rei : C’est la ré-vroum-lution

Même si jusque là l’IFFR est loin de faire dans le classique (des vampires riches, des femmes éternelles ou encore une mouche géante), on ne s’attendait pas à voir une révolution menée par un taxi dans une petite ville nichée au cœur du Brésil. Derrière son scénario loufoque, Carro Rei porte un message éminemment politique et sociologique.

Uno est un jeune garçon qui n’a pas eu la vie facile. Obligé de travailler dans la compagnie de taxi de son père après le décès prématuré de sa mère. Ce qu’il pense être le simple fruit de son imagination s’avère être réel, il entend les voitures parler. Pendant ce temps, une nouvelle loi vient de passer, interdisant les tacots de plus de 15 ans de rouler. Avec l’aide de son oncle bricoleur, Uno décide de transformer toutes ces futures épaves en véhicules modernes et futuristes. Ce qui devait être un simple business pour Uno se transforme en guérilla menée par les voitures contre le capitalisme.

Uno est né dans une voiture et c’est à cause d’une voiture que sa mère est décédée. Depuis, l’épave hante le garage. Le jour où il décide d’y jeter un œil et de s’installer au volant, elle se met à lui parler comme si elle faisait partie de la famille depuis toujours. Cette voiture capable de réfléchir et de ressentir les choses va devenir le chef de file d’une immense révolte.

Le film puise ses ressources dans des œuvres telles que Christine de John Carpenter ou encore Crash de Cronenberg. Les nouvelles technologies (et donc par extension l’avènement des moyens de transports modernes) sont arrivées tardivement dans des pays encore sous-développés, où il a même fallu du temps pour que les voitures deviennent populaires. Il se dessine une distorsion visible entre un gouvernement qui veut se débarrasser de l’ancien alors même que les populations les plus reculées n’y ont pas encore accès. Les voilà privés du jour au lendemain de ce qui leur offrait une certaine liberté. Mais les bagnoles n’ont pas dit leur dernier mot. Tandis que Uno représente une jeunesse tournée vers l’avenir, l’oncle loufoque (brillant Matheus Nachtergaele) trouve un moyen de philosopher avec ces voitures pour parler de l’avenir et de la technologie comme moyen pour comprendre et apprivoiser le monde.

C’est à ce moment là que le film prend un tournant à la Terminator lorsque les voitures construites de la main de l’homme se retournent également contre leur créateur, notamment lorsque la voiture d’Uno découvre qu’une ancienne casse est utilisée pour faire pousser des plantes au lieu d’être réhabilité pour offrir un lieu de paix à ces petits bolides. Plusieurs aspects se détachent, entre une modernisation du pays très lente alors que paradoxalement la jeunesse est elle-même tournée vers le futur. Qui dit futur dit énergies renouvelables, gestes éco-responsables et un mode de vie beaucoup plus tourné vers le respect de la Terre. Et au milieu de tout ça, des voitures qui n’ont pas le temps d’évoluer et de s’installer qu’elles sont déjà mises à la casse.

Il résulte de Carro Rei une œuvre assez soignée dans son ambiance avec une certaine économie de moyens qui réussit à nous convaincre malgré tout. Parfois excentrique, parfois foutraque mais toujours juste dans ce qu’il veut dénoncer.

Carro Rei de Renata Pinheiro. Avec Matheus Nachtergaele, Luciano Pedro Junior, Jules Elting… 1h39

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