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Arrietty : Le Petit Monde Des Chapardeurs : ça chipe chez les Minimoys

L’arrivée d’un nouveau réalisateur dans l’écurie Ghibli, lorsqu’elle n’est pas monopolisée par Miyazaki Hayao et Takahata Isao, suscite toujours les curiosités. Avec Arrietty, Le Petit Monde Des Chapardeurs, Yonebayashi Hiromasa impose sa patte d’auteur, tant dans la direction artistique de son rendu, que dans ses thématiques, même si ces dernières correspondent au cœur de cible du studio.

Dans le monde des Chapardeurs, les lois sont cruelles : vivre en autarcie totale, survivre même, lorsque le danger est constamment à portée. Ce danger, c’est le monde des humains, impitoyable face à l’inconnu, qui ne saura comprendre ce que ces petits êtres pourtant pacifiques viennent faire sur ses terres. Alors on se cache, on apprend à se débrouiller, la nuit est le moment rêvé pour aller récupérer ces denrées invisibles aux yeux des hommes mais si précieuses pour cet univers microscopique. Un petit carré de sucre, leur permettant de tenir des mois, un mini bout de tissu pour rapiécer leurs guenilles, les Chapardeurs sont économes, et ne réclament pas plus que leur nécessaire. Pourtant, lorsqu’Arrietty se fait surprendre par Shô, le jeune garçon de la maison où la famille effectue sa chaparde, c’est tout un monde qui s’effondre.

Deux enfants qui se soustraient au monde des adultes par leur naïveté et la joie de leur rencontre, tel est le destin d’Arrietty et Chô. Eux qui s’adorent et aimeraient se découvrir se confrontent à deux mentalités antagonistes, celle des parents d’Arrietty qui conçoivent la découverte de leur existence par les humains comme une annihilation de leur quotidien, mais aussi celle d’Haru, la gouvernante de Chô, qui voient en ces êtres des envahisseurs potentiels, à traiter comme des rongeurs. C’est d’ailleurs là le principal souci du film : si la crainte des parents d’Arrietty, ayant connu bien des déboires, s’avère logique et peut s’additionner à une volonté de fuir sans chercher à savoir si le danger est bien réel, le caractère de la gouvernante semble un peu sorti du sac. Elle qui n’a jamais entendu parler des Chapardeurs en mal, et uniquement par le biais de rumeurs en rien négatives, semble déterminée à vouloir éliminer ces créatures, sans que l’on ne comprenne vraiment pourquoi. Une volonté d’amener à tout prix un ennemi autre que la fatalité, qui fait tomber le métrage dans un écueil manichéen assez malvenu. On y retrouverait presque le cliché du « vilain militaire« , qui prend sens dans un film d’action, mais qui dans une œuvre aussi douce ne fait qu’ajouter un enjeu inutile, prétexte à des scènes assez superflues.

Le film prend une tournure un poil trop conventionnelle par ses ressorts. On sent venir les événements, les lignes de scénario sont limpides dans l’esprit du spectateur. Ce qui n’empêche en rien sa beauté de transparaître, et ses thématiques de fond toucher une certaine grâce, permettant aux curieux·ses d’être transporté·e·s. Le sujet de la maladie, ici concernant Chô, est une thématique chère à Yonebayashi, puisqu’on le retrouve dans son long-métrage suivant, Souvenirs De Marnie. Une lecture s’impose, celle de l’imaginaire, où pour combler son ennui, le jeune homme se crée un univers de petits êtres vivant autour de lui. Théorie évidemment fragile, puisqu’il n’est pas seul à constater la présence des Chapardeurs, mais qui porte une signification forte dans ses deux films. Les mondes invisibles qui s’animent face à la fragilité de l’être, le besoin de découvrir une réalité autre lorsque le trépas guette, inlassable.

Avec Arrietty, Le Petit Monde Des Chapardeurs, Yonebayashi Hiromasa offre un premier métrage solide, à l’animation digne des meilleures propositions du studio, et qui nous emporte sans difficulté. On regrette un manque d’audace pour sortir de cette zone de confort évidente, mais le tout fonctionne très bien et ravira avant tout les tous petits.

Arrietty, Le Petit Monde Des Chapardeurs, de Yonebashi Hiromasa. Avec les voix de Shida Mirai, Kamiki Ryunosuke, Kiki Kirin…1h34
Sorti le 12 janvier 2011

Aficionado du cinéma de genre mais aussi en tous genres, je grignote de la pellicule et j'use de ma plume depuis un petit moment. Correcteur au même titre que rédacteur, on veut parfois ma peau comme celle de Roger Rabbit mais ma carrure à la Vin Diesel (ma calvitie surtout) me permet de survivre tant aux mauvais films qu'aux menaces de mes partenaires d'écriture. En fait, je suis surtout là pour parler 7ème art sans langue de bois mais toujours avec le sourire, en espérant transmettre mon insatiable soif de découverte ! Merci à Elie Bartin pour la bio !

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