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Les contes de Terremer : mi-figue, mi-raisin.

La mythologie japonaise, dans toute sa diversité, a longtemps servi d’inspiration aux univers des films des studios Ghibli et en particulier ceux de Miyazaki Hayao. Au contraire, son fils, Gorō, propose dans Les Contes de Terremer une plongée dans les univers du conte occidental et de la fantasy médiévale…

La promesse est là : des dragons, des villes médiévales, la magie, intrigues de cour et luttes de pouvoir aussi. Arren, fils du roi, commet un parricide et s’enfuit du château, alors que l’on apprend qu’une épidémie et autres calamités touchent le royaume. Les dragons sont de retour, étrange signe d’une fin des temps ? En fuite, Arren erre. Il fait la connaissance d’Epervier, un puissant mage, qui l’amènera à une reconstruction par des rencontres heureuses, et d’autres beaucoup moins.

Les contes de Terremer est un film qui fourmille d’idées, et Miyazaki a choisi de librement adapter le cycle de Terremer de Ursula K. Le Guin. Tant dans l’esthétique que l’atmosphère, la fantasy occidentale est à l’honneur. Comme toujours chez Ghibli, l’animation comme le trait de crayon sont sublimes ; la musique de Terashima Taimya et Carlos Nunez est en parfaite adéquation avec l’ambiance générale du film. Tout est là pour que le film soit un superbe moment passé, en belle relecture d’une culture de l’imaginaire qui nous est bien plus familière qu’à l’accoutumée chez Ghibli.

L’image est un vrai régal dans Les Contes de Terremer… Est-ce si étonnant ?

Pourtant, malgré tout , Les contes de Terremer peine à convaincre totalement, la faute notamment à un script fouillis, partant arbitrairement dans des directions trop nombreuses. Richesse d’idées oui, encore faudrait-il les faire exister, les rendre intéressantes pour permettre l’identification et l’implication du spectateur à l’égard de ces personnages. Tout repose sur l’ajout perpétuel d’éléments pour tenter de créer un univers tangible et organique. Cet univers doit accoucher au forceps. Les Contes de Terremer passe son temps à montrer l’existence (Il y a ceci, il y a cela) dans ce monde, mais jamais vraiment à essayer de le comprendre (« Comment ? Pourquoi ? En quoi ? »), et à convoquer des sentiments sans vraiment les susciter.

Empêtré dans l’idée qu’il doit adapter un univers préexistant à l’écran, le film s’embourbe car il juxtapose et adjoint des éléments sans créer d’interactions convaincantes. Avoir des idées n’est pas suffisant pour faire un bon film. Et c’est bien dommage car la principale caractéristique de Terremer est que tout élément du monde dispose d’un « vrai » nom, et la connaissance de ce vrai nom permet de le maîtriser. Cette forme de cartésianisme appliquée à la magie – se faire « comme maître et possesseur de la nature » étant l’idée de comprendre la nature pour éviter de subir ses lois arbitraires – est en réalité à peine exploitée, sinon maladroitement.

Le résultat est donc franchement décevant, le film donnant l’impression de n’être pas totalement fini, car ni l’histoire, ni l’univers ne semblent aboutis, juxtaposition d’éléments inexploités oblige. Les contes de Terremer n’est paradoxalement pas une mauvaise découverte au sein des films Ghibli. La proposition est assez inédite, le résultat simplement décevant, le film passable. Un vilain petit canard dans une filmographie riche des studios.

Les Contes de Terremer, de Miyazaki Gorō. Avec Teshima Aoi, Sugawara Bunta, Okada Jun’ichi… 1h56
Sorti le 4 avril 2007

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