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Palm Springs : tout recommencer encore et encore

La boucle temporelle, concept qui lie le futur au présent, en répétant une même période, le plus souvent une journée. On trouve déjà ce système en littérature dès 1955 avec Le Tunnel sous L’Univers de Frederick Pohl, mais s’il y a bien une œuvre de fiction qui a fait exploser le principe auprès du public, c’est Un Jour Sans Fin d’Harold Ramis. Depuis, il y a comme une vague impression que la boucle temporelle est devenue un sous-genre à part entière du cinéma, essoré, usé jusqu’à la moelle. N’apportant rien de plus que des héros perdus, qui mettent un laps de temps avant de se rendre compte que quelque chose cloche dans leur quotidien. Dans le médium sériel qui compte bon nombre d’épisodes de jour sans fin, dans la science-fiction (Edge of Tomorrow), le thriller (Source Code), l’épouvante-horreur (Triangle, Happy Birthdead), un concept facile à marier avec d’autres univers, mais auquel il est compliqué d’ajouter quelque chose de nouveau, hors des codes prédéfinis. Pourtant, lorsque Max Barbakow débarque avec Palm Springs, une certaine satisfaction prend les devants, de voir un objet pétillant tenter de sortir des sentiers battus.

Lors d’un mariage à Palm Springs, comté californien, Nyles fait la connaissance de Sarah, demoiselle d’honneur et sœur de la mariée. Elle n’a aucune excitation à assister à la cérémonie, qui semble être une corvée plus qu’un évènement symbolisant l’union et le bonheur. Lui comme homme charmant, semble prendre tout à la légère et n’avoir aucune limite. Mais leur rencontre ne va pas se passer comme prévue. Piégés dans l’espace-temps du mariage, le duo va être contraint de revivre la même journée.

Max Barbakow a une idée simple. Le spectateur de Palm Springs, plutôt jeune, biberonné à la pop culture et qui a déjà mangé par dizaines de ses produits, connaît déjà le concept de boucle temporelle. Si c’est le cas, il n’y a alors aucun intérêt à lui raconter d’une façon didactique, le prendre par la main et lui rappeler ce qu’est son principe de base. Lorsque Sarah est aspirée par la boucle, elle se rend compte que Nyles y est plongé depuis déjà bien longtemps. Chaque jour qui se répète, les deux héros se souviennent de leurs actions précédentes, et sont parfaitement conscients qu’ils revivent sans cesse le même moment. Un postulat intéressant, et surtout intelligent qui laisse le métrage nous embarquer vers d’autres envies. Palm Springs n’évolue pas sur un seul et même niveau mais s’autorise des sorties de route qui font prolonger le plaisir.

Car Nyles a parcouru cette boucle, l’a observée, dévorée, subie, analysée dans chaque recoin, il peut entraîner Sarah dans sa course, et dans cet Open World aux multiples activités. Chaque délire est autorisé, chaque faute peut être commise, il est possible de tout se permettre, tout le temps. Chanter, danser dans un bar de rednecks, conduire bourré, se suicider, se droguer à outrance… La mort n’est plus un point final à la vie, mais simplement la ligne d’arrivée avant de tout recommencer. Barbakow laisse ses comédiens voguer à leurs péripéties, leurs envies et idioties. Andy Samberg et Cristin Milioti sont quasiment à chaque instant en surrégime, comme deux réacteurs nucléaires à sitcoms, maîtres dans l’art de la vanne, du gag, de l’excès de débit prononcé à la seconde. Pourtant, la limite est proche de tomber dans la comédie grasse américaine, avec un lourdaud en chemise à fleur, qui rote ses bulles de bières, aussi fines et subtiles qu’un routier au péage de la Jonquera. Le côté rom-com use de ressorts pas forcément inventifs, et se prend les pieds dans la facilité de l’architecture-type de la dispute, du déclic et des retrouvailles attendues entre deux êtres conditionnés pour tomber amoureux.

Mais l’alchimie l’emporte, celle de deux personnages qui se complètent, s’imbriquent et s’assemblent malgré leurs différences. Ils en deviennent plutôt touchants dans leur vision et la manière de concevoir leur vie respective. Lui qui est blasé, souhaite simplement rester dans son quotidien balisé. Elle, ne trouve pas le bonheur, semble manquée d’une certaine folie, mais souhaite retrouver le chemin de l’existence. Difficile de choisir entre rester maîtres absolus d’un monde auquel personne ne peut faire du tort, auquel le contrôle ne peut échapper et dans lequel les aléas sont bannis. Et d’un monde de la « normalité » qui laisse libre cours à l’imprévu, au flou de l’avenir, qui peut être aussi joyeux que triste. Dans cette période de pandémie, d’incertitude, de morosité ambiante, Palm Springs obtient une saveur différente. Pour cet univers coloré, cette joie aperçue, ce rythme effréné, le métrage offre au spectateur une friandise qui picote, donne le sourire et une forme de bonheur de voyager, de voir ailleurs.

Brillant plus par sa liberté du genre, ses petites trouvailles et son énergie que par sa comédie romantique réutilisée et peu intéressante, Palm Springs en demeure un bonbon qui fait du bien. Drôle et coloré, qui donne au corps le temps d’un instant l’occasion de recharger les batteries, et se réchauffer d’un hiver bien froid, au milieu du désert de l’ouest.

Palm Springs de Max Barbakow. Avec Andy Samberg, Cristin Milioti, J.K. Simmons… 1h30.
Sortie le 12 février 2021 sur Prime Video.

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