Le Bonheur : la lumière devant l’ombre

Il y a des films qui ne s’expliquent pas. Le Bonheur d’Agnès Varda, c’est un peu ça, ça ne s’explique pas vraiment. Alors, pourquoi essayer de poser des mots sur l’inexplicable ? La réponse est simple : pour vous donner envie de (re)voir cette pépite brûlante de simplicités, de hasards et d’amour, surtout…

Sans une once d’ironie, Agnès Varda raconte le bonheur, ce cadeau bonus offert aux mortels entre deux orages. Tout commence comme dans un rêve : des silhouettes se baladent dans un champ de tournesols flamboyant. Le jaune, paroxysme chromique de l’été, nous happe immédiatement… au premier plan, un tournesol… et un autre. Les plans s’alternent à une vitesse folle : le champ-contre-champ annonce déjà le vers minuscule qui se cache dans le fruit mûr. Mais qu’importe, Le Bonheur commence et il fait beau. Frédéric (Jean-Claude Drouot), sa femme Thérèse et leurs deux jeunes enfants (une famille à la ville comme à l’écran) profitent de la campagne. L’amour est pur, la vie modeste : on s’aime, on travaille, on mange, on profite… Frédéric est ébéniste, Thérèse est couturière. Jamais trop loin de Paris, Varda pose ses personnages dans la proche banlieue fraîchement bétonnée. Le bonheur avance doucement sans que l’on ne sache pourquoi ni comment va surgir son antonyme…

L’œil de la photographe s’attarde sur tout ce qui fait « décor », à commencer par les affiches publicitaires qui recouvrent les murs et contextualisent a posteriori l’époque bénie des sixties. Comme chez Rohmer, les mots trouvés çà et là – en chemin – parsèment les indices, des mots mais aussi des photos des sex-symbols de l’époque épinglées à l’arrache (BB et Jeanne Moreau en compétition) ; on sent la tentation monter en même temps qu’arrive la tentatrice (Marie-France Boyer). Sans vraiment le chercher, Frédéric trouve l’ersatz amoureux en allant aux PTT et partage sans grande peine sa vie entre deux femmes. L’homme est heureux, sa femme ne se doute de rien. Et quand bien même, si elle l’apprenait, cela aurait-il une importance ? Un jour pourtant, Frédéric apprend à Thérèse son double bonheur. L’image est simple, la métaphore est douce : un pommier a poussé à l’écart des deux autres. Mais les racines sont fragiles…

Tout bascule mais tout fait sens. La cinéaste questionne ainsi le couple et son inévitable fidélité, nobles idéaux romantiques qui ont fait souffrir plus d’une Madame Bovary. Incapable de « juger » le héros (salaud ?), le spectateur se laisse porter par la lumière comme Varda l’a orientée : au fil de l’amour, au fil des liens inévitables qui se (dé)lient. Finalement, Le Bonheur se termine. Puisqu’il faut bien que l’été meure aussi.

Le Bonheur d’Agnès Varda. Avec Jean-Claude Drouot, Claire Drouot, Marie-France Boyer… 1h30
Sorti le 10 février 1965.

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