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Madame Claude : Jamais soumise

Alors que le monde de la culture est toujours à l’arrêt et que les sorties cinéma sont continuellement repoussées, certains films finissent leur route sur les plateformes de streaming. Dernière sortie en date, Madame Claude aujourd’hui sur Netflix. Six ans après avoir déjà abordé le monde de la prostitution dans Sex Doll, Sylvie Verheyde dépeint aujourd’hui la chute fulgurante de Madame Claude, proxénète de renom dans les années 60 – 70.

Avant d’être Madame Claude, elle s’appelait Fernande Gruget. D’origine modeste, elle monte sur Paris où elle fréquente les milieux du banditisme et de la prostitution avant de se prostituer à son tour. Ce n’est que dans les années 50 qu’elle monte sa propre entreprise alimentée par les plus hautes sphères de la société. Madame Claude dirigeait pas moins de cinq cent filles. Parmi ses clients, on comptait entre autres Marlon Brando, John F. Kennedy ou encore Mouammar Kadhafi. Véritable icône du proxénétisme, Madame Claude règne d’une main de maître sur le milieu et sur ses filles jusqu’à l’arrivée de Valery Giscard d’Estaing qui vit d’un mauvais oeil le proxénétisme et accéléra sa chute.

La réalisatrice se penche sur cette période charnière de la vie de Madame Claude en y incluant un personnage fictif : Sidonie. Une jeune femme belle, sûre d’elle et venant d’un milieu aisé. L’alter ego de Madame Claude, qui devient rapidement sa protégée puis son bras droit et qui la mène paradoxalement à sa perte. Cet aspect est cependant totalement fictionnel, l’idée étant de faire de Sidonie une sorte de miroir. La jeune femme qu’elle aurait voulu être, avec qui elle partage une blessure. Une fascination mutuelle naît entre ces deux femmes avant que Sidonie parte pour se protéger de Madame Claude qui, derrière son élégance, cache une femme redoutable.

Madame Claude: Karole Rocher

Contrairement à Madame Claude, dont le leitmotiv était de rendre le vice joli, la réalisatrice ne cherche pas à glamouriser tout ça. Les filles sont belles, libres, habillées par les plus grands créateurs dans un Paris léger et fêtard. Le film capture à merveille cette époque où sexe, drogue et alcool coulaient à flot. Mais derrière toutes ces paillettes, c’est toute une réalité qui se cache. Celle d’une femme blessée, qui a construit un empire à partir de rien et qui a tout fait pour le garder jusqu’au bout même si ça voulait dire fermer les yeux sur les violences subies par ses filles ou la maltraitance psychologique qu’elle leur infligeait pour garder le contrôle sur elles. Karole Rocher incarne à merveille cette figure et toute ses contradictions.

Mais Madame Claude n’est pas que le portrait d’une femme, c’est aussi (et peut-être avant tout) un film de gangster. Un gangster féminin qui joue de ses atouts pour toujours s’en sortir, tire les bonnes ficelles et parle aux bonnes personnes. Un film où les hommes ne servent que de seconds couteaux, mais des seconds couteaux de qualité : Roschdy Zem, Benjamin Biolay et Pierre Deladonchamps.

Malgré quelques longueurs qui peuvent l’alourdir, Madame Claude reste un portrait fascinant d’une femme pleine de secrets – nombre sont ceux qu’elle a emporté dans sa tombe en 2015 – mais qui était précurseur d’un mouvement de libération féministe.

Madame Claude de Sylvie Verheyde. Avec Karole Rocher, Garance Marillier, Roschdy Zem… 1h52
Sortie le 2 avril sur Netflix

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