Festivals FIFF 2021

[FIFF 2021] A regular woman : Retrouver une voix

Vous l’aurez compris, on va beaucoup parler de nanas pendant les jours à venir. Des femmes badass, des guerrières de tous les jours, des femmes qui veulent devenir indépendantes mais aussi des victimes. Sherry Hormann s’empare d’un sordide fait divers survenu à Berlin en 2005 pour réaliser A regular woman et redonner une voix à la défunte.

On remonte le fil de l’histoire avec des images d’archives qui nous glacent le sang. Sous un drap blanc gît le corps d’une jeune femme, elle s’appelait Hatun Sürüçü et s’est faite tirer dessus par son plus jeune frère. Pourquoi ? Car elle ne vivait pas comme sa famille et comme la tradition musulmane le voudrait. C’est à ce moment qu’une voix s’élève. Celle de Hatun, incarnée avec brio et justesse par Almila Bagriacik, qui nous narre son histoire et ce qui a précédé ce drame. Hatun vivait avec ses frères et soeurs à Berlin avant que ses parents lui arrangent un mariage avec son cousin, à seulement 16 ans. Partie à Istanbul pour devenir une bonne épouse et mère de famille, c’est enceinte et apeurée qu’elle revient à Berlin pour trouver refuge dans sa famille et leur avouer que son mari est violent. Le point de vue familial la place face au mur : s’il est violent, c’est qu’elle a fait quelque chose pour le contrarier. Autorisée à rester auprès des siens, l’envie d’émancipation se fait rapidement et elle part avec son fils dans un foyer pour jeunes mères où elle vit sa vie comme elle l’entend, tombe amoureuse, abandonne le voile sans pour autant renier ni détester sa famille. Un parcours du combattant dont Hatun voit le bout avant que son frère ne lui ôte la vie pour « restaurer l’honneur de sa famille ».

A Regular Woman: Almila Bagriacik

En regardant ce drame nous être raconté étape par étape il semble impossible qu’un tel crime ait pu avoir lieu. C’est là que la réalisatrice nous ramène à cette réalité : de nos jours, encore beaucoup trop de femmes sont punies pour vouloir vivre leur vie. Lentement, la descente aux enfers se dessine sous nos yeux, dévoilant des comportements de plus en plus exécrables. C’est aussi le portrait d’une femme bourrée d’espoir. Malgré toutes les misères que lui font sa famille, elle continue de l’aimer et de la défendre, refusant même de porter plainte lorsque ses frères l’appellent à tour de rôle pour la menacer de mort et l’insulter de tous les jurons possibles et imaginables.

Redonner une voix à Hatun, c’est aussi l’occasion de donner la parole à la victime mais de manière plus universelle de donner une voix à toutes ces femmes qui vivent des situations similaires. Sherry Hormann évite de tomber dans un manichéisme qui paraissait évident, racontant l’histoire du point de vue de la victime. Les faits relatés sont documentés par ce que les frères ont pu dire au tribunal, les témoignages des ami·e·s d’Hatun mais aussi d’une amie de la famille qui a été intimidé pour mentir à la police et servir d’alibi à celui qui a assassiné sa sœur.

La réalisatrice arrive ainsi à rester à bonne distance de l’histoire pour nous la narrer. La mise en scène se permet de mettre en pause certains de ses plans, apparaissant alors comme des photos témoins qu’on pourrait retrouver dans un journal.

A regular woman est un film étouffant qui s’extirpe pour respirer à certains moments et nous laisser entrevoir une femme pétillante de vie avant de nous ramener brutalement à la réalité. C’est une montée en puissance et en émotion pour finir sur un raz-de-marée plein de douleur et de colère. La colère d’une réalisatrice, d’une victime et de toutes ces femmes qui ont déjà succombé pour avoir voulu vivre.

A regular woman de Sherry Hormann. Avec Almila Bagriacik, Aram Arami, Jacob Matschenz… 1h36

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