Critiques

[FIFF 2021] Immortal : Usine de bons petits soldats

Parce qu’il n’y a pas que du portrait de femmes dans cette 43e édition du FIFF, direction la Russie avec Ksenia Okhapkina et son documentaire Immortal qui se plonge au cœur d’une petite ville où règne un régime militaire strict pour faire de ses plus jeunes habitants de parfaits petits soldats.

On se retrouve donc au cœur de la petite ville d’Apaty où se tenait au temps de l’URSS un goulag. Pourtant depuis la guerre rien ne semble avoir changé. Le temps est comme suspendu sous ces couches de neige. Apaty est devenue une petite ville industrielle qui voit défiler les trains au même rythme que ses habitants et où la discipline est reine. Tandis que les adultes attendent patiemment le bus qui les mènera à l’usine, les filles vont prendre des cours de ballet et les garçons vont à l’école militaire. Pas d’entre deux, pas de distraction, que de la discipline pure et dure pour devenir la fierté de la Russie.

KVIFF | Immortal

Quelque chose de glaçant et d’effrayant se dégage de ce documentaire. Dans cette ville à l’écart de tout nichée au milieu du cercle arctique, tout est rythmé par la propagande d’une guerre engrangée il y a de cela des années. Des enfants apprennent à faire et défaire une arme aussi rapidement que possible, les spectacles de fin d’année sont des reconstitutions de moments de guerre et les petits garçons posent fièrement avec des casques criblés de balle. Les supérieurs font tout pour effacer toute identité possible et créer ainsi une armée de personnes interchangeables dénuées de toute individualité.

À ce constat, Ksenia Okhapkina appose une véritable esthétique dans sa caméra. Les plans se succèdent avec toujours les mêmes éléments : l’usine, l’arrêt de bus, la neige de plus en plus abondante, comme si le spectateur se retrouvait coincé dans un hiver sans fin. La caméra scrute les visages qui se ressemblent tous sous leur béret rouge, les pas en cadence, les jeunes filles qui dansent en file… Tout est précis, dans un montage ultra fluide sans fausse note.

Cette petit ville isolée où tout semble être resté comme à l’après-guerre est le portrait d’un pays où la politique impose une idéologie néfaste en créant un patriotisme déshumanisant. Preuve en est par la dernière image du documentaire qui présente des dizaines de berceaux presque empilés les uns sur les autres, de la matière première pour cette usine grandeur nature prête à recracher de nouveaux patriotes.

Immortal de Ksenia Okhapkina. 1h01

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