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Behind The Mask – The Rise Of Leslie Vernon : Slasher, tu ne seras pas

Depuis que Scream a dynamité l’univers des Slashers en y apportant une dimension méta, nombreu·ses·x sont celleux qui se sont essayé·e·s à l’exercice, souvent pour le pire. La critique pourtant habile de Wes Craven n’a pas découragé les fanatiques du genre, qui se sont évertué·e·s à tenter d’apporter leur chapitre à un genre qui, le réalisateur le disait bien, s’est trop répété, et ne peut plus surprendre s’il continue de se cantonner à ses codes. Au milieu d’un amas trop foisonnant de sorties, d’excellentes surprises sont à découvrir. Parmi elles, Behind The Mask – The Rise Of Leslie Vernon qui est… un slasher méta.

La première chose qui se remarque dans Behind The Mask est son univers tout à fait singulier. À première vue, rien de clivant, nous sommes dans le monde contemporain. À une petite valeur historique près : les serial killers que nous avons découverts au cinéma via les Slashers sont ici canons, ont sévi par le passé et forgé de nombreuses légendes urbaines. Freddy Krueger a joué de ses meurtres nuptiaux pour se forger sa réputation de tueur intra-rêves, Michael Myers a tué sa famille, etc. Le parallèle avec la fascination qu’ont causée en leur temps les tueurs au point d’abreuver le septième art de ces figures emblématiques rejoint une logique imparable, un sentiment de boucle que l’aspect documentariste du métrage utilise à bon escient. À travers une équipe de tournage, nous partons à la rencontre de Leslie Vernon, un jeune homme gorgé de ce folklore macabre qui décide de nous présenter une initiation à son prochain massacre.

Loin d’un found footage, nous sommes en grande majorité plongés dans le tournage du documentaire mais des digressions régulières, pour s’intéresser aux aléas de l’équipe du tournage, nous ramènent dans l’œuvre de fiction classique, comme pour nous rappeler les limites de ce qui nous est montré. À travers ses témoignages, Leslie Vernon nous fait la panoplie du parfait petit tueur de Slasher, et nous énumère de façon ludique tous les points à respecter pour entrer dans cette catégorie particulière, ce que nous connaissons comme des codes de cinéma. En nous expliquant chaque élément essentiel pour pouvoir être catégorisé comme le tueur qu’il rêve d’être, éléments envers lesquels il ne peut absolument pas déroger, l’aspect méta prend une autre ampleur. La même critique qui était faite auparavant par Wes Craven revient sur la table : à vouloir trop se répéter, le Slasher peine à surprendre, et à intéresser ses plus fervent·e·s adeptes.

L’ironie omniprésente conforte l’originalité qui est de mise ici. Leslie nous décrit le principe de la final girl, qu’il stalke depuis quelques temps et a sélectionné selon ce qu’il considère comme des critères de pureté – comprenez : selon lui, elle est vierge –, celui du professeur à qui il laisse des indices pour que ce dernier accepte de le combattre – ici interprété par Robert Englund, double ironie –, mais aussi, et ultime comble du sort, l’acceptation de sa propre mort par celle qu’il traque, puisque c’est « comme ça que ça finit ». On rigole tant tout semble surréaliste, et joue parfaitement de ses instruments : le mentor de Leslie qui est un ancien tueur à la retraite, dont « l’œuvre » est reconnue, le choix d’une date devant correspondre à un événement important du calendaire, l’imposition du masque, de l’arme, tout est là, répertorié comme si Billy Loomis faisait son exposé devant son club audio/vidéo. L’acceptation d’une équipe télévisuelle de suivre celui qui annonce fièrement qu’il s’apprête à commettre le meurtre de jeunes gens dans un chalet isolé joue de cette fascination morbide qui nous est commune. L’envie de voir, sans intervenir, jusqu’où tout cela peut aller, est surtout une manière de montrer à quel point de nos jours, la violence est un fait banalisé, qui n’étonne ni ne choque plus personne. C’est sur Taylor Gentry, qui mène l’entrevue, que repose le contrepoids moral. Il n’y a qu’elle qui peut décider de s’interposer contre les actes de Leslie, devant la final girl que ce dernier ignore.

Lorsque le film quitte sa notion documentaire pour se plonger à corps perdu dans la fiction, c’est un double tranchant qui s’opère. Habile dans sa façon de déjouer les codes, il se réinvente, et en même temps offre un climax qui prend en haleine, nous montre qu’il a bien compris sa leçon et que le suspense s’acclimate bien d’une relecture des mythes trop communs. Malgré cela, il s’enfonce dans une dimension trop classique, ce qui, hors du Slasher, le fait tomber dans l’écueil d’un thriller assez prévisible. Pire, il déjoue les codes en les appuyant constamment dans ses dialogues. Avec une exposition qui établit parfaitement les enjeux et ce qui est « censé » se dérouler, le fait de voir les personnages pointer incessamment du doigt chaque petit changement pour bien rappeler que Scott Glosserman est un petit malin ajoute une touche d’insupportable à l’ensemble, dont on se serait volontiers passé. Il n’empêche que le tout est efficace, et que ces quelques détails ne plombent pas l’ensemble.

Behind The Mask – The Rise Of Leslie Vernon est l’un des rares Slashers méta sur lesquels il convient de s’attarder. Il souffre malheureusement de quelques lourdeurs, mais son postulat est intéressant, et propose des pistes à suivre – et surtout, à éviter – pour renouveler un genre qui en a trop vu.

Behind The Mask – The Rise Of Leslie Vernin, de Scott Glosserman. Avec Angela Goethals, Robert Englund, Zelda Rubinstein… 1h30
Sorti le 19 novembre 2008 en DVD

À propos thierrydepinsun

Aficionado du cinéma de genre mais aussi en tous genres, je grignote de la pellicule et j'use de ma plume depuis un petit moment. Correcteur au même titre que rédacteur, on veut parfois ma peau comme celle de Roger Rabbit mais ma carrure à la Vin Diesel (ma calvitie surtout) me permet de survivre tant aux mauvais films qu'aux menaces de mes partenaires d'écriture. En fait, je suis surtout là pour parler 7ème art sans langue de bois mais toujours avec le sourire, en espérant transmettre mon insatiable soif de découverte ! Merci à Elie Bartin pour la bio !

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