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Judas and the Black Messiah : Le complot derrière la chute

La 93e cérémonie des Oscars arrive à grand pas et ce soir, Canal + diffuse un des grands favoris avec pas moins de six nominations (dont meilleur film), ce qui est d’ailleurs une grande première : en 93 ans de cérémonies, c’est la toute première fois qu’un film produit par une équipe entièrement afro-américaine concourt pour la statuette du meilleur film. Un message fort pour une industrie qui avance petit à petit et pour un film qui nous rappelle à quel point le racisme est encore et toujours aussi intrinsèque aux États-Unis.

Tout bascule pour William O’Neal en 1968 le jour où il montre une fausse plaque du FBI pour voler une voiture près d’un bar. Désormais coincé entre les quatre murs d’un interrogatoire, deux solutions s’offrent à lui : passer directement par la case prison pendant plusieurs années ou devenir un informateur pour le FBI. Par instinct de survie, O’Neal accepte d’intégrer les Black Panthers dans l’Illinois pour épier les faits et gestes de son charismatique leader, Fred Hampton. J. Edgar Hoover est encore à la tête du FBI et pour lui les Black Panthers ne sont rien de plus qu’un groupe terroriste. O’Neal se retrouve dans une situation impossible : il craint d’être démasqué au sein du groupe mais commence à nouer des liens avec son leader.

Judas and the Black Messiah avec Daniel Kaluuya : diffusion sur Canal+  avant la sortie digitale - Sortiraparis.com

Shaka King s’attaque à un gros morceau de l’histoire afro-américaine, à cette période où Fred Hampton était l’ennemi numéro un, un adversaire dont la rage et le charisme auraient pu mener à devenir un leader national. Difficile de retranscrire la dualité dans un caractère tel qu’O’Neal. Doté – comme nous tou·te·s – d’un instinct de survie, il accepte sans vraiment réfléchir cette proposition du FBI. Pour appuyer son propos et mieux comprendre ce qui le motive, le réalisateur s’appuie sur les images d’archives et l’interview qu’il a fait dans le documentaire Eyes on the Prize II, diffusé en 1989. L’occasion de découvrir un homme complexe qui admirait autant les positions de Fred Hampton que l’entité que représentait le FBI, notamment l’agent Roy Mitchell (impeccable Jesse Plemons) avec qui il était constamment en relation et qui lui vouait également une certaine admiration. Un personnage aussi complexe que fascinant, que Lakeith Stanfield incarne avec brio.

Ironie du sort, Fred Hampton n’est finalement qu’un personnage secondaire de cette histoire, bien que tout aussi important. On observe une ascension folle, un talent d’orateur qui lui permettait de réunir tout le monde mais aussi un homme qui a grandi bien trop vite. Épié par le FBI depuis l’âge de 14 ans, il savait pertinemment que sa vie était en danger, ce qui lui a paradoxalement procuré une rage de vaincre et de défendre sa communauté encore plus importante. Déjà couronné d’un BAFTA et d’un Golden Globes dans la catégorie Meilleur acteur dans un second rôle, Daniel Kaluuya semble être bien parti pour rafler également la mise aux Oscars.

Le film prend soin de reconstituer avec minutie l’ambiance mais également les personnages présentés (la femme et le fils de Fred Hampton ont été consultant sur le film) tout en évitant les écueils et surtout le manichéisme propre au sujet. Fred Hampton n’était pas une figure parfaite, parfois extrémiste dans ses propos et ses idées mais on ne peut nier le fait qu’il donnait à la communauté afro-américaine un nouveau souffle et l’étincelle nécessaire pour faire valoir leurs droits.

Judas and the Black Messiah est sans conteste un film important et nécessaire pour rappeler au monde que les droits de certaines communautés ne sont toujours pas acquis malgré les années et les combats menés en plus d’offrir à Daniel Kaluuya et Lakeith Stanfield leur plus beau rôle à ce jour.

Judas and the Black Messiah de Shaka King. Avec Daniel Kaluuya, Lakeith Stanfield, Jesse Plemons… 2h06
Diffusé le 24 avril sur Canal +

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