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Oxygène : Série B fortement confinée

L’annonce d’un nouveau métrage réalisé par Alexandre Aja réveille toujours l’appétit de friandises pour les amateur•ice•s de cinéma de genre et série B. Surtout lorsque Oxygène, développé par Netflix, signe le retour du français dans l’hexagone, 18 ans après que Cécile de France se soit débattue avec un psychopathe en pleine cambrousse. Ici, Mélanie Laurent est enfermée dans un caisson cryogénique, ne souvient plus de rien et l’air respirable commence à diminuer fortement. 

Figure de proue d’un mouvement de French horror, Alexandre Aja s’est exporté très tôt aux USA après le début de sa carrière. Le petit succès de son brillant survival Haute-tension, et la réticence francophone à financer un cinéma horrifique et crado maison, ont conduit les Américains à adopter le Frenchy et exploiter tout le potentiel de son univers. Un remake de La Colline a des Yeux de Craven, un essai loupé mais plutôt rentable avec Mirrors et une adaptation libre du Piranha de Joe Dante, sont des succès qui taillent une réputation à Aja, qu’on voit se placer comme un technicien accompli et traçant sa carrière hollywoodienne. La suite, s’avère pourtant plus délicate pour le cinéaste, avec des scénarios moins aboutis, provoquant moins d’effets au public, et la perte d’un fun, d’un hommage aux maîtres du bis et de l’efficacité redoutable qui fait le sel de son cinéma. Il faut attendre 2019 et l’arrivée de Crawl pour que la critique retrouve un intérêt. La simplicité la plus totale en apparence, d’une jeune fille coincée dans une maison en plein ouragan, face à des alligators en retours de jeûne intermittent. C’est la maîtrise de la série B, bien filmée, solide dans son exécution, suffisamment dosée dans sa tension pour engendrer un pop-corn du samedi soir à déguster entre potes. Aja semble avoir trouvé son nouveau filon, un cadre resserré, étouffant, qui ne demande simplement qu’à marier parfaitement le talent de mise en scène, et la gestion du suspense avec son lot de surprises. 

Sur la « Black list » d’Hollywood, ce marché aux puces des scénarios qui cherchent une mise en chantier, Oxygène est d’abord prévu pour être tourné aux USA avec Noomi Rapace dans le rôle-titre. Mais une crise pandémique plus tard, le tournage se déroule à Paris, avec Alexandre Aja aux commandes alors qu’il ne devait être que producteur, et Mélanie Laurent sur le devant de la scène. Ne boudons pas le plaisir, un film de genre français, ça fait toujours du bien. Oxygène tient du schéma de High-concept claustrophobique, mêlant la SF au pur survival. Le film ne peut fonctionner que si l’alliance entre la comédienne et la caméra du réalisateur offrent une alchimie. Tout le jeu renfermé dans un caisson cryogénique va passer par la palette de l’interprète, sa manière de changer d’émotion et d’attirer les regards du public, qui n’a d’autre choix que de rester cloitré à ses côtés, et avoir de l’empathie. À l’image du Buried de Rodrigo Cortes, le cercueil se transforme en tube technologique, avec des câbles partout et une voix d’IA qui guide l’héroïne. Lorsque l’on se rend compte que le personnage se trouve amnésique de la situation, et pense être perdu au milieu de nulle part, on se doute qu’une révélation va avoir lieu, et qu’une flopée de twists viendra agrémenter le dispositif de huis-clos, pour relancer l’intrigue. Aja, le plus américains des français a de l’expérience, et sait faire quand il s’agit de proposer un divertissement de vidéoclub comme à l’ancienne. Il ne tombe pas dans la facilité, et réfléchit avant tout à comment renouveler sa mise en scène avec des trouvailles, souffler du dynamisme, du rythme et comment narrer visuellement le plus simpliste mais compliqué des procédés. 

Difficile de traiter d’Oxygène sans avoir le tic de vouloir révéler une pièce de scénario, qui se voit sans doute comme un film unique, qui n’engage en rien une revoyure et qu’il faut visionner sans informations au préalable pour être un minimum étonné par l’ensemble. Car même si Aja place ses twists aux moments opportuns, n’en fait pas des caisses, et emmène son métrage vers d’autres voies intéressantes, il y a un syndrome d’anticipation. Forcément, dans le public visé, quelques-un·e·s auront deviné les surprises scénaristiques. Ce qui est à double tranchant, peut plaire ou fortement agacer, entre celleux qui ne sentent rien venir, et les autres qui restent totalement stoïques. L’attrait pour Oxygène est une sorte d’écho à l’actualité pandémique et au ressenti personnel. Après des mois de confinements, le/la spectateur·ice sent un goût particulier d’enfermement et se rappelle des moments délicats passés dans un petit logement citadin.

Même si la maîtrise est de mise, que tout se suit avec un plaisir certain, et que Mélanie Laurent, incontestablement douée, fait le job comme il faut, il y a un problème d’émotions. Toute l’implication corporel et du visage de la comédienne, provoque des secousses qui restent en surface. On se sent impliqué psychologiquement, presque traumatisé, jusqu’à ce qu’un background loin d’être des plus originaux et saisissant voie le jour. L’aspect émotif se dégonfle quand on se rend compte que les souvenirs sont la clé pour l’espoir de rester en vie. Les moments sont maigres où Oxygèns crispe les mains sur le siège, accélère les battements du cœur et pousse dans sa peur intérieure. Sans doute par son écriture qui tente de beaucoup rationaliser, se révèle trop bavarde, et laisse trop peu de zones d’ombres. Le genre de film qui pourtant n’appelle pas à une explication quelconque et sensée, mais qui devrait fonctionner sur son principe primaire et vilain. Le petit cauchemar ne va pas totalement au bout de son ambition, et se montre peu violent pour estomaquer et marquer les esprits. Son aspect suffoquant se dilue petit à petit, pour explorer un mariage audacieux de genres qui voit plus grand qu’à une échelle de caisson étroit. 

La façon de concevoir et penser Oxygène ressemble à un film de petit malin, qui veut frapper du poing et impressionner par le retournement de scénario. Aja n’a plus à prouver son talent quelconque en matière de série B, il la maitrise, en connaît les codes et la manière de les ajuster. On est désormais dans l’envie de le voir voguer vers quelque chose de plus grand, d’envergure, et d’inventif.

Oxygène de Alexandre Aja. Avec, Mélanie Laurent, Mathieu Amalric, Malik Zidi…. 1h40. Sortie de 12 mai 2021 sur Netflix

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