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[IFFR 2021] Homeless : Mais pas sans coeur

Quand on y pense, rares sont les films (à part les documentaires) qui ont mis en avant la situation précaire des sans-abris. En 2012, on comptabilisait près de 5 000 sans abris en Corée du Sud. Homeless vient mettre en lumière ces parents qui se battent contre vent et marée pour offrir à leur enfant un semblant de vie décente.

Han-gyeol et Go-woon sont de tout jeunes parents d’un garçon prénommé Woo-rim. Visiblement sans amis ni famille, iels errent ici et là en quête d’un matelas pour passer la nuit. C’est la misère mais iels s’en sortent comme iels peuvent, Han-gyeol travaillant d’arrache-pied comme coursier. Alors que l’équilibre est plus que précaire, c’est un coup de pied de plus vers la tombe lorsque leur dépôt de garantie est volé par leur agent immobilier du jour au lendemain. Dès lors les problèmes continuent de s’accumuler alors que le couple a ce petit bébé sur les bras. Han-gyeol débarque avec une solution un peu trop miraculeuse : une vieille dame chez qui il avait l’habitude d’effectuer quelques petits travaux est partie aux États-Unis pour un mois et lui a gentiment proposé de garder la maison en son absence. Le temps d’un instant, le couple découvre les joies et le privilège d’avoir un toit sur la tête… mais pour combien de temps ?

Le réalisateur Lim Seung-hyeon ne connaît que trop bien cette situation, lui-même ayant été à la rue avec sa famille. À travers Homeless c’est le besoin de mettre en avant cette situation inadmissible mais aussi de nous rappeler à quel point certaines personnes sont totalement invisibles aux yeux de la société. Han-gyeol trime jour et nuit pour quelques won en plus. Go-woon quant à elle essaie d’élever son fils du mieux qu’elle peut mais avec la fatigue accumulée, elle fait des erreurs et le petit se retrouve à l’hôpital. Mais que se passe-t-il lorsqu’on a atteint le point de non retour ? Les mauvais choix ne nous semblent pas si mauvais que ça si tant est que tout le monde y trouve son compte. Alors si la maison de cette vieille dame est vide autant en profiter. Après tout, ce n’est que pour un mois.

Au vu des réactions de Han-gyeol, quelque chose ne tourne pas rond. Il ne faut pas bien longtemps pour comprendre ce qui se trame. Ce second drame qui se déroule en filigrane nous expose un autre problème qui rejoint finalement celui des sans-abris : la solitude. Une solitude qui commence très tôt et qui se continue bien des années plus tard. C’est un portrait terrible, celui de tout un pan de la société laissé pour compte. Loin de tomber dans le manichéisme du « Iels ont fait une connerie, iels sont méchant·e·s », le réalisateur nous montre l’engrenage dans lequel iels sont presque poussé·e·s à tomber car aucune autre solution ne s’offre à elleux. Des regrets iels en auront toute leur vie, leurs choix sont discutables mais tout n’est pas de leur faute.

Pour un premier film, Lim Seung-hyeon nous offre une œuvre soignée. Pas forcément notable au niveau de la mise en scène mais à l’écriture aussi intelligente qu’elle est touchante dans la détresse qu’elle dépeint. Un drame social à la hauteur qui donne enfin un espace de parole aux plus démuni·e·s.

Homeless de Lim Seung-hyeon. Avec Jeon Bong-seok, Parc Jeong-yeon… 1h23

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