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[CANNES 2021] Annette : L’Homme est le Gorille de Dieu

Dire que l’on attendait Annette, sixième long-métrage de Leos Carax, serait une contrevérité : on jubilait d’envie de découvrir la nouvelle merveille de l’auteur de Les Amants du Pont-Neuf, de Pola X ou encore d’Holy Motors, présenté neuf ans plus tôt au Festival de Cannes où il avait déchainé les passions. Cette année, le réalisateur français en fait l’ouverture avec une comédie musicale entièrement composée par le groupe Sparks et interprétée par ces grands comédiens contemporains que sont Adam Driver et Marion Cotillard.

So… May We Start ?

Neuf ans, neuf longues années depuis Holy Motors. Leos Carax sait se faire attendre. C’était d’abord Rihanna qui devait enfiler le costume d’Ann, première figure dramatique du récit imaginé par les frères Mael. Puis, il fût question de Michelle Williams, qui préféra s’engouffrer avec Tom Hardy dans un marécage nommé Venom, avant que notre Marion Cotillard nationale ne soit annoncée au casting, aux côtés d’Adam Driver et de Simon Helberg. Quatre ans et le seul prénom d’Annette pour nous faire patienter et fantasmer un potentiel chef-d’œuvre, enfin sur nos écrans.

Le film s’ouvre sur la voix du réalisateur nous annonçant qu’il ne nous reste que quelques secondes pour respirer avant que le film nous happe pendant deux heures vingt. Il faut bien avouer que, dès le lancement de la première chanson So May We Start, il semble difficile de s’imaginer sortir de cette fougue, de cette atmosphère que le film déploie presque instantanément. C’est le résultat d’une certaine photographie, d’un certain cadrage, d’un certain tempo dont seul Carax a le secret, en témoigne l’entracte dynamitée à coups d’accordéon d’Holy Motors. Les comédiens, les compositeurs et le réalisateur s’élancent alors dans les rues de Los Angeles comme pour se présenter à ceux qui ne les connaîtraient pas encore.

We Love Each Other So Much

Comment parler d’Annette sans le spoiler ? Ou plutôt, comment exposer Annette et le décrire un minimum sans dévoiler la substance-même de son récit ? Impossible : Annette parle d’un amour, d’un amour total. We Love Each Other So Much, le troisième morceau du long-métrage introduit cet amour fou qui unit Henry McHenry, comédien du stand-up The Ape of God – Le Gorille de Dieu et Ann, cantatrice d’opéra à la renommée internationale. Mais alors, qui est cette Annette qui donne son titre au film ? C’est l’enfant qu’ils attendent tous deux, comme le symbole ultime de cet amour que tout le monde jalouse.

L’Amour, avec un grand A, c’est énormément de choses, et pas uniquement de belles choses. Combien d’horreurs ont été faites par amour ? La voilà, la substance d’Annette. Le récit de Sparks est classique, presque mythologique, pourtant il n’a jamais été aussi contemporain. Ses thématiques embrassent les questionnements actuels de notre société dans laquelle l’Empire Weinstein n’est plus, mais où Roman Polanski continue de faire des films. On se réjouit alors de la présence d’Angèle le temps d’une chanson, Six Women Have Come Forward, assurément pas le son le plus inspiré du film mais peut-être un des plus importants dans la compréhension de son histoire.

We’ve Washed Ashore

C’est durant cette scène de tempête tant vendue par l’affiche et la bande-annonce que se crée le nœud dramatique de l’histoire. À ce moment-là, pendant ce ventre-mou nécessaire du long-métrage, l’enjeu narratif d’Annette est propulsé et l’Amour intouchable des deux protagonistes se déchire dans un râle mélodieux de Catherine Trottmann, mezzo-soprano venue en aide à une Marion Cotillard déjà bien débrouillarde, osons dire sublime, dans la scène la plus esthétisante d’un film déjà bien chargé en la matière.

Le film se concentre alors sur le personnage d’Henry et de sa relation avec son enfant. En d’autres termes, il se déploie enfin et laisse place à la vraie folie de ses personnages que l’Amour camouflait jusque-là. Adam Driver, déjà impressionnant à ce stade du récit, signe dès la moitié du long-métrage la plus grande composition de toute sa carrière, même au-delà de celle de Marriage Story, ce qui n’est pas peu dire. Les musiques s’enchaînent, certaines plus mélodieuses que d’autres, mais toujours aussi pertinentes tandis que l’ampleur de « Baby Annette » grandit jusqu’à cette scène et chanson finale, morceau de cinéma ultime.

Sympathy for the Abyss

Nous manquerions de mots pour vous dire à quel point nous avons aimé Annette. Nous manquerions tout autant de temps pour vous dire à quel point tout y est sublime, jusqu’à Simon Helberg au personnage certes secondaire mais ô combien magistral car magistralement interprété par son comédien.

On entend souvent dire que toutes les histoires ont déjà été racontées, que depuis plusieurs décennies, seule la manière de les raconter diffère d’un film à l’autre. Pour Leos Carax, cela n’est jamais vrai. Plus qu’un nouveau savoir-faire de narration, un nouveau cinéma. À ce titre, Annette fait déjà date dans l’histoire du septième art, et on espère que ces quelques mots dessus vous auront donné l’envie d’aller le voir et potentiellement d’en saisir l’ampleur. Chef-d’œuvre.

Annette, de Leos Carax. Avec Adam Driver, Marion Cotillard, Simon Helberg… 2h20.
Sorti en France le 6 juillet 2021.

2 comments on “[CANNES 2021] Annette : L’Homme est le Gorille de Dieu

  1. Ping : Annette, Leos Carax – Pamolico – critiques romans, cinéma, séries

  2. Merci pour cette belle critique. J’ai moi aussi été complètement bluffé par ce film, très ému à la fin de la projection comme rarement.

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