Cannes 2021

[Cannes 2021] Julie en 12 chapitres : portrait d’une femme, d’une génération, de l’humanité…

En compétition cannoise, le film de Joachim Trier peut paraitre insignifiant de prime abord. C’est simple : il s’agit de faire le portrait d’une femme, Julie, sur le point d’entrer dans la trentaine. Anodin ou vu et revu que cette tranche de vie ? Que nenni.

« C’est un film en 12 chapitres, avec un prologue et un épilogue ». C’est ainsi que commence Julie en 12 chapitres, Verdens Verste Menneske dans le titre original, qu’on peut traduire par « La pire personne du monde ».

Pourquoi donc le serait-elle ? Julie ne sait pas se décider, dans sa vie, ses études, ses passions amoureuses… La pire personne du monde ? Julie est la personne la plus ordinaire qui soit : une femme, trentenaire, indécise, perdue, joyeuse mais aussi colérique, bref, elle se cherche, comme n’importe laquelle – et même lequel ? – de ses semblables. Pas de quoi en faire « la pire personne du monde »… à moins que ?

Alors racontons-la, Julie. Le film adopte une forme chapitrée doublée d’une voix off ; artifices éculés. Mais pas ici. Chaque chapitre est l’occasion de voir une partie, un angle de la vie de Julie, avec ses questions, ses réponses, ses atermoiements, ses certitudes. Voilà qu’on la voit tomber amoureuse, tromper (ou pas), ses envies professionnelles, ses déceptions professionnelles aussi, son rapport à la famille, au féminisme et à #MeToo, à son envie d’écrire, de création, d’être un peu plus que ce qu’elle est. Julie est une presque-trentenaire qui se cherche une place, et dont on tournerait les pages d’un livre ouvert. Renate Reinsve, actrice assez méconnue pour le moment, est éblouissante de justesse dans ce rôle si hétérogène.

Joachim Trier tend vers l’universel. Julie incarne une génération, perdue, en quête de sens, mais qui voudrait avancer, créer. Elle qui voulait être médecin, puis psychologue, puis photographe, mais qui finit par être libraire, le dit à son compagnon, en substance : « toi, tu pourrais vendre des cafés toute ta vie, mais moi j’aspire à autre chose ». Elle est cette génération qui « aspire » à tant, sans forcément y parvenir, manque parfois de courage, ou de motivation, faute aussi d’opportunités. Chacun de nous peut se reconnaître en Julie, dans au moins un moment du film. Nous sommes tous avec elle les « pires personnes du monde », enfermés dans notre quotidien médiocre. Et pourtant, c’est bien ce quotidien, humain, imparfait, fait d’erreurs et d’errements, qui rend la vie belle, car imprévisible.

Tout ce qui fait la force de Julie en 12 Chapitres est cette capacité à transformer la matière insignifiante du quotidien et de l’ordinaire en une substantifique moelle. L’identification est totale, immédiate. Malin en chaque instant, subtile tout du long, Julie en 12 chapitres est un des grands films de cette sélection cannoise. Joachim Trier signe un film sensible, universel et beau. Le genre de film qui, au visionnage, peut paraître petit et mineur, mais capable de grandir en nous, petit-à-petit… À voir, à revoir, pour s’y perdre… et s’y retrouver.

Julie en 12 Chapitres, de Joachim Trier. Avec Renate Reinsve, Anders Danielsen Lie, Herbert Nordrum… 2h01.
Sortie prévue en France le 13 octobre 2021.

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