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[CANNES 2021] Bonne mère : Super-Daronne

On est bien dans la section Un certain regard, non ? Alors restons-y encore un peu et partons dans le sud de la France, direction Marseille et son soleil mais aussi ses cités et sa misère sociale. Au milieu de ça, une mère de famille qui tente de garder la tête hors de l’eau.

Nora a la cinquantaine et mène une vie rythmée par son travail comme femme de ménage dans une compagnie aérienne qui la fait lever tous les jours à 5h du matin, un fils en prison après un braquage qui a mal tourné, une fille devenue mère célibataire et qui semble avoir une très mince idée de ce qu’implique le rôle de mère ainsi qu’une veille dame dont elle s’occupe régulièrement. Une vie dans laquelle Nora se donne corps et âme pour tout le monde alors qu’elle fatigue petit à petit et qu’aucun de ses proches ne semble avoir envie de lui faciliter la tâche.

Hafsia Herzi nous avait déjà impressionné il y a deux ans avec Tu mérites un amour, son premier long-métrage. Cette année, la réalisatrice a décidé de se plonger là où elle a grandit, à Marseille, dans ces grandes cités où règne la misère sociale. De par son dispositif ultra minimal, Bonne Mère est une incursion quasi documentaire dans ces endroits où se côtoient les mères de famille, les adolescent·e·s, proxénètes et dealer.euse.s de drogue. En filmant au plus près ce microcosme, Hafsia Herzi ne tombe jamais dans la surenchère, le mauvais goût ou le jugement, arrivant même à sublimer ces endroits de par sa lumière (la réalisatrice a expliqué avoir fait un énorme travail concernant la photographie quitte à supprimer certains plans au montage parce que la lumière n’était pas à son goût). Ce sens du détail diffuse ainsi une ambiance chaude, presque réconfortante, à l’image de Nora.

Bonne mère

On en vient au point névralgique du film, Nora. Véritable colonne vertébrale du long-métrage mais aussi de sa famille, la caméra ne la lâche jamais. Filme ses sourires, ses doutes, ses cernes et ses larmes avec une douceur folle. C’est évidemment le portrait d’une mère courage qui se bat pour le bien-être de ses enfants quitte à se sacrifier mais toujours avec le sourire. Malgré la tristesse du film (on parle quand même d’une femme obligée de renoncer à tout, tout le temps), Nora est une femme solaire, qui rayonne, qui fait à manger pour ses collègues, qui s’occupe de sa petite fille, qui ne rechigne jamais. C’est un putain de roc mais comme tout roc, elle n’est pas incassable. Et c’est là que dans une seule scène, d’une sobriété dingue, le roc se fissure et laisse apparaître toute la douleur du monde. C’est beau, c’est dévastateur. Halima Benhamed est absolument dingue dans ce rôle, y insuffle une magnifique âme qui emporte tout sur son passage. En parallèle, Hafsia Herzi s’intéresse aussi aux jeunes femmes du film qui s’adonnent à un travail consistant à humilier sexuellement leurs client.e.s (sans qu’il y ait rapport sexuel entre elleux) pour de l’argent facile. Un travail qui comporte son lot de risques mais dans lequel les filles se lancent par envie de s’en sortir et de s’offrir une meilleure vie. Dans ces cités l’ascension sociale n’existe pas.

En seulement deux films, Hafsia Herzi s’impose déjà comme une réalisatrice de talent, une portraitiste à la plume fine et humaine qui nous emporte, nous berce et nous émeut.

Bonne mère de Hafsia Herzi. Avec Halima Benhamed, Sabrina Benhamed, Jawed Hannachi Herzi… 1h36
Sortie le 21 juillet

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