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[CANNES 2021] Blue Bayou : D’ici et de nulle part

On vous a parlé de Justin Chon il y a quelques temps pour son premier long-métrage Gook. Que notre surprise fut agréable lorsqu’on a découvert que le réalisateur américain d’origine sud-coréenne fait partie de la sélection Un certain regard avec son nouveau film Blue Bayou qui s’attaque cette fois-ci à l’épineuse question du système administratif et de l’adoption aux États-Unis. Est-ce qu’on a pleuré devant ce film ? La réponse en fin d’article mais si vous avez un peu suivi nos derniers articles dont Une histoire à soi, vous avez déjà un début de réponse.

Antonio LeBlanc, d’origine coréenne mais adopté par un couple états-unien, bout depuis plus de 30 ans dans le pays de l’oncle Sam. Alors que le jeune homme a du mal à joindre les deux bouts, il peut compter sur le soutien sans faille de sa femme Kathy et de sa belle-fille Jessie. D’ailleurs le couple va bientôt accueillir un bébé. Mais le ciel s’assombrit lorsqu’après une stupide altercation, Antonio se fait arrêter et envoyer directement à la police des frontières car ses parents adoptifs n’ont jamais régularisé sa situation. Il risque d’être expulsé alors qu’il a vécu toute sa vie aux États-Unis.

Dans son premier film Justin Chon dénonçait les violences racistes à Los Angeles, son second s’attaque à ce qui pourrait s’apparenter à une autre forme de racisme. En 2000, le Congrès a voté le Décret de la nationalité des enfants (Child Citizenship Act – CCA) permettant à tout enfant de moins de 18 ans qui a été adopté par des citoyens américains ou des immigrants aux États-Unis d’obtenir immédiatement la nationalité américaine. Une loi qui ne s’applique évidemment pas aux enfants adoptés avant 2000 et qui provoque aujourd’hui une vague d’expulsions pour des personnes ayant grandi sur le territoire toute leur vie et se retrouvant du jour au lendemain dans un pays qui est leur pays de naissance certes mais qui leur est très souvent totalement inconnu.

(L to R) Sydney Kowalske as « Jesse », Justin Chon as « Antonio » and Alicia Vikander as « Kathy » in BLUE BAYOU, a Focus Features release. Credit : Focus Features

Et même si ça fait plus de 30 ans qu’Antonio vit en Louisiane, il est constamment rattrapé par son statut d’enfant adopté. Les regards étonnés et les remarques sur son nom et son prénom sont récurrents et l’obligent constamment à se justifier sur ses origines. Difficile de trouver un travail aussi lorsqu’on a fait commis quelques délits et qu’on est tatoué de la tête aux pieds. Pourtant Antonio veut bien faire, il aime son pays et il aime sa famille. Une embrouille avec l’ex compagnon de Kathy et son collègue (tous les deux policiers) l’emmène directement en cellule où il apprend qu’il va se faire expulser. Une erreur commise par ses parents et pour laquelle il paie le prix fort. Le seul moyen de possiblement s’en sortir ? Faire appel et prouver qu’il est utile à sa communauté (absurde ? Oui.) sans oublier les frais d’avocat à payer, ce qui pousse Antonio à repartir dans ses petites magouilles pour essayer de survivre.

Justin Chon met en avant un problème passé longtemps sous silence : un système administratif très flou. Entre les adoptions clandestines, les enfants mis à la porte au bout de six mois et ceux expulsés pour une faute que leurs parents ont commise, les États-Unis ont encore bien des lacunes à rattraper sur ce sujet. Alors que d’un côté Antonio se bat pour rester dans son pays, il fait parallèlement la rencontre de Parker, une femme immigrée vietnamienne arrivée très jeune au pays pour échapper à la guerre – et qui a perdu sa mère et son frère lorsqu’ils ont quitté le pays -. De cette rencontre naît toute une série de questions qui n’étaient pas venues à l’esprit d’Antonio auparavant : celle de la légitimité et des racines. En participant à un immense dîner de famille, Antonio m touche du doigt la culture asiatique et comprend ce qu’il a raté et ce qui lui a manqué dans son éducation. Au détour d’une phrase, il pointe du doigt le problème de ces enfants adoptés puis abandonnés, passant ainsi de famille en famille sans jamais avoir un point de repère.

Justin Chon brasse énormément de sujets dans son film. Parfois foutraque, plongeant aussi dans le pathos (surtout dans son dernier quart d’heure), le long-métrage n’en reste pas moins un jalon important dans la compréhension de la situation des enfants adoptés aux États-Unis tout en mettant en lumière (comme l’avait fait Amandine Gay dans Une histoire à soi) les problèmes de déracinement et de culture. Une très belle photographie vient englober le tout avec ce joli grain réconfortant et Justin Chon se permet même parfois quelques mouvements de caméras qui ne sont pas sans rappeler Terrence Malick.

Premières (et uniques) grosses larmes de ce Festival de Cannes 2021, Blue Bayou est une oeuvre profondément humaine et qui, comme tout humain, a ses petits défauts mais c’est ce qui en fait finalement toute sa beauté.

Blue Bayou de Justin Chon. Avec Justin Chon, Alicia Vikander, Mark O’Brien… 1h58
Sortie le 15 septembre

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