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[CANNES 2021] Belle : C’est un mot qu’on dirait inventé pour elles

De justesse ! Alors qu’il présentait Miraï, ma petite sœur à la Quinzaine des réalisateurs il y a trois ans, Mamoru Hosoda revient au dernier moment sur la Croisette pour nous présenter en avant-première mondiale (même avant les japonais, c’est pas la classe ça ?) son tout nouveau film, Belle. La petite perle de ce festival ? C’est fort probable.

Dans le monde réel, Suzu est une adolescente timide qui a perdu le goût de chanter après le décès brutal de sa mère. Sa relation avec son père frôle le néant tandis qu’elle se referme sur elle-même jusqu’à même s’éloigner de son meilleur ami. Mais il existe un autre monde, celui de U. Un monde virtuel dans lequel on possède notre avatar et où tout est possible. Dans ce monde là, Suzu est Belle et est suivie par des millions de followers pour sa voix angélique. Une double vie qui n’est pas toujours facile à gérer et qui prendra une tournure inattendue lorsqu’elle fera la rencontre de la Bête, un monstre conspué par les utilisateurs de U et que seule Belle semble pouvoir comprendre et surtout aider afin de se découvrir et de potentiellement sauver plusieurs vies.

À première vue, on ne peut que penser à Summer Wars lorsqu’on lit le résumé de Belle. U est un monde virtuel connu par des milliers de japonais·es. Dedans, iels possèdent tou·te·s un avatar calqué sur leur physique. À partir de là, U devient un terrain de jeu grandeur nature où chacun·e devient ce qu’iels veut. Mais comme tout réseau social, les débordements ne sont jamais bien loin et Belle – l’alter ego de Suzu – fait l’objet d’une vague de haine provoquée par une autre star de la chanson qui ne supporte pas de se faire évincer de la scène. On pourrait croire qu’Hosoda nous ressasse la même critique des réseaux sociaux qu’il avait fait dans Summer Wars et pourtant, le film prend rapidement une autre tournure. Tout d’abord l’évidente relecture du conte de La Belle et La Bête. Belle ici est une magnifique jeune femme intriguée par un autre personnage de U surnommé la Bête pour son extrême violence envers quiconque essaierait de l’arrêter. Alors que tout le monde est effrayé par lui, Belle éprouve immédiatement de la curiosité et de la compassion. Alors que personne ne cherche à comprendre le pourquoi du comment de sa violence, Belle décerne derrière les bleus arborés sur sa cape un mal-être bien plus profond – tout comme elle qui a enfoui son chagrin depuis la mort brutale de sa mère -.

À ce moment-là, Belle subit une rupture de ton pour s’enfoncer dans quelque chose de beaucoup plus grave. On se gardera de vous dévoiler les dessous de cette seconde partie aussi fascinante qu’émouvante mais c’est là qu’on se rend compte qu’Hosoda a quelque peu changé d’avis depuis son Summer Wars sur les réseaux sociaux. Même si ces derniers peuvent être infects et profondément mauvais, ils peuvent parfois être source de belles amitiés et éveiller les consciences (pas assez malheureusement, mais c’est un début). C’est aussi un film sur la figure féminine. Lors d’une interview à l’AFP, Mamoru Hosoda expliquait que l’animation japonaise a un problème avec la figure féminine, faisant d’elle bien trop souvent des modèles d’innocence et de vertu. Dans Belle, Suzu est loin d’être parfaite. Elle s’est repliée sur elle-même, ne sais plus comment communiquer avec les autres si bien que même sa meilleure amie se moque de son côté pleurnichard. Là où on critique souvent les réseaux sociaux, Hosoda en fait une force pour Suzu qui, grâce à son alter-ego, réussit à surpasser sa tristesse pour devenir enfin une femme accomplie.

Visuellement, Mamoru Hosoda fait preuve d’une générosité sans faille. Alors que son précédent film, Miraï, ma petite soeur, sonne comme beaucoup plus intimiste, Belle est une pure explosion. Une scène d’introduction sans pareille qui nous donne le ton du film, une voix angélique, un sens du spectacle et un feu d’artifice de couleurs qui se perdent dans un univers parallèle riche en éléments faisant de ce film le plus abouti de sa carrière. On retrouve même un très bel hommage au conte de La Belle et la Bête à travers la fameuse scène de danse dans la grande salle du château. Le tout se pose dans un écrin de velours recouvert par une bande son quasiment féerique et éblouissante d’émotion.

Avoir eu l’occasion de découvrir Belle en avant-première mondiale en présence de son réalisateur c’est l’impression d’avoir fait partie de quelque chose d’unique autant dans notre vie de spectateur que dans celle du réalisateur qui était très ému à l’issue d’une standing ovation de plus de 15 minutes. Un long-métrage éblouissant et probablement son plus abouti. Un petit bijou à découvrir pour finir 2021 en beauté.

Belle de Mamoru Hosoda. 2h02
Sortie le 29 décembre

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