Critiques

School on Fire : le plus beau métier du monde

Conclusion de la trilogie « On Fire ». Portrait d’une jeunesse gangrénée par la violence des gangs. Drame poignant qui bascule en une fraction de seconde vers le film d’action décomplexé. School on Fire, c’est tout ça à la fois, et c’est ce qui en fait un film unique.

Artisan majeur du renouveau du cinéma de Hong Kong au cours des années 80, aux côtés de Tsui Hark ou John Woo, Ringo Lam s’est caractérisé au cours de sa carrière par un style brutal et percutant. Moins expérimental que Hark, et moins adepte des envolées lyriques que Woo, le cinéma de Ringo Lam se différencie par une approche radicale traduisant une vision nihiliste de la société hong-kongaise de l’époque. Alors que la rétrocession à la Chine approche à grands pas, la ville se retrouve dans une incertitude et une perte de repères entraînant une montée de violence que le cinéma de l’époque s’est attaché à mettre en images (voir À Toute Épreuve de John Woo).

Une représentation à laquelle participe également Ringo Lam, qui ancre son récit dans un environnement réaliste. Son style caméra à l’épaule, parsemé de coupes brutales et de plans donnant l’impression d’être « volés », place le spectateur en position de témoin d’une société qui se délite, en proie à une violence exacerbée. De City on Fire – film emblématique du cinéaste ayant inspiré un certain Quentin Tarantino pour Reservoir Dogs – à Full Alert, cette approche imprègne son cinéma, et particulièrement un film comme School on Fire.

En racontant l’histoire d’une étudiante d’un lycée de Hong Kong prise en étau entre la police et les triades à la suite de la mort d’un étudiant, le cinéaste met en scène un engrenage infernal dans lequel bascule Yuen Fong. Une structure de récit qui caractérise la trilogie « On Fire » du cinéaste, Chow Yun-Fat basculant dans la criminalité dans City on Fire, alors que Tony Leung Ka-Fai est pris dans l’univers carcéral de Prison on Fire. Ici, à travers le personnage de Yuen Fong, mise sous pression par les triades, et qui finit par se prostituer par amour, le cinéaste dresse le portrait d’une jeunesse hong-kongaise en perte de repères, et dont la seule structure stable est représentée par les triades, constituée de soldats unis autour de leur chef, interprété par l’excellent Roy Cheung.

À l’inverse, toutes les autres structures représentées dans le film – famille, école, police – sont en plein délitement. Le père de Yuen Fong, ancien membre des triades, est impuissant face à l’engrenage dans lequel est pris sa fille. Le professeur Wan est plein de bonne volonté mais sans aucune autorité sur ses élèves, et non soutenu par sa hiérarchie. Quant à l’inspecteur Hoi, il est un policier corrompu qui achète une paix sociale en s’arrangeant avec les triades. Une représentation nihiliste de la ville de Hong Kong et d’une jeunesse basculant dans la violence qui n’est pas sans rappeler L’Enfer des Armes de Tsui Hark, bien que l’approche des deux cinéastes diffère. Si le réalisateur d’Il était une fois en Chine livre une chronique sociale pleine de rage sous ses airs de film d’exploitation, Ringo Lam quant à lui part du drame social pour le faire vriller vers le pur cinéma d’exploitation.

En bon adepte des ruptures de ton brutales, Ringo Lam bascule du drame intimiste au film d’action ultra-violent dans un règlement de compte final à coups de machettes, qui sert également de réveil des faibles face aux puissants du film. Le réalisateur ne nous épargne rien, des séquences les plus malsaines et dérangeantes (voir le passage où Yuen Fong se trouve seule dans le repère de la triade, déshabillée face aux membres du gang) jusqu’aux effusions de sang, comme pour nous renvoyer à la figure une réalité terrible. Une réalité assénée à travers la mise en scène sans concessions, où le cinéaste filme sans coupure les passages les plus durs (l’accident, en plein cadre, d’un étudiant percuté par un camion), où la caméra à l’épaule immerge le spectateur dans ce chaos vivant, se faisant le témoin d’un monde qui se suicide progressivement.

Réalisé quelques années avant la rétrocession de Hong Kong à la Chine, School on Fire est la conclusion de sa trilogie et le dernier témoignage par Ringo Lam d’une péninsule qui perd ses repères et sombre dans l’incertitude. Un uppercut adressé au spectateur, radical comme seul le cinéma de Hong Kong de l’époque peut en produire. Le cinéaste témoigne à nouveau de l’état de Hong Kong après la rétrocession dans une autre trilogie, cette fois officieuse, comprenant Full Alert, The Suspect et Victim. Une ville qui aura totalement basculé dans la violence dans ces films désenchantés.

School on Fire, de Ringo Lam. Avec Roy Cheung, Lam Ching-ying, Damian Lau… 1h41.

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