C'est au cinéma Critiques

True Mothers : Mères de coeur et de sang

Grande habituée du Festival de Cannes, Naomi Kawase devait présenter son dernier long-métrage l’année dernière mais COVID oblige, il est seulement estampillé du label cannois pour une sortie qui a lieu un an plus tard. Et il semble que le film vienne s’ajouter à Une histoire à soi et Blue Bayou quand il s’agit d’évoquer les complexités liées à l’adoption.

Dans un premier temps, nous découvrons le quotidien de Satoko, son mari et leur fils Asato. Cette jolie petite famille vit dans un immeuble de standing où leur fils s’épanouit, va au zoo et apprend à aller jusqu’à son école primaire à pied. Mais cet équilibre si parfait en apparence est à deux doigts de s’écrouler lorsque Satoko reçoit un appel de l’école disant que Asato aurait poussé son camarade de classe, qui s’est foulé la cheville. Un incident anodin en apparence mais qui révèle de vraies failles chez Satoko et son mari qui peinent à se faire une place en tant que parents. C’est là qu’un second coup de fil arrive, Hikari veut récupérer son fils. Et on fait un bond en arrière, du côté d’Hikari, jeune adolescente qui tombe enceinte et se retrouve obligée de laisser son fils à l’adoption car elle est trop jeune pour s’occuper de lui. Le film remonte ainsi le fil de ces deux histoires liées à vie par ce petit garçon.

Adapté du roman Le Matin arrive de Mizuki Tsujimira, True Mothers est un film sur les mères. Outre la pierre angulaire qui consiste à savoir si Hikari va réussir à récupérer son fils biologique, c’est toute une notion de maternité qui est remise en perspective (un thème que la réalisatrice a souvent abordé, d’autant plus qu’elle est elle-même adoptée). Nous avons le portrait de cette mère adoptive qui a du batailler pendant des années pour essayer d’avoir un enfant avant que les médecins lui annoncent que le problème vient de son mari. Une scène bouleversante vient s’intercaler lorsque son mari lui propose comme première solution le divorce afin qu’elle puisse trouver un homme qui saura la combler. Une idée évidemment inconcevable pour Satoko et un portrait assez éloquent du concept de famille qui, aujourd’hui, se résume encore à l’enfant que nous faisons naître, l’adoption venant au deuxième plan, voire troisième puisque des FIV sont plus souvent la seconde option proposée par le cors médical. Quand le couple décide d’adopter, c’est un tout autre parcours qui se dessine devant elleux, où iels sentent qu’iels perdent leur légitimité de parent. Cet enfant est celui d’une autre, d’autant plus qu’ils ont rencontré la jeune Hikari au moment de l’adoption. Le point d’orgue du film où une mère en devenir et une mère qui ne l’est plus se rencontrent.

Puis le film bascule du côté d’Hikari et frôle le documentaire à mesure qu’on la suit dans son histoire d’amour puis son séjour en maison d’adoption. True Mothers devient un film de femmes qui se soutiennent et s’entraident à un moment important de leur vie. Naomi Kawase dessine plusieurs autres femmes autour d’Hikari qui, malgré le fait qu’elles soient toutes des adolescentes enceintes, ont des visions bien différentes de l’adoption. Alors qu’Hikari est réticente à l’idée d’abandonner son bébé mais est contrainte par sa famille, une de ses amies estime que c’est purement et simplement du vol et une autre n’éprouve aucun sentiment pour son futur bébé. Une palette assez large qui permet de voir l’adoption sous plusieurs prismes mais aussi de faire un état d’une partie de cette jeunesse délaissée qui trouve refuge dans ces maisons d’adoption où elles sont comprises et aimées jusqu’au moment de l’accouchement. Juste après, alors qu’elles sont fatiguées physiquement et surtout psychologiquement, elles doivent ré-apprendre à vivre seules et souvent sous les jugements de leurs proches.

La troisième partie se concentre quant à elle sur la rencontre entre les deux femmes. Hikari veut récupérer son fils. Satako est persuadée qu’elle n’est pas la mère biologique de leur fils. Est-ce qu’elle ne la reconnaît pas ou est-ce par pur déni ? La maternité prend encore un tout autre sens ici lorsqu’il s’agit d’élever un enfant adopté. Quel est le bon comportement ? Lui dire qu’il a une mère biologique ? En informer son école et les voisins ? Se taire ? Autant de questions qui trouvent réponse ici dans un final bouleversant et ô combien symbolique sur plusieurs plans.

Comme toujours, le cinéma de Naomi Kawase se détache par l’importance qu’elle donne aux détails et aux paysages qui entourent ses personnages. Exit la campagne pour se plonger au cœur de la ville près du site de construction du village olympique avant de partir en pleine nature et avant de revenir dans l’agitation de la ville. Outre sa photographie absolument lumineuse à chaque instant, la réalisatrice s’intéresse énormément aux corps, au toucher et aux mains, premier contact que les mères ont avec leur enfant. C’est délicat, subtil et infiniment beau.

Avec True Mothers, Naomi Kawase touche à la grâce lorsqu’il s’agit de faire le portrait des mères qu’elles soient de sang ou de cœur mais aussi de tout un système qui ne sait pas prendre en compte les complexités et les problèmes liés à l’adoption. Film aussi personnel qu’universel, Naomi Kawase pose en cet été une main délicate sur la notre pour nous emmener vers une histoire bouleversante.

True Mothers de Naomi Kawase. Avec Arata Iura, Hiromi Nagasaku, Aju Makita… 2h20
Sortie le 28 juillet

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