C'est au cinéma Critiques

Titane : Aventure plurielle

On ne peut pas le nier, Julia Durcournau a développé une aura autour de sa personne, désignée comme la réalisatrice d’un nouveau genre. Bien que ce soit un premier long-métrage, Grave a créé un engouement certain en France et ailleurs. À l’annonce de Titane, curiosité et mystères se sont mêlés. Son aventure et sa palme d’or donne à cette réalisatrice une importance tout à fait nouvelle: la démocratisation d’un cinéma dit de genre en France. Évidemment, ce n’est pas la seule actrice de cette démocratisation, néanmoins cette palme est un moment clef de cette évolution dans le cinéma français.

Le film se résume à sa scène d’ouverture. Alexia est encore une enfant, en voiture avec son père, interprété par Bertrand Bonello. Insatiable et pleine de colère, elle donne inlassablement des coups de pied sur son siège. Ne serait-ce pas Julia Ducournau, qui par malice nous indiquerait dès les premières secondes son intérêt à bousculer le siège et le spectateur avec lui? Cette violence en dilettante semble être une marque de fabrique pour sa réalisatrice. Elle prévient également à travers cette scène l’accident, le traumatisme d’une jeune fille qui doit vivre avec une plaque en titane. C’est un cinéma du physique, un cinéma du corps à l’épreuve. Alexia est sa représentation la plus fidèle, dans ce qu’elle voit et comprend du corps. Elle crée cette physicalité en provoquant la violence, sur les autres au départ puis sur elle-même par la suite.

Une dizaine d’années plus tard, on la retrouve comme un personnage mystique et hybride qui apporte cette dimension fantastique au réel. Pendant qu’elle travaille en tant que strip-teaseuse d’un salon de tuning, elle tue sans état d’âme. En cela, sa réalisatrice incarne au mieux cette identité à travers celui du slasher. Titane nous force à suivre un personnage qui ne semble pas être entièrement identifié, sans humanité. Elle semble avoir adopté un entre-deux, une instabilité qui va l’amener à suivre une quête d’identité. Le film est fourbe, malin et taquin, dans ce clinquant, de son plan-séquence dans le salon de Tuning, la tuerie dans la maison ou les scènes d’amours avec une voiture. Avec tout cela, toute cette première partie tout nous semble trop superficielle dans cet esthétique léché et référencé.

Titane est aimable et séduisant dans sa mise en scène, ses couleurs et ses musiques et il arrive à concevoir avec plus de facilité une certaine rupture quand il s’agit de body horror. Julia Ducournau est en revanche moins aimable quand il est question de scénario. Elle déstabilise dans une structure qui semble au premier abord instable, alors qu’elle reflète en réalité la fameuse quête d’identité d’Alexia. On entend pas mal de retours qui soulignent l’existence de deux genres en un film. Fort heureusement, c’est bien plus complexe que ça. Il existe dans ce récit une volonté de calquer sur son rythme cette dualité qui est également proche de cette quête d’identité. Quand Alexia fuit la maison de ses parents, elle se fait passer pour un jeune qui était porté disparu : Adrien. Fils de Vincent Legrand, joué par Lindon. Alexia se cache alors sous l’identité d’Adrien chez Vincent, où elle y découvre l’univers des pompiers. Titane commence fort tel un climax, qui est finalement celui d’Alexia pour ensuite passer au récit d’Adrien qui lui aussi se fait en gradation. Ainsi, ces deux parties représentent deux identités propres qui peuvent être assimilés à deux genres de cinéma.

Proposition fulgurante, puissante dans son imagerie qui dépasse la référence pour proposer un univers plus personnel. Julia Ducournau confirme le talent qu’elle avait esquissé dans Grave. On espère également retrouver Agathe Rousselle qui joue avec une très grande justesse un personnage haut en couleur.

Titane de Julia Ducournau. Avec Agathe Rousselle, Vincent Lindon, Garance Marillier… 1h52.

Sorti le 14 juillet 2021

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