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[Angoulême 2021] On est fait pour s’entendre : pénurie auditive

Quand il ne fait pas le beau séducteur de vieilles dames dans Rose, Pascal Elbé passe derrière la caméra, et se met en scène dans On est fait pour s’entendre, une comédie romantique très classique mais efficace.

Antoine, la cinquantaine, semble ailleurs, paumé, aigri, c’est selon. Son inattention le fait apparaître blasé envers ses élèves d’Histoire-Géographie qui semblent ne plus l’intéresser, à l’ouest selon ses collègues professeur·e·s qui ne parviennent plus à communiquer avec lui, agressif auprès de sa voisine qu’il réveille chaque matin avec son insupportable réveil qu’il feint de ne pas remarquer. Le problème est autre, plus insondable : Antoine est malentendant et l’ignore. La découverte ne fait qu’accentuer sa déconnexion du monde, tout en expliquant nombre de ses à-côtés. Il tente de se reprendre en main, et son monde s’accélère, par la relation avec la fille de sa voisine, muette depuis la mort de son père, et qui connait et comprendre l’handicap dont il est atteint, mais aussi par une réelle rencontre avec la voisine, dont il va peu à peu s’éprendre.

On est fait pour s’entendre: François Berléand, Pascal Elbé

Le scénario d’On est fait pour s’entendre est d’une simplicité évidente, et ne cherche jamais à sortir des sentiers battus. On retrouve les mêmes éléments déclencheurs, les mêmes rebondissements et les mêmes morales niaiseuses, pleines de bons sentiments, de rapport à la famille et à l’amour retrouvé. Si l’on s’amuse à faire un pro-rata minuté de la comédie romantique type, tout est là. On rit à la même minute, on émet une larmichette au même instant, on ne peut pas prétendre à la surprise ou à l’originalité. Pourtant, on se laisse bercer par ces dialogues, ces personnages, qui parviennent à exister dans le cadre, sans déborder, avec leurs excentricités amusantes mais point trop prononcées, toujours justes. En restant dans les balises d’un genre qui a depuis longtemps posé ses bases, Pascal Elbé se révèle artisan, récite sa leçon et le fait bien. On se prend d’affection immédiate pour ce pauvre Antoine, qu’il interprète de manière simple mais touchante (il confie d’ailleurs que le trouble auditif qu’il traite dans le film est également personnel), sa quête romantique envers Claire – le duo avec Sandrine Kiberlain fonctionne d’ailleurs à merveille – devient la nôtre, et si l’on sait pertinemment comment cela termine, on accepte de se laisser émouvoir par les moments de doute. Comme souvent dans le genre, la panoplie de personnages secondaires, d’un sympathique François Berléand tentant la carte du vieux beau à une Marthe Villalonga dont l’Alzheimer lui permet quelques excès, amuse, dans de légères apparitions qui donnent instantanément le sourire.

Comme souvent avec ces comédies romantiques acheminées sur leurs rails, le charme d’On est fait pour s’entendre est aussi sa faiblesse. Le travail sur le son pour décrire son trouble est esquissé pour être compris, mais jamais développé – on n’exigeait pas de retrouver l’orfévrerie de Boîte noire, mais tout de même ! – et le discours sur l’acceptation d’un handicap manque d’un contour, d’une substance qui le rendrait pertinent, et pourrait tout à fait s’illustrer par la comédie. Les éléments sont là, disséminés mais jamais exploités, ce qui n’est pas un défaut au vu de l’ambition du film, pleinement remplie, mais qui comme souvent le fait tomber rapidement dans une nostalgie douce mais sans souvenirs.

Amateur·ice·s de comédies romantiques avec ce charme très français, On est fait pour s’entendre remplit le cahier des charges à la perfection, et vous promet un bon moment. Ni plus, ni moins.

On est fait pour s’entendre, de et avec Pascal Elbé. Avec aussi Sandrine Kiberlain, Valérie Donzelli, François Berléand…
Sortie le 17 novembre 2021

Aficionado du cinéma de genre mais aussi en tous genres, je grignote de la pellicule et j'use de ma plume depuis un petit moment. Correcteur au même titre que rédacteur, on veut parfois ma peau comme celle de Roger Rabbit mais ma carrure à la Vin Diesel (ma calvitie surtout) me permet de survivre tant aux mauvais films qu'aux menaces de mes partenaires d'écriture. En fait, je suis surtout là pour parler 7ème art sans langue de bois mais toujours avec le sourire, en espérant transmettre mon insatiable soif de découverte ! Merci à Elie Bartin pour la bio !

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