C'est au cinéma Critiques

Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux : made in Feige

Nouvelle phase lancée, du nouveau beau monde qui pointe le bout de son nez. Après avoir achevé les aventures de Black Widow, personnage le plus intéressant et complexe de l’univers Marvellien, dont iels ne savaient quoi faire mis à part jouer la caution féminine, Kevin Feige et ses sbires s’attachent à trouver un héros de demain. C’est du côté asiatique et sa mythologie singulière, que Shang-Chi déambule, telle une histoire qui se répète sans cesse et un cinéma qui n’est que marketing vomitif. 

Shang-Chi arrive sans vraiment d’attente du côté des fans Marvel. Un personnage quasi-inconnu, et une sorte de version penchant acteur chinois de Iron Fist. Même idée de départ, même genre d’univers, même questionnement, même combat contre une organisation secrète et même volonté d’aller s’implanter dans une tradition asiatique d’œuvres de combats. Malgré l’enthousiasme de considérer une sortie de sentier battus, les rails sont pourtant toujours alignés. Une origin story portée par un acteur sans charisme, qui rejoue la musique de la déchirure familiale, et de l’émancipation d’un jeune homme qui devient un héros invincible au bout de sa quête. Voiturier un peu gauche qui se contente de son quotidien tranquille, accompagné d’une amie turbulente et constamment en surchauffe. Un jour par le plus grand des hasards, il se fait agresser par de vilains hommes de main dans un bus, qui cherchent à lui voler son collier qu’on penserait sorti de brocante. Le public se rend alors compte que Shang-Chi sait se battre, casser des bouches et matraquer du mastodonte armé d’un seul bras. Il faut se méfier des apparences et du bien gentil monsieur tout le monde, qui est en réalité un super-héros malgré lui.  

C’est peut-être cette seule séquence de bastonnade dans les transports en commun, flattant un peu l’attention. Pour une fois le bouton cut n’est pas activé par convulsion sur chaque mouvement pour injecter du dynamisme et s’insérer dans une dimension clipesque. L’action se veut plus ample, physique, la chorégraphie plus intéressante et se mariant au rythme soutenu d’une musique électronique. De là à s’extasier est une erreur, car tout ça a déjà été fait en mieux, plus maîtrisé et novateur. Mais l’entreprise américaine propose si peu habituellement que le public y voit un éclair de génie, qui est en fait une simple copie un brin opportuniste. Aussitôt terminé, le bavardage interminable reprend et c’est l’odeur d’une bouteille de lait périmé qui embaume l’atmosphère. L’humour toujours une marque de fabrique, vient désamorcer tout élan dramaturgique, et sérieux. Le monde super-héroïque Marvel n’est jamais violent malgré les pouvoirs, jamais triste et sensible. Mais adepte d’une vanne foireuse, d’une lourdeur cosmique tombée de nulle part, ou d’un Ben Kingsley de retour en Mandarin gênant pour faire rire grassement. Le pauvre Tony Leung, venu cachetonner et garder un peu de visibilité, doit se mouvoir dans des fonds verts sans épaisseur. Marvel devient le repère d’acteur·ice·s en recherche de second souffle et payé·e·s grassement, alors qu’iels étaient si talentueu·ses·x. Tout semble plat, agencé par un numérique d’une cuisine de fast food.

Comment en est-on arrivé la ? À n’avoir aucune ambition artistique, à ne pas savoir utiliser la technologie astucieusement, sans vision, sans sens du visuellement « beau ». Les habituels affrontements dans des rues désertes et pistes d’aéroport sont troqués par des échafaudages gris, et une petite falaise sur une contrée chinoise. Les éclaboussures de couleurs reflètent le « bon » élève qui a regardé quantité d’œuvres chinoises, qui veut montrer qu’il a tout compris à la mythologie, à la culture étrangère. Il s’agit pourtant des beaufs américains, venu draguer avec insistance le marché chinois avec des pattes d’ours à la place de mains délicates. Le panneau publicitaire n’est même plus caché mais roule avec insistance dans l’espace. Une séquence en 4×4 allemand dans la forêt magique qui tente de l’écraser, mais lui s’échappe avec aisance et des plans appuyés sur le logo, sont plus marquants que le reste du contenu. Le marketing ne meurt jamais, triomphe par son clinquant, et le cinéma n’est que prétexte. Il n’y a rien de culturel, d’art, d’échappatoire du quotidien, de voyage, de réflexif… mais un profit et un outil commercial. 

Shang-Chi a certainement coûté plus de 200 millions d’euros avec promotion, là où Detective Dee 3 de Tsui Hark, 20 millions de dollars américain. Le premier tente de jouer sur le terrain du second dans un climax qui rassemble ses illusions et envolées. C’est pourtant le second, qui impressionne par sa richesse, sa folie, son sens du spectacle, du grandiose. Avec plus d’argent, l’évolution des techniques, et la possibilité de créer la démesure, le géant se retrouve à hauteur d’ongles de pieds de l’outsider. Ou simplement, le talent d’un vrai cinéaste et d’une équipe impliquée, face à un enchaînement perpétuel de Yes Men qui changent sans qu’on s’en rende compte à l’écran. Voila, l’idée du cinéma par une usine à biffetons. 

Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux, de Destin Daniel Cretton. Avec, Simu Liu, Awkwafina, Tony Leung… 2h12.
Sortie le 1er septembre 2021

2 comments on “Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux : made in Feige

  1. Meilleur que la bouillasse

    Bien sur que ce Shang-chi n’est qu’une pale copie d’une ribambelle de film asiatique vous citez Detective Dee à raison j’y vois aussi un peu de Héro ou de Ip man, mais bien sur sans leur maestria et une scène largement inspiré par Old boy mais clairement qui n’y arrive pas…. Et pourtant je ne me suis pas ennuyé devant ce film j’en reconnais largement ses défauts mais je n’ai pas réussis à m’ennuyer devant celui-ci, j’ai tout tenter mais non alors je ne sais pas voir Tony Leung & Awkwafina doit me faire du bien.
    Donc pour donner un autre avis je dirais simplement mieux que les infectes purges sortie récemment par la maison des idées et si vous avez aimé s’il vous plait regarder du john Woo Tsui Hark Johnny To et j’en passe ça sera sacrément plus savoureux que cette orgie de combat sur fond vert.

    • Oui, ça tente de faire du cinéma asiatique mais sans talent, et pourtant avec beaucoup d’argent. Malheureusement la « maison des idées » semble les avoir perdues depuis longtemps, et ne cherche même plus à créer quoi que ce soit, mais juste à tenter de copier, de faire sans envie. C’est triste pour Tony Leug, même si je pense qu’il est heureux d’avoir récupéré un bon chèque.

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