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[DEAUVILLE 2021] City of lies : Are you dying out for me ?

Présenté au festival deauvillais alors qu’il patiente dans les tuyaux de la VOD depuis un moment, City of lies est l’occasion d’acter la présence de Johnny Depp sur place, ici dans le rôle de Russell Poole, un policier qui aura consacré une grande partie de sa vie à enquêter sur les meurtres des rappeurs 2Pac et Notorious B.I.G. Un mystère toujours irrésolu, qui a laissé place à toutes les théories, fantasmes et complots possibles.

Los Angeles, 1991, la ville atteint un nouveau niveau de dangerosité. Rodney King vient d’être battu à mort pour sa simple couleur de peau, ses assaillants du corps policier s’en sortent avec les honneurs, et le climat communautaire ne donne pas l’envie d’être impliqué dans le moindre conflit. Dans cette ambiance particulière, un flic infiltré, en train d’attendre à un croisement, se fait provoquer par un chauffard, noir, déterminé à lui faire la peau. Échange de balles, l’homme noir meurt, et alors que la police vient baliser les lieux, un autre constat : le mort, à l’origine de l’ébat, était aussi flic. Les tensions sont immédiates, la mort d’un homme noir étant automatiquement affiliée à l’assassinat de Christopher Wallace, aka Notorious B.I.G, survenu quelques semaines auparavant. Mais le rapport va plus loin : Russell Poole, dépêché sur les lieux, découvre une affiliation aux gangs du policier décédé, notamment auprès de Death Row, le label distribuant le célèbre rappeur. L’événement tragique devient le haut d’un iceberg qui cache bien des secrets.

Pour raconter cette histoire, Brad Furman ne place pas sa diégèse dans les travers de l’enquête. En nous projetant 20 ans plus tard, il ne nous conte pas la Cité des anges conflictuelle, en plein cœur des émeutes et tensions, mais nous en dresse un portrait plus décharné, victime de cette affaire qui n’aura jamais été résolue, à l’image de l’appartement de Russell Poole, terne et gris. Enfermé dans ce qui semble des délires complotistes, Poole est reclus, dégradé de ses fonctions policières, seul à ressasser son obsession pour la vérité. C’est la rencontre avec Jack Jackson, un journaliste insistant pour découvrir ses théories, qu’il remet le pied à l’engrenage, et tente de démêler le casse-tête, tout d’abord en lui relatant tous ses déboires alors qu’il était en service, puis en reprenant les éléments où il les a laissés. Prenant des airs de film policier favorisant l’enquête, City of lies se transforme rapidement en thriller politique, les implications de l’état-policier et le silence des hauts pontes ajoutant la couche sociale dont le scénario a besoin. Cette enquête irrésolue a effectivement tous les ingrédients pour être portée à l’écran, tant son absurdité pourrait relever du gimmick scénaristique destiné à jouer avec les rebondissements.

Par ces deux flics qui s’affrontent dans cette scène d’ouverture sans même savoir que chacun porte le badge, le ton est donné. La corruption policière faisant loi, jusqu’à la découverte de la fameuse opération Rampart montée de toutes pièces pour accompagner les gangs dans leur prise de pouvoir, l’enquête devient un nid à coupe-gorges, où il est d’ailleurs étonnant de voir qu’un poulet comme Poole, ce Serpico des temps modernes, ait pu survivre. Par son rythme haletant, Furman nous fascine, puisqu’il n’a pas à fournir plus d’efforts particuliers. Sa mise en scène relativement soignée n’est jamais pleinement maîtrisée, mais l’histoire qui nourrit son intrigue est suffisamment riche pour se suffire à elle-même. City of lies est efficace et convaincant, même s’il manque d’ampleur pour devenir réellement marquant.

Le caractère tantôt efficace, tantôt bancal s’illustre parfaitement par son duo de tête. En face d’un Johnny Depp en sous-jeu constant, dont la pudeur sert nombre de scènes mais contribue à l’aspect désincarné du métrage, un Forest Whitaker impliqué, qui s’entend autant avec son camarade de jeu qu’il place un fossé entre eux. Un défaut mineur mais qui se remarque par moments, autre preuve que si City of lies est plaisant dans son exécution, il n’en reste pas moins générique et oubliable.

Aujourd’hui encore, les meurtres des deux rappeurs les plus célèbres de leur génération ne sont toujours pas élucidés. Le sac de nœuds à déblayer et tous les scandales qui pourraient en découler sont des éléments passionnants, qui donnent envie de se renseigner davantage sur cette affaire. Si City of lies est malheureusement anecdotique une fois terminé, il retranscrit avec vigueur la quête acharnée pour la vérité, et la solitude de celleux qui se font broyer par le système.

City of lies, de Brad Furman. Avec Johnny Depp, Forrest Whittaker, Shea Whigham… 1h52

Aficionado du cinéma de genre mais aussi en tous genres, je grignote de la pellicule et j'use de ma plume depuis un petit moment. Correcteur au même titre que rédacteur, on veut parfois ma peau comme celle de Roger Rabbit mais ma carrure à la Vin Diesel (ma calvitie surtout) me permet de survivre tant aux mauvais films qu'aux menaces de mes partenaires d'écriture. En fait, je suis surtout là pour parler 7ème art sans langue de bois mais toujours avec le sourire, en espérant transmettre mon insatiable soif de découverte ! Merci à Elie Bartin pour la bio !

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