Critiques Deauville 2021

[Deauville 2021] The Novice : Baptême de l’eau pour Lauren Hadaway

Premier long-métrage de Lauren Hadaway, The Novice, en compétition au 74ème Festival du Cinéma Américain de Deauville, condense tout le savoir-faire de sa réalisatrice au sein d’une seule et même oeuvre. Le film suit le parcours d’Alex Dall durant sa première année à l’université. Elle s’inscrit au club d’aviron de son école, mais sa recherche constante de l’excellence la pousse dans ses derniers retranchements. Afin de surpasser les autres étudiantes, Alex repousse toujours ses limites jusqu’à tomber dans l’obsessionnalisation de sa réussite personnelle. 

The Novice s’inscrit dans une vague récente de films traitant de la difficulté sportive individuelle : Moi, Tonya (2017), Slalom (2020), Olga , La rage au ventre (2015)… Au sein de chacun de ces films, le sport n’est en réalité qu’un prétexte derrière lequel se cachent des involutions bien plus personnelles : violences familiales, relation toxique avec l’entraineur, asile politique, manque de confiance en soi, perte d’un proche… Ici, chaque long-métrage associe la pratique du sport à l’un de ces éléments de manière à ce que l’effort physique amplifie ou atténue le mal-être des personnages. Dans The Novice, Alex est obnubilée par une recherche constante de la perfection. Elle refait chaque examen plusieurs fois pour être certaine de ne pas avoir fait d’erreur dans la copie rendue, demande des corrections personnalisées aux professeurs dans le but de se perfectionner… Ce vœu d’infaillibilité s’applique également à sa pratique sportive. Alex n’est pas venue pour se faire des amies et est prête à écarter n’importe quelle personne qui se mettrait sur son chemin. 

Mais The Novice, c’est également une histoire d’amour. Même si obsédée par le succès, Alex prend du plaisir dans l’exercice de son sport. Une romance s’installe entre la jeune fille et son bateau. Cette relation devient cependant elle aussi toxique, Alex ne se confrontant plus qu’avec les autres étudiantes, mais également avec elle-même. Elle surpasse ses limites dans le but de ne plus être la meilleure rameuse des premières années, mais celle de toute la faculté.

Lauren Hadaway, la réalisatrice, emprunte énormément à son histoire personnelle pour pouvoir mettre en scène ce film. Elle pratiqua l’aviron durant ses années de lycée et connait donc parfaitement ce sport. Dans son long-métrage, elle en retranscrit fidèlement l’aspect répétitif, à la fois dans l’action millimétrée de ramer, mais également dans le quotidien de la sportive. Les séquences se répètent, mais ne se ressemblent pas tout à fait. Peu à peu, Alex progresse, et avec elle sa technique. La caméra reste souvent près des corps, à l’affut des moindres signes d’affaiblissement des sportives. Lauren Hadaway monte ici son propre film et retranscrit fidèlement en post-production les intentions qui lui étaient louables dans son travail de réalisation.

Cependant, la plus grande qualité de The Novice se manifeste comme étant le travail sonore et de son rapport entretenu avec l’image. Une nouvelle fois, cette importance que Lauren Hadaway accorde à la prise de son et au mixage sonore est entièrement due à sa carrière passée. La réalisatrice a effectivement travaillé dans le département son de quarante-huit divers longs-métrages : monteuse de dialogues pour Zack Snyder et Guillermo Del Toro, monteuse son pour Damien Chazelle… La réalisatrice a conscience que le son constitue la moitié d’un film et lui accorde, dans The Novice, la place qu’il mérite. De plus, Hadaway a, en amont du tournage, sélectionné une liste de morceaux de musique afin d’inspirer les techniciens, et elle-même, dans l’élaboration de l’identité visuelle et sonore du film. Ainsi, le travail du son transcende le long-métrage et, durant les séquences de courses, renforce la proximité recherchée avec les rameuses. On y entend l’aviron perforer le fleuve et les rames se heurter à la surface de l’eau.

Combinés, tous ces éléments donnent au film une prestance certaine. Celui-ci devient progressivement éprouvant, le spectateur faisant face à l’attristante évolution physique et psychologique du personnage d’Alex.

The Novice, de Lauren Hadaway, avec Isabelle Fuhrman, Amy Forsyth, Dilone… 1h36

À propos Florent Ringot

Considère que George A. Romero est bien plus politique qu'on ne le laisse croire. Ne peut s'empêcher de se demander ce qu'aurait été la carrière de David Lynch sans Mel Brooks, de Wes Craven sans cauchemars, de Johnny Depp sans Nicolas Cage... Estime que les plateformes de streaming tuent le cinéma, mais quel plaisir d'avoir accès à l'intégrale de Lavalantula en 2 clics. Pense que la qualité prime sur la quantité, mais que ce n'est pas une raison pour ne sortir que 3 films de genre français par an.

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