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[HALLOWEEN] Saint Maud : God save the nurse

La religion est un thème assez commun en horreur. Du chef d’oeuvre L’exorciste de Friedkin (1973) au désobligeant La Nonne de Corin Hardy (2018), elle a souvent été utilisée comme source de terreur de sorte que l’on en vient à se demander si cela pourrait encore surprendre. Rose Glass intervient alors avec son premier long-métrage Saint Maud, à mi-chemin entre le film de bonne sœur et le drame psychologique.

Si Maud (Morfydd Clark) n’est pas une religieuse mais une infirmière, sa bigoterie radicale la rapproche tout de même plus du premier corps de métier. Récemment convertie, suite à un événement traumatisant, elle tente de se reconstruire en soignant Amanda Köhl (Jennifer Ehle), une ancienne danseuse mal en point. À mesure qu’elle se rapproche de sa patiente, certaines pulsions semblent resurgir et elle se met en tête de convertir celle qu’elle guérit, qu’elle pense être la source de son mal-être.

Grand vainqueur du dernier festival de Gérardmer, plébiscité par la presse de manière générale, le métrage ne fait pas pâle figure au regard de sa réputation. Rose Glass débarque avec une maîtrise assez insolente des codes du genre. Elle arrive assez rapidement à installer une ambiance glauque, dans une première partie en huis clos, par des cadrages minutieux et anxiogènes ; elle n’hésite pas à jouer d’inserts et très gros plans. À cet égard, la performance de Morfydd Clark est assez bluffante, singeant un mélange entre la possession et la douleur maladive qui ne laisse pas de marbre, elle occupe l’écran et sa présence dérange de plus en plus alors que les minutes s’égrainent. Elle semble totalement habitée par le rôle et ses interactions avec les autres personnages, particulièrement sa patiente, donnent lieu à de très bonnes scènes. La relation entre les deux femmes va donc être le moteur du métrage, reprenant d’une certaine manière la logique bergmanienne de Persona ou Cris et chuchotements mais la cinéaste en herbe ne tombe pas dans l’écueil facile de la redite pour essayer de proposer une vision personnelle.

La réussite est plutôt de mise dans l’ensemble, c’est indéniable, bien que la bande-son, suintant un peu trop l’horreur commerciale, soit plombante par moments. L’ingéniosité scénaristique va être de rompre le film à un moment en amenant une deuxième partie, distincte et bien différente. C’est à ce moment-là qu’on a l’impression de voir Rose Glass prendre son pied et tenter tout ce qui lui passe par la tête. Nombre des effets marchent bien et cette exploration nauséabonde de la psyché d’une dévote dévorée par la restriction de ses pulsions s’avère prenante. Elle parvient également à nous maintenir dans l’incertitude quant à l’origine du trouble, grâce à la légère distillation d’informations concernant l’événement traumatique, sur lequel on demeure finalement assez ignorant. Cette roublardise de ne pas trop en dire, tout en laissant certains indices par des inserts rapides de flash-back au montage, lui permet de maintenir la tension même dans les moments les plus creux.

Une surenchère progressive prend ensuite le pas, et le dernier acte, par excès de générosité mais aussi par facilité liée au thème, flirte avec le risible ; des spectateurs peuvent alors clairement être laissés sur le carreau. Si les effets visuels tiennent la route, ce sont ceux sonores qui virent dans le « too much » avec des voix rappelant les pires moments de l’exécrable série Marianne et le film commence alors à souffrir de ces lourdeurs regrettables.

Pour autant, le spectacle est captivant dans sa globalité et, par un dernier plan osé et intelligent, l’œuvre rappelle qu’elle est plus qu’un petit film de genre jouant sur la religion. En offrant une réflexion sur la problématique du radicalisme religieux comme solution à la dépression, Rose Glass livre un premier long charmant et plein de tension. Si tous ses effets ne passent pas, on peut lui reconnaître une certaine audace à tenter autant dans sa deuxième partie de sorte que, malgré la lourdeur, on ressent comme un vent de fraîcheur dans cette imagerie horrifique galvaudée.

Saint Maud de Rose Glass. Avec Morfydd Clark, Jennifer Ehle, … 1h23
Sortie le 1er octobre en VOD

À propos Elie Bartin

L'as du patrimoine, perdu dans un autre temps, qui à seulement 23 ans fait frémir André Bazin à chaque écrit. Ce que tu appelles "journée de 24h", j'appelle ça "deux films de Jacques Rivette". Mon relecteur a beau avoir raison en disant que la Corée est le pays ultime du cinéma, je joute contre vents et marées pour déclamer mon amour pour la belle France, qui ravit mes séances depuis toujours, avec une verve et rage que l'on pourrait penser snob. Alors je me soigne en écrivant ici, et en variant les sujets, parce que j'aime de tout, et que tout est cinéma. Et en vrai je suis juste un petit con sans arrogance qui prend tout avec cynisme et sans sérieux. Allez viens, on se marre bien. (Merci à Thierry de Pinsun pour la bio)

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