Critiques Festivals

[BFI 2021] Ride the Wave : « Laisse moi juste une vague »

Prononcée par Patrick Swayze lors de la séquence de clôture du film Point Break, réalisé par Kathryn Bigelow en 1991, la réplique « Laisse moi juste une vague » trouve écho tout au long du documentaire Ride the Wave de Martyn Robertson. Présenté mi-octobre au Festival du film de Londres, Ride the Wave suit les pas de Ben Larg, un garçon de 14 ans décidant de surfer l’une des vagues les plus dangereuse du monde.

À la manière de Patrick Swayze, Ben Larg demande également à ce qu’on lui laisse cette vague précise, qui ouvre et clôt le documentaire de Martyn Robertson, et qui résonne en lui telle une nécessité. Dès les premières images, le spectateur comprend, face à ce gigantesque tube aquatique, qu’il est face à l’action centrale du film. Observé par sa famille, inquiète, Ben se lance à l’assaut de cette déferlante et finit par disparaître au coeur de celle-ci. Où est-il ? S’est-il blessé ? Aucune réponse ne nous est donné en ce début de long-métrage, la séquence étant coupée par l’apparition du carton titre, suivi d’un retour de deux ans en arrière, lors de la participation de Ben au championnat du monde de surf au Japon. Au regard de cette première séquence, il est remarquable le souhait de démarquer le documentaire de tout autre, grâce à des choix forts de sens. La première décision nous apparait comme étant la scénarisation de l’objet film qui, à la manière d’une fiction et principalement à travers le travail de montage, nous fait douter du destin du personnage principal. Plus que la vague en elle-même, le documentaire s’attarde sur le chemin parcouru qui a mené à cet instant possiblement fatidique. L’incertitude semée dans l’esprit du spectateur sert le récit. Nous sommes constamment captivés par la moindre image, à la recherche d’éventuels instants de bascule dans les motivations du jeune homme à risquer sa vie pour ce défi personnel. 

Mais peut-on réellement parler de défi ? Au fur et à mesure du long-métrage, l’envie de se surpasser devient peu à peu une nécessité. Documentaire sur le surf au sein duquel la pratique sportive n’apparait finalement pas centrale, c’est véritablement à travers la représentation du dépassement de nos propres limites que le film gagne en sincérité et en authenticité. De plus, le réalisateur prend la décision de limiter les interventions face caméra des protagonistes, à l’exception de la mère de Ben. Cependant, ce choix n’est pas anodin. La mère du jeune surfeur est un cas fort intéressant par le fait que celle-ci, contrairement à son mari, ne tient pas le même discours quand elle s’adresse à la caméra et à son fils. Laissant apparaitre une forme certaine de terreur face au danger du sport lorsqu’elle s’adresse directement au réalisateur du documentaire, la mère de Ben parvient à dissimuler ses émotions et semble émotionnellement plus forte lors des conversations qu’elle a avec son garçon. Le fait que le reste des protagonistes soit essentiellement montré à travers les images captées par la caméra, et non pas provoquées par celle-ci, accentue l’idée d’un spectateur témoin. Nous constatons les situations conjointement à la famille Larg, sans que ceux-ci aient à les expliquer. 

Finalement, si la pratique sportive et le dépassement de soi prennent une place prédominante au sein du récit, ceux-ci gravitent autour d’un axe central : la famille. Au sein de la famille Larg, les parents adoptent un rôle double pour leurs enfants. Le père de Ben est également son coach sportif, ce qui est à la fois source de conflits mais également de véritables moments de tendresse. Quant à sa mère, celle-ci dispense les cours à domicile, permettant à Ben de se consacrer à son sport. Il est notable que la pratique d’une activité aussi extrême, à son jeune âge, isole le jeune surfeur des autres enfants. Tout au long du documentaire, nous le voyons pratiquer son sport seul. Ben est à la fois isolé par la singularité de sa pratique, mais également par l’absence d’un véritable cadre scolaire favorisant la création de liens sociaux. Sa famille se dessine tel son premier supporter mais également comme le moteur lui permettant de se concentrer sur ses performances.

De surcroit, Martyn Robertson parvient à s’immiscer dans l’intimité de ces sujets tout en parvenant à garder une distance de respect. La caméra se balade dans la vie de Ben Larg et de sa famille durant de nombreux mois. Témoin, celle-ci n’interfère que peu avec ce qu’elle filme, cherchant une forme d’objectivation du sujet plus qu’une course aux images. 

Ainsi, Ride the Wave prend immédiatement aux tripes et capte constamment l’attention des spectateurs. Aidé par sa durée (1h24) et par l’éventail des situations qu’il développe, le documentaire se maintient constamment à flot en abordant continuellement de nouveaux sujets transversaux à la pratique du surf. Finalement, toujours emprunt du doute implanté dès les premières minutes sur le sort du jeune homme, nous nous retrouvons submergés par l’envie d’accompagner Ben sur cette dernière vague, peu importe ce qu’il adviendra. 

Ride the Wave, de Martyn Robertson…1h24

À propos Florent Ringot

Considère que George A. Romero est bien plus politique qu'on ne le laisse croire. Ne peut s'empêcher de se demander ce qu'aurait été la carrière de David Lynch sans Mel Brooks, de Wes Craven sans cauchemars, de Johnny Depp sans Nicolas Cage... Estime que les plateformes de streaming tuent le cinéma, mais quel plaisir d'avoir accès à l'intégrale de Lavalantula en 2 clics. Pense que la qualité prime sur la quantité, mais que ce n'est pas une raison pour ne sortir que 3 films de genre français par an.

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