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Taped : La mort aux trousses

L’argentine, pays exotique, chaleur, vacances, renouement avec de doux souvenirs, tout ce que le lieu évoque lorsque Saar et Johan, dont le couple bat de l’aile, décident d’y faire séjour. Lieu où leur idylle a débuté, où iels espèrent raviver la flamme. Sous l’influence de leur fille, iels acceptent d’emporter une caméra, de filmer leurs visites et de jouer le jeu de la reconquête. Mais être un·e voyageur·se européen·ne dans un pays dont on ne connaît pas les aléas sociaux peut rapidement tourner au cauchemar.

Taped se centre en premier lieu sur les aléas du couple, laissant la course-poursuite à venir en second plan, comme si rien n’allait survenir d’autre que les déboires sentimentaux des deux hollandais·es, déjà bien embourbé·es dans leurs non-dits et leur rancœur. Tou·tes deux coupables d’adultère, sur le point de laisser leur violence éclater à tout moment, laissent ce conflit de côté lorsque la situation les submerge, les emporte malgré elleux dans un tourbillon survivaliste absolu. Cette caméra supposée l’objet de leurs retrouvailles devient le témoin d’une bavure lorsque Saar, qui la laisse tourner sans forcément observer ce qu’elle cadre, se retrouve dans l’angle d’une exécution policière. Règlement de comptes, interpellation, enquête légitime ou police corrompue, peu importe, le jeune est à genoux, l’arme sur sa nuque, et l’homme en uniforme décharge sa chambre à balles sans le moindre scrupule, remarquant rapidement le couple assistant à la mésaventure. Pour Saar et Johan, aucun doute, leur survie dépend désormais de leur capacité à avoir une longueur d’avance sur la police argentine, et à conserver avec elleux la captation insolite. D’autant plus lorsqu’iels réalisent que ce n’est pas une bavure mais bien une exécution, par des corrompus bien malsains, à laquelle ils viennent d’assister.

La mise en scène de Taped se construit en deux temps. Les moments de calme, où elle utilise une structure classique, et les moments de fuite, où elle ne se conjugue que par le plan-séquence. Dès lors que le couple court pour sa sauvegarde, la caméra ne coupe jamais, se délecte des lieux en les cartographiant tandis que nos deux héro·ïnes luttent pour ne pas tomber face à leur fatigue, l’adrénaline comme carburant. En restant toujours auprès d’elleux, c’est la lutte contre les angles morts qui frappe l’œil, ces zones d’ombre où un gradé peut se débusquer, qui emportent le/la spectateur·ice, haletant lui·elle aussi devant ce qui semble un enchaînement d’impasses. L’action trépidante et continue emporte, jouant d’une efficacité certaine, et ne laissant jamais le temps de souffler. Un arrêt le temps de reprendre ses esprits, un passage obligé par l’hôpital en cas de blessure, et c’est tout un cadre qui se resserre, tels les couloirs qui enferment les protagonistes et ne leur laissent que peu d’issue, si ce n’est celle d’entrer à leur tour dans une spirale de violence.

Là où la mise en scène se parfait dans les moments de poursuite, c’est l’écriture du métrage qui botte souvent en touche. Voulant trop en faire dans la voracité de ses antagonistes, la flicaille, même si l’on est peu éloigné d’une certaine réalité, tourne des fois à la caricature, et certaines scènes maladroitement relatées peuvent faire sortir du film, notamment entre les deux personnages principaux et leur relation qui semble repartir de plus belle, avec ce grand cliché de « l’aventure qui nous dépasse nous réunit ». Les problèmes étant extérieurs à la situation, les voir se solder, même artificiellement, dans ce qui semble un regroupement de la sempiternelle cellule familiale, peut agacer. Il n’empêche que si ces points ternissent un poil l’expérience, et que la finalité se solde également avec trop de facilité – on en convient, il fallait bien clore le récit –, Taped est bien trop généreux dans ce qu’il propose pour que l’on lui en tienne rigueur. C’est probablement ce qui manque de le faire entrer dans un imaginaire collectif plus fourni, mais il reste parmi ces shots d’adrénaline que l’on regretterait de se refuser.

Incisif, violent et haletant, Taped fait partie de ces rares trouvailles qui font du thriller un genre qui joue sur plusieurs tableaux, et peut dans la simple course à la survie trouver un penchant honorable. Celui-ci est d’ailleurs plus qu’efficace, laisse un goût amer quant à la fange de l’humanité que l’on y rencontre, et nous rappelle que s’il est important de voyager pour découvrir d’autres cultures, il vaut mieux regarder par deux fois par-dessus son épaules avant de s’engager dans une ruelle sombre inconnue.

Taped de Diederik van Rooijen. Avec Barry Atsma, Susan Visser… 1h30
Disponible sur Outbuster

Aficionado du cinéma de genre mais aussi en tous genres, je grignote de la pellicule et j'use de ma plume depuis un petit moment. Correcteur au même titre que rédacteur, on veut parfois ma peau comme celle de Roger Rabbit mais ma carrure à la Vin Diesel (ma calvitie surtout) me permet de survivre tant aux mauvais films qu'aux menaces de mes partenaires d'écriture. En fait, je suis surtout là pour parler 7ème art sans langue de bois mais toujours avec le sourire, en espérant transmettre mon insatiable soif de découverte ! Merci à Elie Bartin pour la bio !

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