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[FIFAM 2021] Nouvel Ordre : Lucha libre

Grand prix du jury de la Mostra de Venise de 2020, Nouvel Ordre, de Michel Franco jouit, lors de cette 41ème édition du Festival International du Film d’Amiens, de son unique diffusion en salle avant d’atterrir, prochainement, sur Canal +. Une nouvelle fois, le réalisateur mexicain utilise le biais du cinéma afin de transmettre un message puissant sur notre société, et plus particulièrement sur celle de son pays natal. Avec Nouvel Ordre, Michel Franco dresse le portrait d’un Mexique en proie à d’incontrôlables vagues de violences. 

En axant son long-métrage autour d’un mariage prenant place au sein d’une famille aisée, le réalisateur opère le parti pris d’utiliser une situation donnée afin de parler d’un tout. Le sort subi par Marian, la jeune mariée, et sa famille, est également celui vécu, simultanément, par de nombreuses autres familles dans tout le pays. Une révolution prend place et, par d’habiles choix de mise en scène dont la froideur retranscrit la violence des sujets, Michel Franco nous dresse un portrait atypique de sa lutte des classes. Ainsi, ce nouvel ordre du titre est celui que la classe moyenne ainsi que les plus pauvres tentent de mettre en place en renversant toute forme de richesse leur étant connue. Ne cherchant jamais à apposer une morale malvenue sur son propos, le metteur en scène mexicain préfère se jouer, en les faisant se confondre, des diverses représentations de toute forme de puissance.

Néanmoins, passé la première étape de la révolte du peuple, une forme d’accalmie politique semble se mettre en place conjointement à l’élaboration d’un état de police. La population, tout comme le spectateur, reprend momentanément son calme et les militaires paraissent être en mesure de maintenir le pays dans ces conditions. C‘est sans compter sur le réalisateur qui, toujours dans son optique de contrebalancer toute forme de pouvoir cherchant à s’établir, fait de ces militaires la source d’un nouveau problème. En cela, le film constitue une folie pure, un véritable défouloir dont le sentiment est renforcé par l’esthétique de la surenchère y étant mis en place. Parfois brouillon, souvent insensé, tout est ici fait dans le but d’emporter le spectateur dans cette lutte et de lui faire subir, au même titre que les personnage, la violence des coups.

À travers l’écran, cette violence se transmet par la connaissance, et l’utilisation à bon escient y étant faite par Franco, des outils du cinéma documentaire. Pour nous français, les images captées par l’objectif ne sont pas sans rappeler celles, réelles cette fois-ci, auxquelles nous avons été confrontés lors du mouvement des gilets jaunes. Empruntant au cinéma direct, les images du déchaînement provoqué par cette lutte des classes extrême semblent comme captées directement dans le réel par le réalisateur, celui-ci mettant au sein de sa réalisation énormément de lui-même et de son pays. Les violences ici misent en scènes font, de plus, entrer en résonance les nombreux mouvements sociaux ayant secoués le Mexique, et plus largement l’Amérique du Sud, au cours de la dernière décennie. 

Conscient de l’extrémisme débordant et de l’orgie de violence que représente Nouvel Ordre, Michel Franco joue de cela et transforme son film en un véritable ovni cinématographique totalement décomplexé. Il ne peut être que regrettable le fait que, au vu de la situation concrète et préoccupante de l’embouteillage cinématographique prenant place dans nos salles de cinéma, son distributeur préfère vendre le long-métrage à un service de SVOD. Ce choix reste tout de même compréhensible car il est certain que, même via ce mode de distribution, le film rencontrera son public. Malgré tout, véritable enchaînement de situations barrées s’établissant au sein d’un cadre toujours maitrisé et méritant de pouvoir être vu sur grand écran, Nouvel Ordre est, et restera, un film de cinéma. 

Nouvel Ordre, de Michel Franco, avec Naián González Norvind, Diego Boneta, Mónica Del Carmen…1h28

À propos Florent Ringot

Considère que George A. Romero est bien plus politique qu'on ne le laisse croire. Ne peut s'empêcher de se demander ce qu'aurait été la carrière de David Lynch sans Mel Brooks, de Wes Craven sans cauchemars, de Johnny Depp sans Nicolas Cage... Estime que les plateformes de streaming tuent le cinéma, mais quel plaisir d'avoir accès à l'intégrale de Lavalantula en 2 clics. Pense que la qualité prime sur la quantité, mais que ce n'est pas une raison pour ne sortir que 3 films de genre français par an.

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