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Brother’s nest : Frérot, t’as un caillot sur la gueule

L’office du tourisme australien vous propose, pour passer un week-end tranquille en famille, un aller-retour pour Sidney. Vous pouvez également prendre une option avec un véhicule de substitution, qui permet à vos affaires d’arriver à la capitale, notamment vos téléphones pour assurer une localisation sans failles, pendant que vous vaquez à vos réelles occupations. On ne sait jamais, vous pourriez avoir envie, durant cet après-midi ensoleillé, d’aller dézinguer votre beau-père, par exemple.

Brother’s nest, ce sont les retrouvailles sanglantes entre Jeff (Clayton Jacobson, le réalisateur) et Terry (Shane Jacobson, son frère à la vie), qui ont décidé de venir faire une petite embardée meurtrière pour régler quelques comptes familiaux. Leur mère étant embarquée dans une fin de vie cancéreuse qui ne laisse que peu d’options – et, surtout, peu de temps –, les deux frangins se sont montés le bourrichon depuis qu’ils ont appris que c’est Rodger, le compagnon de môman – et accessoirement, un connard à leurs yeux, vu qu’elle a trompé pôpa avec ce dernier – qui hérite de la baraque familiale. Déjà que ce fieffé salopard a décidé de vendre le canasson de la famille, l’héritage est le geste de trop, qui pousse la fratrie à envisager l’irréparable. Enfin, plutôt l’imagination de Jeff, qui met en l’œuvre tout le process à mettre en place pour zigouiller beau-papa. Minutieux, ayant rempli son carnet des différentes étapes, il est bien plus impliqué dans l’affaire que son frère, qui suit le mouvement en comprenant les enjeux, sans forcément approuver la démarche. Mais les raisons de Jeff ne sont-elles qu’une simple histoire de bicoque à récupérer à la mort de la maternelle ?

Une fois la maisonnée atteinte, c’est l’éclat des vérités qui commence. Les hésitations de Terry mettent en branle le but à atteindre, forçant Jeff à être plus radical dans ses commandements pour convaincre son frère du bien-fondé de leur mission. Si les motivations de Terry concernent la maison dans laquelle il a grandi, et qu’il aimerait léguer à sa marmaille, Jeff est plus évasif quant à sa réalité financière, dévoilant une volonté première de vendre une fois le bien récupéré. D’un désir « honorable » naît la volonté égoïste, celle de celui qui vendrait littéralement père et mère pour maintenir son train-train de dépensier acharné. Les traits de caractères se dévoilent : Terry est un brin naïf, pensant pouvoir suivre son frangin aîné jusque dans ses conneries en se disant que la raison est valable, mais se révèle surtout dépassé par ce qui l’entoure, dominé par sa vie morose, sa réalité de couple branlante, sa capacité de ne jamais prendre de décision forte dans son existence. Jeff, quant à lui, s’affirme contraint par les événements mais s’avère plus roublard, une graine de psychopathe en puissance qui n’hésitera pas à se retourner contre son complice si ce dernier se défile avant la fin. La note qui les unit est bleue, celle du désespoir qui nourrit leur action mais les fait aussi hésiter à chaque instant. L’acheteuse du cheval peut débarquer, Rodger rentre d’une minute à l’autre, il faut être rapide, efficace, et l’émotion n’est pas un facteur bienvenu quand tout a été calculé de manière aussi méthodique.

Si la mise en scène ne déborde pas d’inventivité, et a une structure somme toute classique, c’est dans l’agencement de ses rebondissements, et dans le cynisme inhérent qu’il y insuffle, que Brother’s nest se démarque. Son inventivité scénaristique, qui ponctue le semi-huis clos de manière à toujours le rendre ludique, entretient une dose de mystère autour des personnages, et nous fait nous questionner quant aux réelles victimes de l’histoire. Quant à l’ami Rodger, ce n’est pas la sympathie à son égard qui devient le maître-mot. L’ironie devient maîtresse, et avec elle le rire provoqué par l’absurdité des événements. Le métrage parvient à partir où on ne l’attend pas, et son cumul de règlements de comptes devient un sacré plaisir.

Un postulat simple, porte ouverte à de nombreux possibles. Clayton Jacobson s’éclate à varier les effets dramaturgiques, rendant la perte de contrôle de ses personnages hilarante, tout en parvenant à rendre la reprise de pouvoir des autres touchante. Un scénario savamment ficelé, qui promet un moment délicieux à déguster. Une chose est sûre, on ne sait pas ce qui unit les deux frères, mais on espère que c’est un mauvais goût pour les saynètes obscures. Si c’est plus que ça, autant prévenir leurs proches.

Brother’s nest, de et avec Clayton Jacobson. Avec aussi Shane Jacobson, Sarah Snook, Kym Gyngell…1h42
Disponible sur Outbuster

Aficionado du cinéma de genre mais aussi en tous genres, je grignote de la pellicule et j'use de ma plume depuis un petit moment. Correcteur au même titre que rédacteur, on veut parfois ma peau comme celle de Roger Rabbit mais ma carrure à la Vin Diesel (ma calvitie surtout) me permet de survivre tant aux mauvais films qu'aux menaces de mes partenaires d'écriture. En fait, je suis surtout là pour parler 7ème art sans langue de bois mais toujours avec le sourire, en espérant transmettre mon insatiable soif de découverte ! Merci à Elie Bartin pour la bio !

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