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[PIFFF 2021] Séances interdites : Le bon goût en toutes circonstances

Parmi les impératifs de nos éditions du PIFFF, la Séance Interdite est un peu comme celle de minuit (tronquée contre la Nuit de 10 ans cette année, présentant trois long-métrages cultes. On ne se plaint pas !), l’incontournable où les plus assidu·es viennent prendre leur lot de sensations fortes, de rations d’hémoglobine et de bizarreries en tous genres. Cette année, double programme venu d’Asie, ce sont les fameux Ebola syndrome (1996), et Evil dead trap (1988) qui offrent les hostilités de ce vendredi soir. Deux propositions bien différentes, mais qui partagent un amour pour l’hors-normes.

C’est d’ailleurs tout le postulat d’Ebola syndrome. Ayant pour parti pris évident de choquer pour choquer, Herman Yau met tout ce qui est à sa portée pour agrémenter son film. Nous suivons Kai, obsédé par le sexe et prêt à tuer quiconque se met en travers de son chemin, qui en l’espace de quelques minutes couche avec le femme du chef – et autant dire qu’il n’y a rien de glamour dans la manière dont c’est montré –, se fait choper, assassine le chef, sa femme et un cousin, et se barre… en Afrique du Sud. Le taux d’improbabilité est progressif, commençant par les retrouvailles avec une gamine ayant assisté aux premiers meurtres, touriste dix ans plus tard dans le restaurant où travaille Kai. Elle le reconnaît, forçant ce dernier à fuir à travers plusieurs pays. Ajoutons à cela le fait que ce cher Kai devient porteur sain après avoir violé une femme d’une tribu zoulou atteinte d’Ebola, et la pandémie rejoint les mésaventures de ce Hong kongais colérique. Le film est un enchaînement de non-sens scénaristique destiné à toujours pousser les potards au plus haut.

Heureusement que nous choisissons de le prendre à un degré dépassant largement le second, tant l’absurdité des scènes dépassent l’entendement. Tout ce qu’on s’imagine impossible apparaît par magie, de Kai qui se branle dans un morceau de viande de porc en écoutant les patron·nes baiser, avant de le préparer pour des client·es, à lui qui court dans les rues de Hong Kong, enfin conscient d’être le porteur sain, en crachant sur tout le monde et en gueulant « Ebola!!!!! ». Niveau mise en scène, le malaise est constant, la fausse glamourisation de ces personnages infects jouant sur nos émotions, et des tentatives osées – le plan intra-buccal pour voir les particules du virus en tête – fusent de tous bords. Le film est incapable de s’arrêter, mais sa longueur est synonyme de générosité tant les idées loufoques et dégueulasses pullulent. Le statut culte qu’il détient n’est clairement pas volé, même si c’est un public averti, et pas forcément subtil, qui le savoure régulièrement.

Evil Dead Trap et sa démarche, plus malsaine encore en cela qu’elle s’insère dans un cadre bien plus sérieux, fait méchamment grincer des dents. Une équipe de journalistes à sensation décident de suivre la piste d’une mystérieuse cassette leur étant envoyée, montrant des mises à mort semblant bien réelles. On s’imagine rapidement un mélange de Videodrome avec le ton voyeuriste de Ruggero Deodato, mais Ikeda Toshiharu nie totalement ces références. Quoi qu’il en soit, ces premiers imaginaires communs s’estompent lorsque le métrage implante sa personnalité, devenant un survival horror détonant, mais aussi un brûlot flamboyant contre l’univers médiatique, corrompu au point de créer des monstres de toutes pièces, mais de tenter quand même de les exploiter une fois la faute découverte.

Avec ses contours flous et son manque de lumières qui contribuent à son ambiance glauque, Evil dead trap peut par instants s’apparenter à du found footage, certains aspects empruntant à l’ultra-réalisme du genre. La sensation que les meurtres auxquels nous assistons ne sont pas forcément fictifs, même si c’est l’abus qui les caractérise. On ressent une certaine tension par le ton sérieux, implacable du métrage qui nous enfonce dans une névrose plus viscérale à chaque nouvel aspect, jusqu’à tenter l’impossible, l’irruption du fantastique, qui pourrait tourner au ridicule mais ici provoque l’abject, le dégoût (et ce même si elle provoque certains rires, pour la plupart nerveux). La dualité des personnages, celui qui laisse une part de lui dominer ses instincts meurtriers mais fait son possible pour ne pas sombrer dans le diabolique, celle qui est victime des faits mais fait son beurre sur les sombres événements ayant emporté ses ami·es, nous rappelle qu’il n’y a de vrai démon que dans l’ambition qui gangrène son hôte.

Toujours garant·es d’une programmation digne de ce nom, les trublion·nes du PIFFF nous ont une fois encore emporté·es vers des horizons où le mot « interdit » prend tout son sens. Ebola syndrome et Evil dead trap sont de ces séances qui nous fascinent, nous rappelant tant pourquoi on aime le cinéma de genre.

Ebola syndrome, de Herman Yau. Avec Anthony Wong Chau-sang, Lo Mang, Wong Tsui-Ling… 1h38
Evil dead trap, de Ikeda Toshiharu. Avec Ono Miyuki, Katsuragi Aya, Kobayashi Itomi… 1h42

Aficionado du cinéma de genre mais aussi en tous genres, je grignote de la pellicule et j'use de ma plume depuis un petit moment. Correcteur au même titre que rédacteur, on veut parfois ma peau comme celle de Roger Rabbit mais ma carrure à la Vin Diesel (ma calvitie surtout) me permet de survivre tant aux mauvais films qu'aux menaces de mes partenaires d'écriture. En fait, je suis surtout là pour parler 7ème art sans langue de bois mais toujours avec le sourire, en espérant transmettre mon insatiable soif de découverte ! Merci à Elie Bartin pour la bio !

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