Stéphane : Le baltringue, et plus si affinités

Il y a toujours ce personnage étrange, loin d’être méchant, qui devient vite lourd, et que l’on regrette avoir accosté dans le cadre de nos passions. Un·e voisin·e de salle de cinéma, une tête supposément sympathique dans la fosse d’un concert… Ici, ce n’est pas dans la salle mais sur l’écran que nous le retrouvons, en la personne de Stéphane, vrai/faux cascadeur qui s’incruste sur le court métrage du jeune Timothée, et l’embarque dans un cauchemar éveillé où plus personne n’est aux manettes.

L’ambition de Timothée, celle de faire un « film de FBI » se retrouve vite détournée lorsque Stéphane, désireux d’acquérir une caméra similaire à celui du jeune réalisateur, l’entraîne dans un magasin, lui fait rater son train et le force à venir chez lui pour tourner un tout autre film, de guerre, et conforme à ses exigences fantasques. On nous plante un personnage odieux, qui hurle sur les vendeurs comme s’ils étaient ses chiens, et ne laisse aucun choix réel à Timothée, lui imposant les thématiques, les costumes, les décors et les détails de son propre film.

Avec un humour lourdingue, le duo de réalisateur Lucas Pastor et Timothée Hochet, qui interprètent les deux rôles principaux, proposent des situations qui nous font passer de l’hilarité à la gêne. L’hilarité de voir Stéphane profiter du sommeil de son acolyte pour tirer au fusil à pompe dans le moteur de sa bagnole et la déclarer morte pour l’attirer chez lui. La gêne de voir Bianca, cette jeune femme jouant dans le film à qui on ne demande pas son avis, et qui subit les débats des deux co-auteurs qui décident de son sort sans s’intéresser à son avis ou, pire, à son consentement. Le mot d’ordre reste la comédie, de celle qui emporte facilement et offre au métrage une certaine singularité.

Timothée, premièrement conscient d’être contraint de terminer le métrage pour se sortir de ce bourbier, laisse entrer son égo dans l’équation, contredit le bourru pour commencer à imposer ses choix, et sort de sa chrysalide, se découvrant jusqu’à des intentions d’auteur. Un mal presque nécessaire pour qu’il puisse exister, autour d’une réflexion sur « qui est l’auteur d’une création? ». Mais alors, qui est Stéphane ? Le cheminement aux côtés de cet être infect, qui prétend connaître tout le paysage audiovisuel français mais est finalement approuvé dans cette affirmation, nous laisse sur une impression étrange, celle qu’il a volontairement forcé ses traits pour que Timothée puisse utiliser ce déboire dans sa carrière future. Peu de réponses sont apportées, laissent le mystère quant aux réelles intentions de ce personnage. L’utilisation du found footage, pourtant montré comme filmé en direct, laisse le flou sur cet aspect, surtout quand les deux protagonistes dirigent la caméra chacun leur tour, troublant les faits quant au point de vue relaté.

Stéphane a de fortes chances de passer malheureusement inaperçu. Ce film étrange n’en est pas moins entier, de ses propositions que l’on retient pour leur originalité, et leur façon de nous fasciner, de nous rendre attachants des personnages que l’on n’aimerait pas rencontrer.

Stéphane, de et avec Lucas Pastor et Timothée Hochet… 1h24

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