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La baie sanglante : trahisons au bord de l’eau

Déclarer que Mario Bava a marqué à tout jamais le cinéma de genre italien semble être un euphémisme au vu de l’héritage qu’il a laissé à ses successeur·ses, compatriotes ou non. Il suffit ainsi de jeter un œil à cette Baie Sanglante pour se rendre compte qu’il s’y trouve les germes de nombreux films et genres désormais reconnus, comme les slashers, dans un récit à tiroirs jouant de la confusion pour mieux manipuler son public, quitte à le perdre en cours de route. Rien que l’entame du long-métrage nous installe en terrain inconnu, nous dévoilant un meurtre dissimulé en suicide pour que le tout se retourne de manière surprenante. De quoi annoncer directement à son audience que les faux semblants seront au rendez-vous dans cette lutte pour la fameuse Baie tant convoitée.

Le récit aime asseoir son public sur des rails avant de dévier sa route, passant entre les protagonistes dans une transmission de sang particulièrement effective. On pourrait même parler de fantastique par la façon presque irréelle dont les cadavres s’amoncellent dans tous les sens, faisant croire à une chose avant de retourner les certitudes narratives de manière rafraîchissante. Il faut s’accrocher pour essayer d’appréhender les ficelles de l’intrigue, bien que cela tourne essentiellement autour d’un lieu quasi mystique dans sa représentation. Mario Bava, aussi bien réalisateur que chef opérateur sur le long-métrage, y appose une forme d’onirisme visuel des plus intrigants dans sa manière de mettre en image le lieu titre, véritable personnage principal de l’histoire. La piste écologique ne semble ainsi pas vaine dans la façon dont la baie reconquiert ce dont l’Homme veut s’emparer, comme une réappropriation du soi sur forme mystique.

Pour revenir à l’affirmation de ce début de critique, il est impossible de ne pas constater les similitudes entre le film et ses héritiers slashers dans une certaine partie du scénario. Mario Bava y joue de son décor faussement féérique pour amener des protagonistes jeunes qui se verront attaqué·es par une menace visualisée uniquement par son arme pour mieux y déverser l’hémoglobine, avec jeu de plan subjectif à l’appui. Cela en fait un mini Vendredi 13 bien plus intéressant que le premier opus de la fameuse licence, notamment en liant Eros et Thanatos dans un meurtre qui sera repris de nombreuses fois dans les titres du sous-genre. C’est une constatation des plus amusantes qui se crée, assez pour appuyer l’ironie d’un long-métrage proche de la farce sanglante de fond jusqu’à un ultime plan particulièrement appuyé dans cette intention.

Aussi bien grosse influence slasheresque qu’attaque sociale et économique au vitriol, La baie sanglante porte particulièrement bien son nom et conforte la place immense de son réalisateur dans le cinéma de genre, européen ou non. Mario Bava joue de ses talents d’esthète pour mieux dérouter visuellement et asseoir l’incertitude de ce jeu de massacre où rien n’est ce qu’il semble être. Le divertissement est présent mais la réflexion de fond reste, tel un cauchemar bien trop factice pour qu’il ne devienne pas un morceau de réel.

La baie sanglante de Mario Bava avec Claudine Auger, Luigi Pistilli, Claudio Camaso, … Sorti le 3 avril 1973 (1h24)

À propos Liam Debruel

Passionné de cinéma depuis ma découverte de Super 8 dans un petit cinéma de village, j'essaie de découvrir le plus de films possibles avec un éclectisme passant de Kubo et l'armure magique à Alléluia sans aucune autre transition que mon amour pour le septième art. Fan de J.J. Abrams et doté d'un humour absolument raté, je profite de ma passion pour l'écriture en rédigeant des chroniques tentant d'être pertinentes. Je reste toujours animé par mon envie de partager mon amour pour les oeuvres qui retournent mon petit coeur de belge dans tous les sens.

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