La vengeance du serpent à plumes : les Bodins au Mexique

Dans la catégorie des oublié·es, les métrages mineurs de réalisateur·ices très reconnu·es ont une place particulière. Avec le tandem Oury/Thompson à l’écriture et la réal, Polnareff à la B.O, Coluche dans le rôle principal et son titre improbable, on s’étonne que La vengeance du serpent à plumes n’ait pas plus de reconnaissance. Une fois le film visionné, on comprend rapidement pourquoi.

« Au début on les arrête parce qu’ils ont des têtes de métèques, ensuite on les relâche parce qu’ils ont du pétrole ! » Ouais la réplique fait grincer, aussi bien écrite soit-elle. Si l’on part du principe que pas mal de comédies françaises populaires sont très (trop ?) décomplexées quant à certains sujets, on se doute bien qu’en remontant le temps, on constate que le même relâchement était (forcément) plus prononcé. Que l’on se rassure, si leurs comportements sont banalisés, et qu’on se doute bien que nombre des personnes qui rigolent aux portraits proposés n’hésitent pas à reproduire les mêmes gestes et schémas de pensée à la maison sans se questionner, les beaufs à l’écran restent des beaufs sur le papier et dans l’esprit des auteur·ices qui les mettent en scène. Aussi, quand Coluche attrape les fesses d’une femme et dit à son mari « En même temps elle a un bon cul ta femme », on ne nous le montre pas comme un jeune premier – pour ça, on a une bonne partie des films avec Bébel – mais bien comme un bon gros gratte-cul sans complexes. Sauf que Gérard Oury, en en faisant son personnage principal, s’évertue à nous le rendre sympathique. Sans jamais changer son caractère, il choisit de l’embarquer dans ses aventures, pour représenter le héros sans noblesse qui a bien le droit, lui aussi, à son heure de gloire.

Le film raconte l’histoire de Loulou, travaillant au tire-fesses d’une station de ski, qui se retrouve héritier d’un appartement parisien suite au décès – qui le réjouit – de Mère-Grand. Manque de pot, le palace a été pris d’assaut par des révolutionnaires franchement vénères, qui ont joué de la sénilité de la mémé pour fomenter leurs actions. Première astuce des indépendantistes, mettre dans les bras du couillon Laura, compagne du chef de bande emprisonné, pour le séduire et qu’il ne voie que du feu à leurs agissements. Les péripéties s’enchaînent, Loulou se retrouve entraîné dans un engrenage plus périlleux à chaque reprise, et parvient après un voyage autour du globe à démanteler l’organisation, et à s’attirer les faveurs de la belle. Après tout, quoi de plus glamour et séduisant qu’un gus qui dit ouvertement devant ses copain·es et devant vous à quel point il a adoré vous avoir baisé, mesdames !

À qui dira que Loulou est juste l’archétype du bon gars un peu lourd, on répondra que ça suffit. On aime Coluche mais merde, c’est rude. Loin d’un portrait subtilement écrit comme celui qu’offre Hazanicius et Halin dans leur diptyque OSS 117 – n’est ce pas m’sieur Bedos, qui n’a pour son compte pas compris –, les remarques racistes et misogynes du bonhomme ne sont jamais mises en doute, sont même approuvées par ses copain·es, et si Laura se sent dégoûtée de prime abord, elle finit par se laisser aller à la passion puisqu’après tout, Loulou est allé la chercher jusqu’au Yucatan, et qu’un tel courage vaut bien une ou deux raies apparentes. De quoi conforter celui qui se dit qu’il peut bien tapoter les deux joyeuses de bobonne quand elle passe, puisqu’il a un bon cœur et qu’au fond, ça la fait rigoler. Si on convient que trop intellectualiser les héros retire une identification à beaucoup, on peut représenter celui du peuple, « Monsieur tout le monde », comme autre chose que le vieux dégueu du PMU du coin. La fin de récit en conte de fées version wish réveille les pires cauchemars, à coup de camping tous les ans, pastis et culotte « Loulou’s Butt ».

Mais trêve de badineries, tant au-delà de ces personnages grossiers, La vengeance du serpent à plumes a des choses à proposer. Dans la lignée des films de Gérard Oury, sa générosité sans failles pourra trouver quelques adeptes. Les vannes s’enchaînent, et si elles sont discutables dans les dialogues – notamment les passages avec Josiane Balasko, qui se complaît à générer la gêne –, c’est à l’écran qu’elle parviennent à exister. Le comique de situation n’a de cesse, propose un gag par plan, et prend facilement lors des scènes parisiennes (pour les séquences à l’étranger, c’est une autre affaire, la lourdeur du film ayant déjà fait effet). Dans la lignée des épopées aventureuses qu’il a déjà mises en scène, Oury sait jouer avec son récit, proposer des rebondissements constants – y compris un singe qui désamorce des bombes – et des postulats improbables pour relancer son histoire. On pense à L’as des as, qui jamais ne s’arrête, ou encore au Cerveau, qui ne connaît de répit. À ceci près que sans Vladimir Costa, le métrage perd de sa superbe, Polnareff étant bien flemmard derrière la partition.

La vengeance du serpent à plumes se repose sur une machine bien huilée, qui sait sans peine embarquer son/sa spectateur·ice dans une aventure forte en remous. Un constat appréciable si son héros n’était pas pris d’une constante envie de nous demander de tirer sur son doigt, rendant le tout insupportable et pénible.

La vengeance du serpent à plumes, de Gérard Oury. Avec Coluche, Josiane Balasko, Dominique Frot…

Sorti le 28 novembre 1984

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