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Ménage : de l’art d’entretenir

Il peut parfois paraître difficile de mettre le doigt sur les motivations d’un auteur, sur ce qui le pousse au cinéma, à la mise en images d’une histoire, de ses personnages et de leurs dialogues. Pourtant, il suffit très souvent de retourner aux premiers films d’un réalisateur pour comprendre les fondations d’une œuvre, aussi variée soit-elle. Parce que la filmographie d’un cinéaste comme Pierre Salvadori nous semble digne d’intérêt, on cherche à cerner dès notre premier visionnage, ce qui peut être – ou non, le fil rouge de tous ses prochains courts ou longs métrages. Et pour cela, quoi de mieux que de se pencher sur son premier essai en tant que metteur en scène : Ménage.

Blanche, femme d’une minutie exemplaire, fait le ménage chez elle. Rien ne lui résiste, même pas le titre du film qui s’efface dans le souffle de son aspirateur de table. Alors qu’elle s’attaque, armée de son coton-tige, aux vitres de son balcon, son amie Colette vient sonner pour lui faire part de son état préoccupant. Rapidement, un certain malaise s’installe, les deux personnages n’arrivant pas à interagir et le ménage de Blanche s’effritant sous les traces laissées par l’expression des idées sombres de Colette. Tandis que cette dernière se confie, Blanche ne semble préoccupée que par l’entretien de son foyer : tout comme la caméra qui ne s’attarde que sur le désordre laissé par Colette, Blanche ne prononce que des phrases bateaux pour essayer de consoler son amie, ses véritables remarques n’ayant pour seul but que de souligner ce même désordre.

À l’aide d’une mise en scène toute en subtilité ainsi que d’une poignée de dialogues nuancés et savoureux, Pierre Salvadori dévoile les fissures émotionnelles de ses deux protagonistes et signe un court-métrage rigoureux, un geste de cinéma fascinant où le soin de la dépression passe après une tasse de café renversée. En seulement douze minutes, Salvadori dépeint l’importance du paraître au détriment de l’être dans la société moderne, sujet qui hante bon nombre de ses futures œuvres, qu’elles soient mineures comme Hors de prix ou plus importantes comme Dans la cour.

Ménage, de Pierre Salvadori. Avec Sandrine Dumas et Blandine Pélissier.
12 minutes.
Sorti le 29 janvier 1993.

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