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L’illusionniste : comme un souvenir qui s’efface…

Le temps passe, sans repos, sans arrêt, sans compromis. Tandis que les secondes qui s’égrènent deviennent minutes, heures, jours, semaines, mois, années, les destins avancent, bougent et cherchent désespérément à trouver leur place dans un monde en constante évolution. C’est le cas de notre héros, L’illusionniste qui donne son nom au film de Sylvain Chomet. Cette caractérisation ne se faisant que par cette figure appuie une inamovibilité caractéristique qui souligne tout l’enjeu du long-métrage : trouver son rôle dans un univers qui change et semble vouloir peu à peu effacer tout ce qui faisait briller les âges d’avant.

Le propos aurait pu relever du boomer simplet, avec son discours d’un «Tout était mieux de mon temps » ignorant les parties plus dissimulées d’un certain passé. Le film esquive cela par sa concentration dans une époque de transition et dans cette question d’un homme plus âgé ne sachant que faire le magicien et ne pouvant se résoudre à autre chose. L’amertume y est de mise alors que son chemin passe de music-hall à des festivités de plus en plus réduites, comme une impossibilité de retrouver les splendeurs des spectacles d’antan. D’ailleurs, tous les artistes fauché·es qui se retrouveront dans le récit ne peuvent basculer que dans une morne solitude des plus dévastatrices.

Néanmoins, Sylvain Chomet sait, comme un véritable funambule, manier les ficelles sentimentales de son adaptation d’un scénario original de Jacques Tati avec une maîtrise à souligner. Tout d’abord, il y a cette inclusion d’une jeune fille qui amène plus d’ancrage dans le passage du temps ainsi qu’une relation touchante avec l’illusionniste. Ce duo apporte un cœur certain au long-métrage tout en faisant rappeler à notre héros son refus de se soumettre à d’autres costumes vu comme plus dégradants là où il permet à la jeune fille de passer à un autre niveau par une symbolique des costumes. Mais surtout, il y a ce travail visuel fort, rendant chaque cadre superbe de beauté digne du style du metteur en scène. Le trait est reconnaissable mais surtout sert à mieux marquer les destins brisés ainsi que le mouvement, aussi bien du monde que du corps.

Cette dernière remarque permet de souligner le travail burlesque de Tati qui se voit transposé ici mais également cité lors d’un moment bref mais touchant. L’humour qui se dégage du film se fait ainsi salvateur par son comique de situation mais toujours au service d’un récit marqué par ses déplacements. Si la mise en scène joue constamment du plan fixe (afin de mieux profiter de la profondeur de ses superbes décors mais aussi des actions qui s’y illustrent), la caméra s’autorise dans quelques séquences un déplacement, notamment pour englober toute une ville, pour mieux illustrer ses aspirations thématiques dans quelque chose qui relève visuellement de l’extraordinaire par sa rareté.

C’est un grand film plein de regrets qui se dessine devant nous. Le talent de Sylvain Chomet s’y rappelle mais souligne la fin d’une ère de spectacle pour mieux se diriger vers une autre période, notamment dans un dernier plan aussi simple que triste. Les lumières qui s’éteignent rappellent au retour à un autre monde auquel s’accrocher avant que le poids des années ne nous bloque sans possibilité de trouver une autre place.

L’illusionniste de Sylvain Chomet, avec les voix de Jean-Claude Donda, Edith Rankin, Raymond Mearns... 1h20
Sorti le 16 juin 2010

À propos Liam Debruel

Passionné de cinéma depuis ma découverte de Super 8 dans un petit cinéma de village, j'essaie de découvrir le plus de films possibles avec un éclectisme passant de Kubo et l'armure magique à Alléluia sans aucune autre transition que mon amour pour le septième art. Fan de J.J. Abrams et doté d'un humour absolument raté, je profite de ma passion pour l'écriture en rédigeant des chroniques tentant d'être pertinentes. Je reste toujours animé par mon envie de partager mon amour pour les oeuvres qui retournent mon petit coeur de belge dans tous les sens.

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