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Adama : Voyage express et turbulences narratives

Le bruit du plongeon, l’agitation de l’eau. Puis le calme, l’absence de l’autre, une forme de solitude apaisante. Les motifs majeurs du film Adama (2015) de Simon Rouby se retrouvent dès les premières secondes de cette scène d’exposition. Au sein de ce film contant l’histoire d’Adama, enfant à la recherche de son frère aîné disparu du village, l’importance des signes prend le dessus sur l’importance du sens. En effet, il ne faut pas chercher ici le sensé, le ressenti primant très souvent sur le rationnel. Cette première scène du film, s’ouvrant sur un écran noir accompagné de ce bruit puissant qu’est celui du choc du corps au contact de l’eau, permet au spectateur d’être immédiatement confronté au thème de la violence. Les corps ne sont ici que peu épargnés. Le fait que ce choc soit suivi de la solitude d’Adama, isolé dans ses pensées au fond de l’eau, ne peut qu’être vu comme le prémisse de la solitude qu’il ressent tout au long du long-métrage. 

Mais passé cette scène d’introduction, qu’est-ce que le film a à offrir ? Il en ressort tout d’abord une humanité certaine. Humain, les personnages ne le sont cependant pas. Le procédé d’animation est en effet trop approximatif pour permettre au spectateur de réellement s’identifier aux hommes ou aux femmes qui jalonnent ce récit. Ceux-ci sont malheureusement réduit à des corps, des formes qui traversent l’écran sans pour autant être de véritables points d’accroche. Cette humanité du récit ne vient donc pas des personnages, mais des thèmes qu’aborde cette quête initiatique amorcée par le départ du grand frère. De la recherche d’émancipation au sentiment d’abandon, en passant par la mort ou la folie, tout devient justification à sensibiliser le spectateur. Mais même en ayant connaissance de cette méthode mise en place, celle-ci fonctionne par la simplicité avec laquelle elle est développée tout au long du film. Le long-métrage de Simon Rouby en devient alors touchant, même si prévisible. 

Par ailleurs, le réalisateur fait preuve d’une absence de jugement envers ses personnages. Celui-ci se contente d’accompagner Adama tout au long du récit en glissant sur son chemin des personnages plus atypiques les uns que les autres. Autant sur les traits physiques (même si, encore une fois, l’animation limite leurs qualités possibles) que psychologiques, ces personnages sont chacun dotés d’une personnalité propre, d’une voix, d’une manière de s’exprimer qui en permet une différenciation simplifiée. Ils sont vecteurs de points d’accroches pour le personnage principal en lui permettant de se frayer un chemin à travers la narration. Chacun de ses personnages secondaires rencontrés lui indiquent ainsi un chemin, une voie à emprunter, qu’elle soit physique ou psychologique. 

Cette relation avec les personnages secondaires se construit principalement grâce au rythme imposé par le montage. Effectivement, Simon Rouby fait ici le choix d’un format assez court (85min) dans lequel de nombreuses situations sont traitées. Il en ressort une dynamique certaine, les séquences s’enchainant rapidement, voire trop rapidement. Le thème du cheminement est délaissé au profit de celui de la découverte. Adama découvre de nombreux lieux, le film se munissant de nombreuses ambiances différentes. On y découvre des sous-sols parisiens, des déserts d’Afrique de l’ouest, le front militaire… Le traitement de l’espace y est sublimé, l’arrière plan est traité au même niveau que le premier, un véritable sentiment de profondeur s’en fait ressentir. Cependant, il manque cet acheminement nécessaire entre tous ces lieux. Le sentiment de la difficulté à voyager ne se ressent que trop peu, au même titre que l’épreuve à endurer que représentent ces longs trajets. 

Choix de réalisation ou de montage, cette suppression volontaire des trajets fait gagner le film en dynamique. Les situations s’enchaînent avec très peu de répit entre chaque péripétie. Ce rythme imposé par le montage, souvent propre aux dessins animés, tranche ici avec la dureté des thèmes abordés. Même si leurs traitements y est dépourvu de pessimisme, il est difficile de s’accrocher au film tant la dynamique de celui-ci se veut dans la démonstration plus que dans une forme de logique qui aiderait pourtant le spectateur à y voir plus clair. Ce choix de montrer un maximum de situations, cette domination du rythme sur le ressenti, se percevait déjà dans le court-métrage La Marche que Simon Rouby a réalisé en 2010. Dans ce court-métrage d’animation, un personnage marche face à la caméra et ses pensées sont matérialisées par une multitude de dessins au-dessus de sa tête. Ce qui fonctionnait parfaitement avec ce court-métrage, cette idée de la surenchère, ne rend pas aussi bien dans la manière dont elle est transposée dans le long-métrage Adama. Il en résulte ici une escalade de situations perdant peu à peu en bon sens. 

Si ni la réalisation, ni le montage, ne se préoccupent du ressenti du spectateur, c’est l’ambiance sonore qui compense cela avec succès. Que ce soit la musique de Pablo Pico ou les effets sonores créés par Yohann Angelvy et Daniel Gries, tout, dans l’aspect sonore de ce film, fonctionne parfaitement. La musique sublime les décors, les actions, elle parvient même à appuyer les trop courts moments de respiration du film. Celle-ci est ici maître du rythme et corrige avec brio les choix parfois douteux de montage. Les effets sonores, ressentis dès ce bruitage de plongeon ouvrant le long-métrage, ont un réel pouvoir de canalisation, magnifient la moindre action et apparaissent comme sources d’émotion majeures. 

Handicapé par un faux rythme au sein duquel il se complait, Adama nous fait ressentir un sentiment d’inachèvement. Le film n’est pas exempt de qualités, bien au contraire, mais celles-ci sont malheureusement les premières victimes du manque de soin apporté autant à la réalisation qu’au montage où à l’animation des personnages. Resteront en tête de ce film de magnifiques décors ainsi qu’une ambiance sonore des plus riches, mais également un manque de profondeur certain dans le traitement des thèmes abordés. 

Adama de Simon Ruby, écrit par Simon Rouby et Julien Lilti. Avec Azize Diabate Abdoulaye, Pascal NZonzi, Oxmo Puccino…1h22

Sortie le 21 octobre 2015

À propos Florent Ringot

Considère que George A. Romero est bien plus politique qu'on ne le laisse croire. Ne peut s'empêcher de se demander ce qu'aurait été la carrière de David Lynch sans Mel Brooks, de Wes Craven sans cauchemars, de Johnny Depp sans Nicolas Cage... Estime que les plateformes de streaming tuent le cinéma, mais quel plaisir d'avoir accès à l'intégrale de Lavalantula en 2 clics. Pense que la qualité prime sur la quantité, mais que ce n'est pas une raison pour ne sortir que 3 films de genre français par an.

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