Critiques DVD/VOD/SVOD On rembobine

Virgin Suicides : when was that she cried ?

L’adolescence est probablement un des moments les plus importants de la vie d’une personne. Pour chacun·e, c’est le moment de la découverte, des premières fois, de la rêverie et de l’exploration de son identité. Si tout cela est difficile, être une fille à cet âge charnier rajoute une couche supplémentaire d’obstacles : la désillusion qu’entraîne le constat d’une société sexiste, l’enfermement dans des préjugés dès le plus jeune âge, l’omniprésence du regard masculin, la liste est assez longue. Plusieurs cinéastes ont tenté de transposer ces sentiments à l’écran (Breakfast Club, Mean Girls, Heathers, etc.) mais malgré des efforts évidents, toutes ces représentations sont parasitées par la chose même qu’elles tentent de dénoncer : le regard masculin permanent et déformant tout propos. Il était donc nécessaire qu’une femme vienne s’attaquer au sujet, ce qui arriva en 1999 de manière plutôt surprenante avec le Virgin Suicides de Sofia Coppola, adapté du roman du même nom de Jeffrey Eugenides.

Malgré ses 27 ans au moment du tournage, Coppola semble avoir des souvenirs très vivaces de l’adolescence et cela se sent dans le réalisme qu’elle distille dans sa narration et ses personnages. Centré autour de cinq sœurs au destin tragique, le film est raconté du point de vue d’un de leur voisin tombé éperdument amoureux de ces dernières. L’audience reçoit l’histoire du point de vue d’un jeune garçon adolescent avec tout ce que ces deux termes impliquent : la vision déformée de la femme qu’ont les hommes dès leur plus jeune âge ainsi que les fantasmes qui accompagnent continuellement les jeunes années. Car finalement, ce n’est que ça, l’adolescence :  la rêverie constante. Beaucoup de films semblent l’oublier mais il ne se passe pas grand-chose durant cette période, tout est en perpétuelle stagnation. L’adolescence est par excellence le moment où l’imagination se cultive le plus, où la moitié d’une relation se fait dans notre tête, où l’on élabore des scénarios impossibles autour d’une fascination et une obsession pour tuer l’ennui et la routine qui nous est imposée. Si cette fascination s’articule autour d’une passion pour la plupart des gens, les garçons du film ne rêvent que des cinq sœurs.

Comme tous les gens de leur âge, les sœurs ne rêvent que de liberté hors, elles n’en ont aucune. Leurs parents sont extrêmement sévères avec elles (frisant à certains moments la maltraitance), ne sont pas à l’écoute de leurs besoins et ne cherchent qu’à les faire rentrer dans le moule de leur vision de la femme idéale, pure et chaste. Les garçons, si amoureux des filles, voient la sévérité des parents et l’enfermement des sœurs comme le cliché de la princesse en haut de la tour à aller sauver alors que de leur côté, elles  sont en train de dépérir en captivité, jusqu’au point où un simple appel avec de la musique en fond (musique qui leur est bien évidemment interdite) devient le point culminant de leurs journées. Mais si leurs intentions ne sont pas mauvaises, les garçons emprisonnent bien malgré eux les filles encore plus qu’elles ne le sont déjà à coup de préjugés : leur blondeur solaire est perçue comme un signe ultime de pureté et la distance permanente que leurs parents mettent entre elles et le monde devient mystérieuse et attirante, telle une chose qui nous est interdit mais que l’on ne rêve que de posséder.

Analyse de Virgin Suicides et Explication de la fin du film - Oblikon.net

L’image que l’on a des cinq sœurs est donc maudite car on comprend très vite que les rares personnes qui se souviennent d’elles ne les voient que de leurs propres perspectives et que la réalité de ces jeunes filles en souffrance a totalement été passée sous silence. Ce qu’aucun de celleux qui les ont connues n’a remarqué, ce qu’elles sont moins mystérieuses si l’on se met une seule seconde à leur place mais personne ne le fait ce qui conduit à l’issue dramatique du film.

Tout dans l’esthétique du film vient appuyer l’idée déformée des sœurs : les couleurs chaudes, les décors filmés comme un paradis perdu, jusqu’au jeu d’acteur irréprochable des filles, notamment Kirsten Dunst en Lux, étincelante et magnétique à seulement 17 ans. Sofia Coppola manie la caméra d’une main d’experte et parvient à représenter visuellement l’enfermement des sœurs en jouant sur les cadres de manière admirable.

Virgin Suicides », le mal de vivre


Virgin Suicides est plus qu’un film coming of age : c’est l’histoire de chaque adolescente que Sofia Coppola montre à l’écran. Aussi nécessaire qu’authentique, il impose un regard poignant sur le fait d’être femme et de devoir grandir dans une société d’homme et, en plus de 22 ans, peu de long-métrages ont su atteindre la qualité de sa narration et la profondeur de ses personnages.

Virgin Suicides écrit et réalisé par Sofia Coppola. Avec Kirsten Dunst, Hanna R. Hall, Andrea Joy Cook. 1h37

Sorti le 16 mai 1999

À propos Mayssa Saafi

Regarder 3 films par jour, c'est le mode de vie que j'ai choisi.

0 comments on “Virgin Suicides : when was that she cried ?

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :